IFSI Démarche de recherche et TFE

Présentation et discussion des résultats

Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine E, UE E.1 « Recherche, méthodes et données probantes ». Correspond à l'ex-UE 3.4 (référentiel 2009).

Pourquoi c'est central pour l'IDE : savoir présenter des résultats de façon claire et les discuter honnêtement est la compétence finale du chercheur infirmier et la marque d'un raisonnement scientifique rigoureux.

1. Distinction résultats / discussion : une règle absolue

La séparation entre résultats et discussion est une règle fondamentale de la rigueur scientifique.

SectionContenu autoriséContenu interdit
RésultatsCe qui a été observé ou mesuré, de façon objective et factuelleInterprétations, comparaisons avec d'autres études, opinions
DiscussionInterprétation des résultats, comparaison avec la littérature, limites, implicationsRésultats non encore présentés, nouvelles données

Erreur classique : présenter un résultat directement accompagné de son interprétation (« Le score EVA a diminué de 3 points, ce qui prouve que notre protocole est efficace »). Le mot « prouve » appartient à la Discussion, pas aux Résultats.

2. Présenter les résultats quantitatifs

2.1 Les statistiques descriptives

Les statistiques descriptives résument les caractéristiques de l'échantillon et les principales mesures de l'étude. Elles doivent toujours précéder les analyses inférentielles.

Tableau de description de l'échantillon (obligatoire dans tout article quantitatif) :

CaractéristiqueGroupe expérimental (n = 50)Groupe contrôle (n = 50)p
Âge moyen (années) ± écart-type72,4 ± 8,173,1 ± 7,90,68
Femmes, n (%)28 (56 %)30 (60 %)0,68
Score de Braden moyen14,2 ± 2,314,5 ± 2,10,52
Diabète, n (%)18 (36 %)16 (32 %)0,68

Ce tableau vérifie que les deux groupes sont comparables au départ (absence de différence significative : p > 0,05).

Indicateurs descriptifs clés :

IndicateurUsageFormule simplifiée
Moyenne (M)Variable quantitative, distribution symétriqueSomme des valeurs / nombre de sujets
Médiane (Me)Variable quantitative, distribution asymétrique ou présence d'extrêmesValeur centrale quand les données sont triées
ModeValeur la plus fréquenteValeur qui revient le plus souvent
Écart-type (ET)Dispersion autour de la moyenneMesure l'étalement des valeurs
Fréquences et pourcentagesVariables qualitativesn/N × 100
Intervalle de confiance à 95 % (IC 95 %)Précision de l'estimationFourchette dans laquelle se situe la vraie valeur avec 95 % de probabilité

Mnémo : Moyenne pour les données symétriques, Médiane pour les données asymétriques (ex. durée de séjour hospitalier : quelques patients très longs séjours tirent la moyenne vers le haut, la médiane est plus représentative).

2.2 Les statistiques inférentielles (notions)

Les statistiques inférentielles permettent de tester si les différences observées entre les groupes sont dues au hasard ou à l'intervention.

TestUsage courant
Test du Chi² (chi carré)Comparer des proportions entre deux groupes (variables qualitatives)
Test de Student (t-test)Comparer des moyennes entre deux groupes (variables quantitatives)
ANOVAComparer des moyennes entre plus de deux groupes
Corrélation de PearsonMesurer l'association linéaire entre deux variables quantitatives

Le seuil de signification :

  • La valeur p (p-value) exprime la probabilité d'observer le résultat par hasard si l'hypothèse nulle (absence d'effet) est vraie.
  • Convention : p < 0,05 = résultat statistiquement significatif (moins de 5 % de chances que ce soit dû au hasard).
  • Attention : p < 0,05 ne signifie pas « cliniquement important » : voir section 3.

2.3 Les tableaux et figures

Règles de présentation :

  • Chaque tableau et chaque figure doivent être autonomes : un titre clair, des légendes complètes, les unités de mesure précisées.
  • Les tableaux présentent des données précises ; les figures illustrent des tendances ou des distributions.
  • Chaque tableau ou figure est cité dans le texte avant d'apparaître.
  • Pas de données redondantes entre texte et tableau.

Types de figures courants :

  • Histogramme : distribution d'une variable quantitative.
  • Diagramme en secteurs (camembert) : répartition d'une variable qualitative.
  • Box plot : médiane, quartiles, valeurs extrêmes.
  • Courbe de survie (Kaplan-Meier) : délai de survenue d'un événement.
  • Forest plot : résultats d'une méta-analyse, taille d'effet par étude.

3. Présenter les résultats qualitatifs

3.1 Les catégories thématiques

En recherche qualitative, les résultats se présentent sous forme de catégories thématiques ou de thèmes émergents des données. Chaque catégorie est illustrée par des verbatims (extraits textuels d'entretiens, entre guillemets, anonymisés).

Structure type d'un résultat qualitatif :

  1. Nommer le thème ou la catégorie.
  2. Décrire ce qu'elle signifie et comment elle a émergé.
  3. L'illustrer par un ou deux verbatims représentatifs.
  4. Éventuellement mentionner les cas contraires (si certains participants ont exprimé l'inverse : nuancer).

Exemple :

Thème 1 : Le sentiment d'impuissance face à la souffrance des proches.

Les soignants interrogés ont fréquemment décrit un sentiment d'impuissance lorsqu'ils ne pouvaient pas soulager la détresse des familles en phase terminale.

« Des fois je ressors d'une chambre et je me dis que j'ai rien pu faire pour elle, pour la maman. Je lui ai tenu la main mais ça suffisait pas. » (IDE, 8 ans d'expérience, service de soins palliatifs)

« On est formés pour les soins techniques mais là, tu vois la souffrance de la famille et t'es démunie. » (IDE, 3 ans d'expérience)

3.2 Présenter la saturation des données

Dans un TFE ou un article qualitatif, les résultats précisent à quel moment la saturation des données a été atteinte. Cela justifie le nombre de participants recruté (voir la fiche « La méthodologie qualitative »).

4. La Discussion : interpréter et contextualiser

4.1 Structure d'une Discussion efficace

ÉtapeContenu
Rappel de la questionReformuler brièvement la question de recherche et le principal résultat.
Interprétation des résultatsExpliquer ce que signifient les résultats : pourquoi ce résultat ? Quels mécanismes explicatifs ?
Confrontation à la littératureComparer avec les études antérieures : résultats concordants ? Discordants ? Pourquoi ?
Limites de l'étudeÉnumérer honnêtement les limites méthodologiques (taille de l'échantillon, biais non contrôlés, contexte spécifique).
Implications cliniquesQue recommander pour la pratique infirmière ? En quoi ce résultat modifie-t-il ou confirme-t-il les pratiques ?
Perspectives de rechercheQuelles questions cette étude laisse-t-elle ouvertes ? Quelles études futures seraient nécessaires ?

Mnémo : RICLI P : Rappel, Interprétation, Confrontation littérature, Limites, Implications, Perspectives.

4.2 Interpréter sans sur-interpréter

La Discussion doit être proportionnée aux données. Erreurs fréquentes :

  • Conclure à une relation causale sur la base d'une étude observationnelle (ne mesure qu'une association).
  • Généraliser des résultats obtenus sur un petit échantillon de convenance à l'ensemble des patients.
  • Prétendre qu'un résultat non significatif (p > 0,05) « prouve l'absence d'effet » : il montre seulement que l'effet n'a pas été détecté avec cet effectif et cette puissance.
  • Ignorer les résultats négatifs ou les données qui contredisent l'hypothèse initiale.

En pratique : une formulation honnête est « Ces résultats suggèrent... » ou « Ces données sont compatibles avec l'hypothèse que... », et non « Ces résultats prouvent que... ».

4.3 Discuter les limites de façon constructive

Mentionner les limites n'affaiblit pas un travail : c'est une marque de rigueur. Une limite bien identifiée et justifiée est préférable à une limite ignorée que le jury ou le lecteur détectera seul.

Exemples de limites à discuter dans un TFE :

  • Effectif limité (échantillonnage de convenance) : les résultats ne sont pas généralisables.
  • Biais de désirabilité sociale dans les entretiens (participants peuvent sous-rapporter certaines pratiques).
  • Période de collecte courte : les données peuvent ne pas refléter la variabilité saisonnière.
  • Contexte monocentrique : les résultats peuvent être spécifiques à l'établissement.
  • Le chercheur connaissait les participants (influence possible sur les réponses).

5. Les normes de référence bibliographique

Les références doivent être citées dans le texte et listées en fin de document selon une norme reconnue. Les deux normes les plus utilisées en IFSI sont :

5.1 La norme Vancouver

La norme Vancouver (International Committee of Medical Journal Editors) est la norme de référence des revues médicales et de soins infirmiers.

  • Les références sont numérotées dans l'ordre de leur première apparition dans le texte.
  • La citation dans le texte est un chiffre entre crochets ou en exposant : [1] ou ¹.
  • La liste en fin de document est dans l'ordre numérique.

Format d'un article en Vancouver : Nom A, Nom B. Titre de l'article. Titre abrégé de la revue. Année ; Volume(Numéro) : pages.

Exemple : Dupont M, Martin L. Prévention des escarres en soins intensifs : revue systématique. Rev Infirm. 2023 ; 42(3) : 45-52.

5.2 La norme APA (7e édition)

La norme APA (American Psychological Association) est utilisée en sciences sociales et humaines.

  • Les citations dans le texte sont entre parenthèses : (Dupont et Martin, 2023).
  • La liste en fin de document est dans l'ordre alphabétique par auteur.

Format d'un article en APA : Nom, Initiale. (Année). Titre de l'article. Titre de la revue en italique, Volume(Numéro), pages.

Exemple : Dupont, M., et Martin, L. (2023). Prévention des escarres en soins intensifs : revue systématique. Revue de l'Infirmière, 42(3), 45-52.

En pratique : en IFSI, vérifier la norme exigée par l'établissement. Vancouver est souvent demandé pour les TFE à orientation biomédicale ; APA pour les TFE à orientation sciences humaines. La cohérence est impérative : ne pas mélanger les normes au sein d'un même document.

Vocabulaire essentiel

  • Statistiques descriptives : méthodes résumant les caractéristiques d'un échantillon (moyenne, médiane, écart-type, fréquences).
  • Statistiques inférentielles : méthodes testant si les différences observées dépassent l'aléatoire (tests statistiques).
  • Valeur p (p-value) : probabilité d'obtenir le résultat observé par hasard si l'hypothèse nulle est vraie.
  • Seuil de signification : convention fixant la p-value à partir de laquelle un résultat est dit statistiquement significatif (usuellement p < 0,05).
  • Intervalle de confiance à 95 % (IC 95 %) : plage de valeurs dans laquelle la vraie valeur de la population se situe avec 95 % de probabilité.
  • Verbatim : extrait textuel et intégral d'un entretien, entre guillemets, utilisé pour illustrer un thème en recherche qualitative.
  • Catégorie thématique : regroupement de données qualitatives partageant une signification commune.
  • Discussion : section interprétant les résultats, les confrontant à la littérature et reconnaissant les limites.
  • Limite : restriction méthodologique ou contextuelle réduisant la portée des conclusions.
  • Norme Vancouver : norme bibliographique des revues médicales, avec numérotation séquentielle des références.
  • Norme APA : norme bibliographique des sciences sociales, avec citation auteur-date.
  • Forest plot : figure représentant les tailles d'effet de plusieurs études dans une méta-analyse.

Points clés à retenir

  1. La séparation entre Résultats (ce qui a été observé) et Discussion (interprétation) est une règle absolue de rigueur scientifique : ne jamais interpréter dans la section Résultats.
  2. Les statistiques descriptives (caractéristiques de l'échantillon) précèdent toujours les analyses inférentielles et permettent au lecteur d'évaluer la représentativité.
  3. Un résultat statistiquement significatif (p < 0,05) n'est pas nécessairement cliniquement pertinent : la taille d'effet et l'intervalle de confiance sont plus informatifs.
  4. En recherche qualitative, les résultats sont présentés sous forme de catégories thématiques illustrées par des verbatims anonymisés.
  5. La Discussion suit la structure RICLI P : Rappel, Interprétation, Confrontation littérature, Limites, Implications, Perspectives.
  6. Déclarer honnêtement ses limites est une marque de rigueur, non de faiblesse. Le jury et les lecteurs les détecteront de toute façon.
  7. Les normes Vancouver et APA régissent la mise en forme des références bibliographiques : respecter la norme exigée par l'établissement et être parfaitement cohérent.

Pièges fréquents

  1. Interpréter dans la section Résultats : « le score EVA a diminué, ce qui montre que notre protocole réduit la douleur » doit être dans la Discussion. Les Résultats énoncent le fait : « le score EVA moyen est passé de 7,2 à 4,1 ».
  2. Confondre p < 0,05 et preuve clinique : une p-value significative avec un très grand effectif peut refléter une différence infime sans intérêt clinique. Toujours rapporter la taille d'effet et l'IC 95 %.
  3. Ne pas discuter les résultats négatifs ou inattendus : les résultats qui infirment l'hypothèse sont aussi importants que ceux qui la confirment. Les occulter est contraire à l'intégrité scientifique.
  4. Généraliser des résultats d'un petit échantillon de convenance : « Cette étude montre que tous les patients... » à partir de 12 entretiens est une sur-interprétation inacceptable.
  5. Mélanger les normes bibliographiques : citer certaines sources en Vancouver et d'autres en APA dans le même document est une faute de forme sanctionnée lors des soutenances de TFE.
  6. Oublier le numéro de l'entretien ou le profil du participant dans les verbatims : un verbatim sans mention du profil du participant (ex. IDE, 5 ans d'expérience, secteur palliatif) est moins crédible et moins analysable.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Quelle est la différence entre la moyenne et la médiane, et quand utiliser l'une ou l'autre ? R : La moyenne est la somme de toutes les valeurs divisée par le nombre d'observations. Elle est influencée par les valeurs extrêmes (outliers) : une durée de séjour de 120 jours pour un patient tire la moyenne vers le haut même si la plupart des patients restent 5 jours. La médiane est la valeur centrale quand les données sont triées : elle n'est pas influencée par les extrêmes. On utilise la moyenne quand la distribution est symétrique (proche d'une loi normale) et la médiane quand elle est asymétrique ou comporte des valeurs extrêmes. En pratique hospitalière, la médiane est souvent plus adaptée pour les durées de séjour, les délais de prise en charge ou les coûts.

Q : Qu'est-ce qu'un verbatim et quel est son rôle dans les résultats qualitatifs ? R : Un verbatim est la retranscription textuelle, mot pour mot, d'un extrait d'entretien enregistré. Il est présenté entre guillemets dans la section Résultats et accompagné d'une brève description anonymisée du participant (ex. « IDE, 6 ans d'expérience en soins palliatifs »). Son rôle est double : illustrer concrètement la catégorie thématique présentée (ancrer les résultats dans les données réelles) et permettre au lecteur d'évaluer si l'interprétation du chercheur est cohérente avec ce que les participants ont réellement dit. Sans verbatim, les résultats qualitatifs reposent entièrement sur l'interprétation du chercheur, ce qui nuit à la crédibilité de l'étude.

Q : Comment structurer une Discussion dans un TFE infirmier ? R : Une Discussion rigoureuse suit la structure RICLI P. Elle commence par un court rappel de la question de recherche et du principal résultat (Rappel). Elle interprète ensuite les résultats : pourquoi ces résultats ? Quels mécanismes les expliquent ? (Interprétation). Elle les confronte à la littérature existante : les études antérieures convergent-elles ou divergent-elles, et pourquoi ? (Confrontation). Elle identifie honnêtement les limites méthodologiques (taille de l'échantillon, biais non contrôlés, contexte unique) (Limites). Elle énonce les implications pratiques pour les soins infirmiers (Implications). Enfin, elle propose des pistes pour des recherches futures (Perspectives). Une Discussion honnête, qui reconnaît ses limites sans les minimiser, est toujours mieux perçue par le jury qu'une Discussion qui prétend avoir tout résolu.

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