Bactéries multirésistantes (BMR et BHRe)
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.4 « Démarche qualité et gestion des risques » (prévention du risque infectieux). Correspond à l'ex-UE 2.10 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : la détection précoce, l'application des précautions de contact et la bonne organisation des dépistages sont des actions infirmières directes permettant de limiter la diffusion des BMR et BHRe dans les unités de soins.
01Définitions et enjeux
1.1 Bactéries multirésistantes (BMR)
Une bactérie multirésistante (BMR) est une bactérie qui a acquis une résistance à plusieurs familles d'antibiotiques, rendant les options thérapeutiques limitées. La multirésistance résulte de mécanismes génétiques (mutations, acquisitions de gènes de résistance par transfert horizontal).
Les BMR posent un double problème :
- Épidémique : elles se propagent facilement en milieu hospitalier par les mains et le matériel.
- Thérapeutique : les infections à BMR sont plus difficiles à traiter, avec un risque de recours à des antibiotiques de dernier recours.
1.2 Bactéries hautement résistantes émergentes (BHRe)
Les bactéries hautement résistantes émergentes (BHRe) constituent une menace encore plus grave : elles résistent à un très grand nombre d'antibiotiques, y compris aux carbapénèmes (antibiotiques de dernier recours), avec des options thérapeutiques très limitées.
Les BHRe font l'objet de mesures de signalement obligatoire et de prise en charge spécifique encadrée par Santé publique France et les CPias (centres d'appui pour la prévention des infections associées aux soins).
1.3 Distinction BMR / BHRe
| Caractéristique | BMR | BHRe |
|---|---|---|
| Résistance | Plusieurs familles d'antibiotiques | Très grande majorité des antibiotiques, dont les carbapénèmes |
| Exemples | SARM, entérobactéries BLSE | ERG (entérocoques résistants aux glycopeptides), EPC |
| Signalement obligatoire | Surveillance (CPias, SPF) | Signalement obligatoire (signal d'alerte externe) |
| Mesures de maîtrise | Précautions contact standard | Précautions contact renforcées, cellule de crise possible |
02Principales BMR
2.1 SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méticilline)
Le SARM est la BMR la plus connue en France. Il est résistant à toute la famille des bêta-lactamines (pénicillines, céphalosporines, carbapénèmes) en raison du gène mecA qui code une protéine de liaison à la pénicilline (PLP2a) d'affinité réduite.
- Réservoir : peau et muqueuses nasales (portage nasal dans environ 30 à 50 % des cas selon les populations).
- Mode de transmission : contact direct et indirect (mains, matériel).
- Infections causées : infections cutanées (furoncles, abcès), infections de plaies, bactériémies, pneumonies (notamment PAVM en réanimation).
- Dépistage : prélèvement nasal (écouvillon), parfois axillaire, inguinal ou périnéal.
- Traitement : vancomycine (glycopeptide) ou linézolide selon la sensibilité.
2.2 Entérobactéries productrices de BLSE (bêta-lactamases à spectre élargi)
Les entérobactéries productrices de BLSE (comme E. coli BLSE, Klebsiella pneumoniae BLSE) hydrolysent toutes les pénicillines et la majorité des céphalosporines (y compris les céphalosporines de 3e génération). Les carbapénèmes restent efficaces.
- Exemples : E. coli BLSE (très répandu en communauté et à l'hôpital), Klebsiella pneumoniae BLSE (plus souvent hospitalier).
- Réservoir : tube digestif (portage digestif asymptomatique).
- Dépistage : écouvillonnage rectal.
- Infections : infections urinaires, bactériémies, infections intra-abdominales.
- Traitement : carbapénèmes en cas d'infection grave ; tentative d'épargne des carbapénèmes par des alternatives (témocilline, fosfomycine) selon antibiogramme.
2.3 Pseudomonas aeruginosa multirésistant (PAM)
Pseudomonas aeruginosa peut acquérir des multirésistances par accumulation de mécanismes divers (imperméabilité membranaire, pompes à efflux, enzymes). Il est particulièrement redouté en réanimation (PAVM) et chez les patients mucoviscidosiques.
03Principales BHRe
3.1 ERG (entérocoques résistants aux glycopeptides)
Les ERG (ou VRE : vancomycin-resistant enterococci) résistent à la vancomycine et à la teicoplanine (les deux glycopeptides disponibles en France). Ils sont principalement représentés par Enterococcus faecium résistant (gènes vanA ou vanB).
- Réservoir : tube digestif.
- Transmission : contact, mains, matériel, environnement.
- Risque : infections graves (endocardites, bactériémies) avec très peu d'options thérapeutiques.
- Dépistage : écouvillonnage rectal.
3.2 EPC (entérobactéries productrices de carbapénèmases)
Les EPC hydrolysent les carbapénèmes via des enzymes carbapénèmases (KPC, OXA-48, NDM, VIM...). Elles représentent la menace BHRe la plus préoccupante car elles peuvent toucher des bactéries très diverses (Klebsiella pneumoniae, E. coli, Enterobacter...) avec des options thérapeutiques extrêmement limitées.
- Origine fréquente : patients hospitalisés à l'étranger (pays à haute prévalence) ou contacts avec ces patients.
- Dépistage : obligatoire à l'admission pour les patients ayant été hospitalisés à l'étranger dans les 12 derniers mois.
- Signalement : les EPC font l'objet d'un signalement externe obligatoire à Santé publique France.
| BMR / BHRe | Résistance principale | Dépistage | Traitement de recours |
|---|---|---|---|
| SARM | Bêta-lactamines | Écouvillon nasal | Vancomycine, linézolide |
| E. coli / Klebsiella BLSE | C3G et pénicillines | Écouvillonnage rectal | Carbapénèmes |
| ERG | Glycopeptides (vancomycine) | Écouvillonnage rectal | Linézolide, daptomycine |
| EPC | Carbapénèmes | Écouvillonnage rectal | Combinaisons, ceftazidime-avibactam |