La psychologie de la santé
À retenir
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.2 « Sciences humaines et sociales ». Correspond à l'ex-UE 1.1 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : comprendre comment les patients se représentent leur maladie, leurs croyances de santé et leurs comportements permet à l'infirmier d'adapter l'éducation thérapeutique et d'améliorer l'observance.
01Définition et champ de la psychologie de la santé
La psychologie de la santé est une discipline qui étudie les facteurs psychologiques, comportementaux et sociaux influençant la santé, la maladie, leur prévention et le rétablissement. Elle est apparue comme champ autonome dans les années 1970-1980.
Elle se distingue de la psychiatrie (traitement des troubles mentaux) et de la médecine psychosomatique (maladies organiques d'origine psychologique). Elle étudie des personnes en bonne santé ou malades sans trouble mental caractérisé.
Ses objets d'étude principaux :
- Les représentations de la maladie (comment les individus se représentent ce qu'ils ont).
- Les croyances de santé (ce que les individus croient sur la santé, le risque et la prévention).
- Les comportements de santé (conduites favorisant ou menaçant la santé).
- L'observance thérapeutique (degré d'adhésion au traitement prescrit).
02Les représentations de la maladie
2.1 Définition
Une représentation de la maladie est la construction mentale, subjective et culturellement influencée qu'un individu se fait de sa maladie. Elle oriente ses comportements de soins et son adhésion au traitement.
Howard Leventhal (modèle d'autorégulation, 1984) identifie cinq dimensions de la représentation que le patient se construit :
| Dimension | Question implicite du patient | Exemples |
|---|---|---|
| Identité | Comment appelle-t-on ce que j'ai ? Quels sont mes symptômes ? | « J'ai une mauvaise circulation » |
| Cause perçue | Pourquoi est-ce que j'ai cette maladie ? | « C'est à cause du stress », « c'est héréditaire » |
| Durée | Est-ce que ça va durer ? | « C'est passager » vs « c'est chronique » |
| Conséquences | Quels effets sur ma vie ? | « Je vais perdre mon emploi » |
| Contrôlabilité | Puis-je guérir ? Le traitement va-t-il m'aider ? | « Ça ne sert à rien de prendre des médicaments » |
Ces représentations ne sont pas toujours en accord avec le discours médical. Un patient qui perçoit son hypertension comme une maladie « passagère » liée au stress sera tenté d'arrêter son traitement dès que son stress diminuera.
À retenir
En pratique : avant toute éducation thérapeutique, l'IDE explore les représentations du patient : « Comment vous expliquez-vous votre maladie ? » Cette exploration évite de parler à côté des vraies croyances du patient.
2.2 Le rôle des représentations sociales (Serge Moscovici)
Les représentations de la maladie ne sont pas uniquement individuelles : elles s'inscrivent dans des représentations sociales partagées par un groupe culturel ou social. Ces représentations collectives influencent ce qui est considéré comme une maladie, sa cause, sa gravité et les conduites de soins appropriées.
Par exemple, la maladie peut être vécue comme une punition, une fatalité, un déséquilibre, ou un ennemi à combattre selon les cultures et les trajectoires individuelles.
03Les croyances de santé
3.1 Le modèle des croyances de santé (Health Belief Model, Rosenstock, 1966)
Ce modèle identifie les croyances qui prédisent l'adoption d'un comportement préventif. Un individu adoptera un comportement de santé (se faire vacciner, faire un dépistage, arrêter de fumer) si :
| Condition | Contenu |
|---|---|
| Susceptibilité perçue | Il se croit susceptible de contracter ou d'aggraver la maladie |
| Sévérité perçue | Il perçoit la maladie comme grave |
| Bénéfices perçus | Il croit que l'action préventive est efficace |
| Barrières perçues | Les obstacles (coût, effets secondaires, peur) sont surmontables |
| Signal d'action | Un déclencheur interne ou externe active le passage à l'acte |
À retenir
Exemple : un patient diabétique ne surveille pas sa glycémie s'il ne se croit pas à risque de complications (faible susceptibilité perçue), ou s'il pense que la surveillance ne change rien à l'évolution (faibles bénéfices perçus).
3.2 La théorie de l'auto-efficacité (Bandura, 1977)
Albert Bandura (1925-2021) introduit la notion d'auto-efficacité (self-efficacy) : la croyance d'un individu en sa propre capacité à accomplir un comportement donné dans un contexte particulier.
Un patient qui doute de sa capacité à modifier son alimentation (auto-efficacité faible) ne fera pas les efforts nécessaires, même s'il est convaincu que le changement serait bénéfique.
L'auto-efficacité se renforce par :
- les expériences de maîtrise (petits succès progressifs) ;
- les expériences vicariantes (observer d'autres patients réussir) ;
- la persuasion verbale (encouragements du soignant) ;
- les états physiologiques (réduction de l'anxiété liée à l'action).
À retenir
En pratique : en éducation thérapeutique, fixer des objectifs réalistes et progressifs renforce l'auto-efficacité. Un premier succès (« j'ai marché 15 minutes deux fois cette semaine ») génère un sentiment de compétence qui prépare les objectifs suivants.