Semestre 2 — Axe 2 : Histoire et violence
Période : XXe siècle (guerres mondiales, totalitarismes, génocides).
Probabilité 2026 : ★★★★★ — Axe le plus fréquent du programme. Apparu dans 7 sessions Métropole sur 8 (2022-2025).
Problématiques structurantes
- La violence est-elle inhérente à l'histoire humaine ?
- La mémoire des violences passées est-elle un devoir ou un fardeau ?
- Comment dire l'indicible (Shoah, génocides) ?
- La littérature peut-elle prévenir la violence ?
Auteurs et textes incontournables
Primo Levi (1919-1987)
Si c'est un homme (1947), Les Naufragés et les Rescapés (1986).
Thèse : témoignage de la Shoah depuis Auschwitz. La déshumanisation systématique du camp. Mais aussi : "zone grise" (collaborations involontaires).
Si c'est un homme. Considérez si c'est une femme.
Hannah Arendt (1906-1975)
Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal (1963), Sur la violence (1969).
Thèse 1 : la "banalité du mal". Eichmann n'est pas un monstre sadique, mais un bureaucrate obéissant.
Le problème Eichmann était précisément qu'il y en avait beaucoup comme lui, qui n'étaient ni pervers ni sadiques, qui étaient et sont encore terriblement et effroyablement normaux.
Thèse 2 : distinguer pouvoir et violence. Le pouvoir vient de l'agir en concert. La violence est instrumentale et solitaire.
Robert Antelme (1917-1990)
L'Espèce humaine (1947).
Thèse : malgré la déshumanisation, le déporté reste humain. L'unité de l'espèce humaine est indestructible.
Albert Camus (1913-1960)
La Peste (1947), L'Homme révolté (1951).
Thèse : la révolte contre la violence aveugle. La Peste est une allégorie du totalitarisme. L'Homme révolté rejette la violence révolutionnaire.
Je me révolte, donc nous sommes.
Charlotte Delbo (1913-1985)
Auschwitz et après (trilogie 1965-1971).
Thèse : écriture poétique de la mémoire. Ne pas oublier ce qui ne se laisse pas oublier.
Annette Wieviorka (née 1948)
L'Ère du témoin (1998).
Thèse historiographique : depuis les années 1980, le témoin (survivant) acquiert une autorité morale spécifique. Démarche historique vs mémoire vive.
Marguerite Duras (1914-1996)
La Douleur (1985), récit du retour des camps.
Sven Lindqvist, Jonathan Littell (XXIe siècle)
Les Bienveillantes (Littell, 2006) : récit fictif d'un officier SS. Polémique sur l'esthétisation du mal.
Concepts clés
Génocide : intention de détruire en tout ou en partie un groupe national, ethnique, racial ou religieux (convention 1948). Concept forgé par Raphaël Lemkin en 1944.
Crime contre l'humanité : attaque généralisée contre une population civile. Concept élaboré pour Nuremberg (1945).
Banalité du mal (Arendt) : le mal n'est pas l'œuvre de monstres, mais de bureaucrates ordinaires.
Devoir de mémoire : obligation morale de témoigner et transmettre.
Totalitarisme (Arendt, Les Origines du totalitarisme, 1951) : régime qui prétend transformer la nature humaine, sans dehors.
Aliénation : devenir étranger à soi (cf Camus, L'Étranger).
3 sujets-types probables
Sujet 1 (essai, très probable 2026) : La mémoire des violences passées est-elle un devoir ou un fardeau ?
Plan :
- I. Devoir : sans mémoire, répétition possible des génocides (Levi, Wieviorka).
- II. Fardeau : la mémoire peut entraver l'avenir, alimenter le ressentiment.
- III. Synthèse : mémoire vivante, articulée à l'histoire (Nora "lieux de mémoire"), pour construire un présent éclairé.
Sujet 2 (interprétation) : Extrait de Levi, Si c'est un homme
Pistes :
- Mécanique de la déshumanisation.
- Témoignage et littérature.
- "Si c'est un homme..." comme question philosophique.
Sujet 3 (essai) : La violence peut-elle se justifier dans l'histoire ?
Pièges à éviter
- Confondre histoire et mémoire. Histoire = démarche scientifique. Mémoire = trace vivante et subjective.
- Réduire la Shoah à un événement isolé. C'est l'aboutissement d'une histoire longue (antisémitisme, eugénisme, totalitarisme nazi).
- Oublier d'autres génocides. Arméniens (1915), Rwanda (1994), Bosnie (1995). Le programme HLP encourage les comparaisons.
- Banaliser la violence. La "banalité du mal" d'Arendt ne signifie pas "le mal est banal" — c'est plus complexe : il s'incarne dans des hommes ordinaires.
- Esthétiser le mal. Question éthique : peut-on faire de la littérature avec le mal ? Polémique Les Bienveillantes (Littell).
Citations à mémoriser
- Levi : Si c'est un homme.
- Arendt : La banalité du mal.
- Arendt : La violence peut détruire le pouvoir, mais elle est totalement incapable d'en créer.
- Antelme : L'espèce humaine.
- Camus : Je me révolte, donc nous sommes.
- Adorno : Écrire un poème après Auschwitz est barbare.
- Wieviorka : L'ère du témoin.
Connexions transversales
- Avec Métamorphoses du moi : la violence déstructure le moi (Levi, Antelme).
- Avec Éducation : éduquer contre la violence (Camus, Discours de Suède).
- Avec L'humain et ses limites : les génocides interrogent les limites de l'humanité.