La conscience
Key takeaway
Notion du programme — Référence : Bulletin officiel n°8 du 25 juillet 2019, programme de philosophie en classe de Terminale, voie générale.
Probabilité 2026 (analyse Innovaweb) : ⭐⭐⭐⭐⭐ — Très élevée. Aucune apparition comme sujet principal Métropole 2021-2025. Une seule apparition secondaire (2021, sujet sur l'inconscient).
Définition de la notion
La conscience désigne la capacité d'un être à se rapporter à lui-même et au monde, à savoir qu'il sait, qu'il sent, qu'il agit. Elle se distingue traditionnellement en :
- Conscience psychologique (ou conscience immédiate) : perception qu'un sujet a de lui-même et de ses états mentaux, ici et maintenant.
- Conscience réflexive : retour de la conscience sur elle-même, capacité de prendre soi-même pour objet de pensée.
- Conscience morale : faculté de juger ses actes selon le bien et le mal, distincte de la simple conscience psychologique.
Le mot vient du latin cum-scientia : « avec savoir », ce que l'on sait avec soi-même.
Problématiques classiques
- La conscience prouve-t-elle l'existence du sujet ? (Descartes vs. Hume)
- La conscience est-elle solitaire ou suppose-t-elle autrui ? (Hegel, Sartre)
- La conscience est-elle transparente à elle-même ? (Descartes vs. Freud)
- La conscience définit-elle l'humain ? (Kant, Sartre vs. naturalisme)
Auteurs prioritaires
1. Descartes — Le cogito (1637-1641)
Référence : Discours de la méthode, IV (1637) ; Méditations métaphysiques, II (1641). Domaine public.
Thèse centrale : on peut douter de tout — du monde extérieur, des sens, des mathématiques mêmes — sauf d'une chose : que je suis en train de douter, donc de penser, donc d'exister.
Key takeaway
Je pense, donc je suis. — Descartes, Discours de la méthode, IV (1637)
Key takeaway
Mais qu'est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense. Qu'est-ce qu'une chose qui pense ? C'est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent. — Descartes, Méditations métaphysiques, II (1641)
À retenir : la conscience est pour Descartes la première certitude, le sol indubitable à partir duquel reconstruire toute connaissance. Le sujet est défini par sa pensée (res cogitans), distinct du corps (res extensa).
Critique majeure : Hume (1748) objectera que l'introspection ne révèle aucun "moi" substantiel, seulement un faisceau de perceptions. Le cogito poserait l'existence d'un sujet sans le prouver.
2. Kant — La conscience morale (1788)
Référence : Critique de la raison pratique, conclusion (1788). Domaine public.
Thèse centrale : la conscience ne se réduit pas à la connaissance de soi ; elle a une dimension morale — voix intérieure qui juge nos actions selon une loi universelle (l'impératif catégorique).
Key takeaway
Deux choses remplissent l'âme d'une admiration et d'une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s'y attache et s'y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. — Kant, Critique de la raison pratique, conclusion (1788)
À retenir : la conscience morale est ce qui élève l'homme au-dessus de la simple animalité. Elle est universelle et impose le devoir indépendamment des conséquences.
Connexion : à articuler avec la notion Le devoir, La liberté (la loi morale est le signe de la liberté du sujet).
3. Hegel — La conscience malheureuse et la dialectique du maître et de l'esclave (1807)
Référence : Phénoménologie de l'esprit, ch. IV (1807). Domaine public.
Thèse centrale : la conscience de soi ne peut se constituer seule. Elle a besoin d'autrui pour se reconnaître. Cette reconnaissance passe d'abord par un conflit : la « lutte des consciences ».
Key takeaway
La conscience de soi est en soi et pour soi quand et parce qu'elle est en soi et pour soi pour une autre conscience de soi. — Hegel, Phénoménologie de l'esprit, ch. IV (1807)
À retenir : ma conscience de moi-même dépend du regard de l'autre. Il n'y a pas de "moi" sans "toi". La conscience est intersubjective.
Connexion : à articuler avec Autrui et La liberté (la liberté n'est effective que dans la reconnaissance mutuelle).
4. Freud — Le décentrement de la conscience (1916-1917)
Référence : Conférences d'introduction à la psychanalyse (1916-1917) ; Métapsychologie (1915). Domaine public depuis 2010.
Thèse centrale : la conscience n'est qu'une mince couche à la surface du psychisme. L'essentiel des processus psychiques reste inconscient. Le moi n'est même pas maître chez lui.
Key takeaway
La psychanalyse a infligé à l'amour-propre humain […] sa troisième blessure, la plus sensible, en lui montrant que le moi n'est même pas maître dans sa propre maison. — Freud, Une difficulté de la psychanalyse (1917)
À retenir : la conscience cartésienne est une illusion. Le sujet est traversé par des désirs, des pulsions, des refoulements qui le déterminent à son insu.
Connexion : argument central pour critiquer Descartes. À articuler avec L'inconscient (notion proche).
5. Sartre — La conscience comme néant et liberté (1943)
Référence : L'Être et le Néant (1943). ⚠️ Citation courte autorisée (fair use, art. L.122-5 CPI).
Thèse centrale : la conscience n'est pas une chose, c'est un rien, une pure visée vers le monde. Elle est intentionnelle (toujours conscience de quelque chose) et libre par essence.
Key takeaway
L'existence précède l'essence. — Sartre, L'existentialisme est un humanisme (1946)
À retenir : pour Sartre, l'homme se définit par sa conscience qui est ouverture au monde et liberté radicale. Il est "condamné à être libre". La mauvaise foi consiste à se cacher cette liberté.
Connexion : à articuler avec La liberté, Autrui (« le regard d'autrui »).