Le système immunitaire
Repère programme : UE 2.1 (Biologie fondamentale) et UE 2.2 (Cycles de la vie et grandes fonctions), semestre 1. Réinvesti en UE 2.5 (processus inflammatoires et infectieux), 2.6 (psychopathologie hors champ), hygiène, et en stage (asepsie, prévention des infections associées aux soins).
Vue d'ensemble : se défendre contre le non-soi
Le système immunitaire protège l'organisme contre les agents pathogènes (bactéries, virus, champignons, parasites), les cellules anormales (cancéreuses) et les corps étrangers. Il repose sur la distinction entre le soi (les cellules de l'organisme) et le non-soi (tout ce qui lui est étranger).
Deux lignes de défense complémentaires :
- Immunité innée : immédiate, non spécifique, sans mémoire.
- Immunité adaptative (acquise) : plus lente, spécifique, avec mémoire.
Les organes du système immunitaire
- Organes lymphoïdes primaires (production/maturation des cellules) :
- Moelle osseuse : naissance de toutes les cellules immunitaires + maturation des lymphocytes B.
- Thymus : maturation des lymphocytes T (T comme Thymus).
- Organes lymphoïdes secondaires (lieux de rencontre antigène/lymphocyte) :
- Ganglions lymphatiques, rate, amygdales, tissu lymphoïde associé aux muqueuses.
L'immunité innée (1re ligne)
Caractéristiques
Réponse immédiate, non spécifique (la même quel que soit l'agresseur), sans mémoire, présente dès la naissance.
Les barrières naturelles
- Peau : barrière mécanique majeure (toute effraction = porte d'entrée infectieuse → importance de l'asepsie).
- Muqueuses, mucus, cils : piègent et évacuent.
- Sécrétions : larmes, salive (lysozyme), acidité gastrique, flore commensale.
Les cellules de l'immunité innée
- Phagocytes : macrophages, polynucléaires neutrophiles, cellules dendritiques.
- Cellules NK (Natural Killer) : détruisent les cellules infectées ou tumorales.
La phagocytose
Ingestion et destruction d'un élément étranger par un phagocyte :
- Adhésion au pathogène.
- Ingestion (englobement dans une vésicule : le phagosome).
- Digestion (fusion avec un lysosome → enzymes).
- Rejet des débris.
La réaction inflammatoire
Réponse locale type face à une agression. 4 signes cardinaux :
- Rougeur (vasodilatation),
- Chaleur (afflux sanguin),
- Douleur,
- Gonflement / œdème (augmentation de la perméabilité capillaire).
Mécanisme : libération de médiateurs (histamine, cytokines) → vasodilatation + perméabilité accrue → recrutement des cellules immunitaires sur le site. Une fièvre peut accompagner la réponse (action sur le centre thermique).
⚠️ L'inflammation est un mécanisme de défense utile, mais excessive ou chronique elle devient délétère. La distinction inflammation aiguë / chronique et sa prise en charge relèvent de l'UE 2.5.
L'immunité adaptative (2e ligne)
Caractéristiques
Réponse plus lente au premier contact, spécifique d'un antigène donné, et dotée d'une mémoire.
- Antigène : molécule reconnue comme étrangère, qui déclenche la réponse.
- Anticorps (immunoglobulines, Ig) : protéines en forme de Y produites par les plasmocytes, qui se fixent spécifiquement sur l'antigène.
Les lymphocytes
| Cellule | Rôle |
|---|---|
| Lymphocyte B | Produit les anticorps → immunité humorale |
| Lymphocyte T CD4 (auxiliaire/helper) | Chef d'orchestre : coordonne et active les autres |
| Lymphocyte T CD8 (cytotoxique) | Détruit les cellules infectées → immunité cellulaire |
⚠️ Repère : le VIH détruit les lymphocytes T CD4. En privant le système de son chef d'orchestre, il effondre l'immunité adaptative → infections opportunistes (stade SIDA).
Réponse humorale (lymphocytes B)
Lymphocyte B activé → se multiplie → se différencie en plasmocytes (usines à anticorps) et en cellules mémoire.
Actions des anticorps :
- Neutralisation : bloquent le pathogène ou sa toxine.
- Opsonisation : « marquent » le pathogène pour faciliter la phagocytose.
- Activation du complément : cascade de protéines aboutissant à la lyse du pathogène.
Réponse cellulaire (lymphocytes T CD8)
Le lymphocyte T CD8 reconnaît une cellule infectée et provoque sa destruction (libération de perforine/granzymes → apoptose), éliminant le « réservoir » du pathogène intracellulaire.
Mémoire immunitaire et vaccination
Mémoire immunitaire
Après une première rencontre, des lymphocytes mémoire B et T persistent des années. Lors d'un second contact, la réponse secondaire est plus rapide et plus intense → souvent aucun symptôme.
Vaccination (immunité active)
Exposition à un antigène rendu inoffensif (agent atténué, inactivé, fragment, ARNm) → l'organisme développe une réponse adaptative et des cellules mémoire sans tomber malade. Protection durable lors d'une future rencontre avec le pathogène réel.
Vaccination ≠ sérothérapie.
- Vaccination = immunité active, le corps fabrique lui-même ses défenses, protection durable (mémoire).
- Sérothérapie = immunité passive, on injecte des anticorps déjà formés, protection immédiate mais brève, sans mémoire (ex. logique des anticorps maternels transmis au nourrisson).
Dysfonctionnements immunitaires (repères)
Allergies (hypersensibilité)
Réaction immunitaire exagérée contre un antigène inoffensif (pollen, aliment, médicament). Médiée par les IgE → libération d'histamine → symptômes.
⚠️ Choc anaphylactique : réaction allergique grave et généralisée, urgence vitale. Reconnaissance et conduite à tenir = cours dédié (UE soins/urgences) : ne pas improviser de doses.
Maladies auto-immunes
Le système immunitaire attaque le soi. Exemples : diabète de type 1 (cellules β du pancréas), polyarthrite rhumatoïde, lupus, sclérose en plaques (myéline).
Immunodéficiences
Défenses affaiblies :
- Primaires : d'origine génétique.
- Secondaires (acquises) : VIH/SIDA, chimiothérapie, corticothérapie/immunosuppresseurs, dénutrition, âges extrêmes.
Conséquence pour les soins : un patient immunodéprimé est très vulnérable aux infections → renforcement des mesures d'asepsie et d'hygiène.
Pertinence infirmière
- Hygiène des mains = mesure n°1 de prévention de la transmission des infections associées aux soins.
- Asepsie lors des gestes invasifs : on franchit la barrière cutanée, première défense innée.
- Repérer les signes d'infection/inflammation : rougeur, chaleur, douleur, œdème, fièvre.
- Patients à risque : immunodéprimés, personnes âgées, nourrissons, porteurs de dispositifs invasifs.
Points clés à retenir
- 2 immunités : innée (rapide, non spécifique, sans mémoire) + adaptative (lente, spécifique, avec mémoire).
- Phagocytose : adhésion → ingestion → digestion → rejet.
- Inflammation : rougeur, chaleur, douleur, gonflement (± fièvre).
- LB → anticorps (humorale) ; LT CD8 → cellules infectées (cellulaire) ; LT CD4 → coordination.
- Vaccination = immunité active (mémoire, durable) ; sérothérapie = passive (immédiate, brève).
- Immunodéprimé = vulnérable → asepsie renforcée.
Vocabulaire essentiel
- Antigène : molécule étrangère reconnue par le système immunitaire.
- Anticorps / immunoglobuline (Ig) : protéine en Y neutralisant un antigène.
- Plasmocyte : lymphocyte B activé, sécréteur d'anticorps.
- Phagocytose : ingestion-destruction d'un élément étranger.
- Opsonisation : marquage d'un pathogène pour faciliter sa phagocytose.
- Asepsie / antisepsie : prévenir l'introduction de germes / détruire les germes présents (sur tissu vivant).
- Commensal : micro-organisme vivant normalement sur/dans l'organisme sans le rendre malade (flore).
Pièges fréquents
- Confondre antigène et anticorps. Antigène = l'intrus reconnu ; anticorps = l'arme produite contre lui.
- Confondre immunité innée et adaptative. Innée = immédiate, non spécifique, sans mémoire ; adaptative = différée, spécifique, avec mémoire.
- Confondre lymphocytes B et T. B → anticorps ; T CD8 → cytotoxique ; T CD4 → coordination.
- Confondre vaccination et sérothérapie. Active/mémoire/durable vs passive/immédiate/brève.
- Confondre asepsie et antisepsie. Asepsie = empêcher la contamination ; antisepsie = éliminer les germes sur un tissu vivant.
- Croire que l'inflammation est toujours pathologique. C'est d'abord une défense utile.
- Confondre auto-immunité et immunodéficience. Auto-immunité = le système attaque le soi ; immunodéficience = le système est affaibli.
Q&R express
Q : Quelle différence entre immunité innée et adaptative ? R : L'innée agit immédiatement, de la même façon contre tout intrus, sans garder de souvenir. L'adaptative met quelques jours au premier contact, cible un antigène précis et conserve une mémoire, d'où une réponse beaucoup plus rapide lors d'une réinfection.
Q : Pourquoi un vaccin protège-t-il durablement ? R : Le vaccin présente un antigène inoffensif qui déclenche une réponse adaptative et la formation de lymphocytes mémoire. Lors d'une vraie rencontre avec le pathogène, la réponse secondaire est rapide et intense : la maladie est évitée ou très atténuée.
Q : Pourquoi insiste-t-on autant sur l'hygiène des mains à l'hôpital ? R : La peau est la première barrière innée ; les soins la franchissent souvent (perfusions, sondes). Les mains des soignants sont un vecteur majeur de transmission. L'hygiène des mains est la mesure la plus efficace pour prévenir les infections associées aux soins, surtout chez les patients immunodéprimés.
Q : Pourquoi un patient sous chimiothérapie est-il fragile sur le plan infectieux ? R : La chimiothérapie peut réduire le nombre de cellules immunitaires (notamment les neutrophiles → neutropénie), provoquant une immunodéficience secondaire. Le patient se défend moins bien : on renforce alors l'asepsie et la surveillance des signes infectieux. ⚠️ Les seuils biologiques et protocoles précis relèvent du cours spécialisé.