Les symptômes fréquents en fin de vie
À retenir
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.3 « Pratiques et interventions infirmières » (soins palliatifs et accompagnement de fin de vie). Correspond à l'ex-UE 4.7 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : identifier précocement les symptômes de la fin de vie, les évaluer de façon structurée et mettre en oeuvre les soins de confort adaptés relèvent du rôle propre infirmier et conditionnent directement la qualité de vie du patient et de ses proches.
01La dyspnée
1.1 Définition et mécanismes
La dyspnée est une sensation subjective de gêne respiratoire, souvent décrite par le patient comme « manque d'air », « respiration difficile » ou « étouffement ». Elle est fréquente en fin de vie (cancer pulmonaire, insuffisance cardiaque avancée, BPCO sévère, épanchement pleural, anémie profonde).
Causes fréquentes en soins palliatifs :
- Obstruction tumorale des voies aériennes.
- Épanchement pleural ou péricardique.
- Lymphangite carcinomateuse.
- Anémie sévère.
- Embolie pulmonaire.
- Décompensation d'une insuffisance cardiaque ou respiratoire chronique.
- Anxiété (composante fonctionnelle fréquente et amplificatrice).
1.2 Évaluation infirmière
- Fréquence respiratoire (FR), saturation en oxygène (SpO2) : valeurs de référence à contextualiser (une SpO2 basse peut être acceptable en fin de vie si le patient est confortable).
- Échelles d'évaluation subjective : échelle numérique (0-10) de l'intensité de la gêne respiratoire ressentie par le patient ; outil MRC (Medical Research Council) pour la dyspnée d'effort.
- Observation : position spontanée, muscles respiratoires accessoires, couleur des lèvres et des extrémités, agitation.
- Impact sur la qualité de vie : sommeil, alimentation, anxiété.
1.3 Soins de confort et principes de prise en charge
| Mesure | Principe |
|---|---|
| Position semi-assise (30-45°) | Facilite la mécanique ventilatoire, réduit l'effort diaphragmatique |
| Air frais sur le visage (ventilateur, courant d'air doux) | Stimule les mécanorécepteurs de la face et réduit la perception de dyspnée |
| Environnement calme, présence rassurante | Réduit la composante anxieuse qui aggrave la dyspnée |
| Oxygénothérapie | Indiquée si hypoxémie documentée ET confort ressenti ; pas toujours bénéfique en fin de vie avancée |
| Traitement médicamenteux (sur prescription) | Opioïdes à faibles doses : réduisent la sensation de dyspnée sans provoquer de dépression respiratoire aux doses adaptées ; anxiolytiques si composante anxieuse |
| Aspiration des sécrétions | Si encombrement associé et si le patient peut en bénéficier confortablement |
À retenir
En pratique : en fin de vie avancée, l'objectif n'est pas de normaliser la SpO2 ou la FR mais de soulager la sensation de gêne respiratoire. L'oxygénothérapie peut être inconfortable (masque, lunettes nasales) et n'est pas systématique si le patient n'en ressent pas le bénéfice. La présence humaine et l'air frais ont un effet souvent aussi efficace que l'oxygène.
02L'encombrement bronchique et le râle agonique
2.1 Définition et mécanismes
L'encombrement bronchique terminal (ou râle agonique) est un bruit respiratoire provoqué par l'accumulation de sécrétions dans les voies aériennes supérieures, que le patient en phase agonique n'est plus capable d'expectorer ou d'avaler. Il survient dans les heures ou jours précédant le décès.
Ce symptôme est inconscient chez le patient (qui est dans un état de conscience très altéré) mais peut être extrêmement anxiogène pour les proches et les soignants qui l'entourent.
2.2 Soins de confort infirmiers
| Mesure | Rôle |
|---|---|
| Position de décubitus latéral (ou semi-latéral) | Favorise l'écoulement des sécrétions par gravité, réduit le bruit |
| Aspirations pharyngées douces et ciblées | Uniquement si accessibles et si l'aspiration n'aggrave pas l'inconfort ; à éviter si trop profondes et agressives |
| Hygiène buccale (soins de bouche) | Humidifier les muqueuses, améliorer le confort |
| Réduction des apports hydriques | Peut être indiquée si l'hydratation contribue à l'hypersécrétion |
| Traitement médicamenteux (sur prescription) | Anticholinergiques (scopolamine, atropine) : réduisent les sécrétions ; administrés par voie sous-cutanée ou par patch |
| Accompagnement des proches | Expliquer que le râle agonique n'est pas une souffrance pour le patient, mais un phénomène mécanique |
À retenir
En pratique : expliquer aux proches que le râle agonique ne signifie pas que le patient « étouffe » ou souffre est une intervention infirmière clé. C'est souvent la source de grande angoisse pour la famille. Le patient en phase agonique est inconscient ou quasi-inconscient et ne perçoit pas ce bruit comme une souffrance.
À retenir
Mnémo : DRAPS : Décubitus latéral, Réduction des apports, Aspiration douce si besoin, Prescription anticholinergique, Soutien des proches.