La prise de notes efficace
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine E, UE E.3 « Méthodes de travail et aide à la réussite ». Correspond à l'ex-UE 6.1 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : en IFSI, les cours magistraux, les stages et la lecture d'articles exigent de traiter un volume d'informations important ; des notes bien structurées facilitent la mémorisation, la révision et l'argumentation dans les écrits professionnels.
1. Principes généraux de la prise de notes
1.1 Pourquoi prendre des notes ?
Prendre des notes n'est pas une retranscription passive : c'est un acte cognitif actif qui oblige à sélectionner, reformuler et relier les informations. Des études en sciences de l'éducation montrent que la reformulation lors de la prise de notes améliore la rétention à long terme bien davantage que la copie mot à mot.
Fonctions des notes :
- Fixer les informations importantes pendant un cours ou une lecture.
- Servir de base de révision structurée.
- Constituer une trace pour les travaux écrits (TFE, rapports).
- Entraîner la compréhension et l'analyse par la reformulation.
1.2 Ce qu'il faut noter (et ne pas noter)
À noter : les définitions clés, les chiffres et données cités, les liens de causalité, les exemples illustratifs, les titres des références bibliographiques citées, les questions posées par l'intervenant, les points que vous ne comprenez pas (à approfondir).
À ne pas noter : les exemples anecdotiques sans intérêt conceptuel, les redites, les formulations que vous comprenez immédiatement et que vous n'aurez pas à vérifier.
1.3 L'utilisation des abréviations personnelles
Développez un système d'abréviations cohérent et stable :
| Abréviation | Signification |
|---|---|
→ | entraîne, produit, conduit à |
↑ / ↓ | augmentation / diminution |
= | est égal à, équivaut à |
≠ | est différent de |
ex : | exemple |
def : | définition |
/ | ou |
+ | et, en plus |
svt | souvent |
pq ? | pourquoi ? |
ss | sans |
avt / aprs | avant / après |
∅ | absence de, zéro |
En pratique : gardez le même système d'abréviations tout au long de vos études. Un symbole dont vous avez oublié le sens perd toute utilité lors de la révision.
2. La méthode Cornell
2.1 Présentation
La méthode Cornell a été développée dans les années 1950 par Walter Pauk, professeur à l'Université Cornell (États-Unis). Elle est l'une des méthodes de prise de notes les plus validées en contexte académique.
2.2 Structure de la page Cornell
La page est divisée en trois zones :
┌─────────────────────────────────────────────┐
│ EN-TÊTE : Date / Sujet / Cours │
├────────────────┬────────────────────────────┤
│ │ │
│ COLONNE DES │ COLONNE DES NOTES │
│ QUESTIONS │ (2/3 de la largeur) │
│ (1/3 de la │ │
│ largeur) │ Écrire ici pendant le │
│ │ cours ou la lecture. │
│ Remplir APRÈS │ │
│ le cours : │ │
│ questions │ │
│ clés, mots- │ │
│ clés, titres │ │
│ │ │
├────────────────┴────────────────────────────┤
│ │
│ RÉSUMÉ (bas de page) │
│ À rédiger après le cours, en 2-3 lignes │
│ : l'essentiel à retenir. │
└─────────────────────────────────────────────┘
2.3 Les cinq étapes (méthode des 5 R)
- Record (noter) : pendant le cours ou la lecture, noter les informations importantes dans la colonne de droite, en abrégeant et reformulant.
- Reduce (réduire) : dans les 24 heures, relire les notes et remplir la colonne de gauche avec des mots-clés, des questions ou des titres qui résument chaque bloc de notes.
- Recite (réciter) : cacher la colonne de droite, regarder uniquement les questions de la colonne de gauche et s'interroger à voix haute (répétition active).
- Reflect (réfléchir) : mettre les nouvelles informations en lien avec ce que l'on sait déjà, se demander comment les utiliser en pratique clinique.
- Review (réviser) : relire régulièrement les résumés du bas de page (révision espacée).
Mnémo : 5R = Record, Reduce, Recite, Reflect, Review.
3. Le mind-mapping (carte mentale ou heuristique)
3.1 Principes
Le mind-mapping (ou carte mentale) est une technique de représentation visuelle de l'information proposée par Tony Buzan dans les années 1970. L'idée centrale est placée au centre de la feuille ; les branches rayonnantes représentent les idées principales, les sous-branches les détails.
Caractéristiques :
- Structure arborescente non linéaire.
- Utilisation de mots-clés (pas de phrases entières).
- Couleurs et icônes pour aider la mémorisation visuelle.
- Représentation des liens entre les idées.
3.2 Quand utiliser le mind-mapping en IFSI ?
- Synthétiser un chapitre de cours avant une évaluation.
- Organiser les idées avant de rédiger un TFE ou un rapport.
- Préparer un exposé oral (voir fiche « La communication orale et l'exposé »).
- Réviser les pathologies ou les protocoles de soins de façon visuelle.
Outils numériques : XMind, MindMeister, Coggle (gratuits en version de base). Une feuille A3 et des crayons de couleur fonctionnent très bien aussi.
4. Le sketchnoting
Le sketchnoting (ou prise de notes visuelles) combine textes courts, pictogrammes, encadrés, flèches et petits croquis pour rendre les notes plus mémorables. Il ne nécessite pas de savoir dessiner.
Éléments du sketchnoting :
- Titres mis en valeur (encadrés, soulignés, en majuscules).
- Pictogrammes simples (ampoule pour une idée, point d'interrogation pour une question, étoile pour un point clé).
- Séparateurs visuels (lignes, encadrés).
- Flèches et connecteurs pour montrer les liens.
En pratique : le sketchnoting est particulièrement efficace pour les cours sur les anatomies, les schémas de pathophysiologie, les protocoles de soins. Il mobilise plus d'encodages mémoriels (verbal + visuel + moteur).
5. La carte conceptuelle
5.1 Différence avec la carte mentale
La carte conceptuelle (concept map), développée par Joseph Novak, se distingue de la carte mentale par :
- Une structure hiérarchique descendante (du concept le plus général au plus spécifique).
- Des liens étiquetés entre les concepts (les flèches portent une proposition : « entraîne », « est une composante de », « se différencie en »).
- Plusieurs ramifications possibles entre des branches différentes (liens croisés).
5.2 Usage en IFSI
La carte conceptuelle est adaptée pour :
- Comprendre et représenter des processus complexes (physiopathologie d'une maladie, chaîne de causalité d'un accident thérapeutique).
- Préparer le cadre théorique d'un TFE.
- Visualiser les liens entre les concepts infirmiers (concept de soin, modèle de Henderson, etc.).
6. La lecture active
6.1 Avant de lire
- Définir l'objectif : que cherchez-vous dans ce texte ?
- Effectuer une lecture rapide (survol) du plan, des titres, des encadrés, des résumés et de la conclusion.
- Formuler des questions auxquelles vous espérez trouver une réponse.
6.2 Pendant la lecture
- Lire un paragraphe, s'arrêter, reformuler mentalement l'idée principale.
- Annoter directement le texte si c'est votre exemplaire : soulignements, questions en marge, symboles personnels.
- Ne pas surligner des phrases entières : surligner l'idée clé de chaque paragraphe (un soulignement par paragraphe maximum).
6.3 Après la lecture
- Rédiger un résumé de lecture dans ses propres mots (sans regarder le texte).
- Placer la référence dans Zotero avec une note personnelle.
- Comparer avec ses notes de cours ou d'autres lectures sur le même thème.
En pratique : la méthode SQ3R (Survey, Question, Read, Recite, Review) est une variante structurée de la lecture active, particulièrement utile pour les manuels de référence ou les longs articles.
Vocabulaire essentiel
- Prise de notes : sélection et reformulation écrite d'informations pendant un cours ou une lecture.
- Méthode Cornell : méthode de prise de notes à trois zones (questions, notes, résumé) avec révision active.
- Mind-mapping (carte mentale) : représentation visuelle arborescente des idées autour d'un concept central.
- Sketchnoting : prise de notes combinant texte court, pictogrammes et croquis.
- Carte conceptuelle : représentation hiérarchique des liens étiquetés entre des concepts.
- Lecture active : lecture orientée par un objectif, avec reformulation et annotation.
- SQ3R : Survey, Question, Read, Recite, Review ; méthode de lecture active structurée.
- Révision espacée : relecture à intervalles croissants pour renforcer la mémorisation à long terme.
- Reformulation : expression d'une idée avec ses propres mots, signe de compréhension.
- Survol : lecture rapide du plan, des titres et des résumés avant la lecture détaillée.
Points clés à retenir
- Prendre des notes efficacement suppose de sélectionner et reformuler, pas de transcrire mot à mot.
- La méthode Cornell organise les notes en trois zones (notes, questions, résumé) et impose une relecture active dans les 24 heures (5R).
- Le mind-mapping est adapté à la synthèse et à la révision ; la carte conceptuelle à la modélisation de relations complexes entre concepts.
- Le sketchnoting améliore la mémorisation en mobilisant simultanément les encodages verbal, visuel et moteur.
- La lecture active implique de formuler des questions avant de lire, d'annoter pendant la lecture, et de résumer après.
- Un système d'abréviations personnelles stable accélère la prise de notes sans nuire à la relecture.
Pièges fréquents
- Transcrire mot à mot le diaporama : copier les slides ne génère aucun traitement cognitif. Les notes doivent reformuler et enrichir le contenu vu.
- Ne jamais relire ses notes : des notes non relues dans les 48 heures perdent une grande partie de leur utilité mémorielle. Planifier la relecture.
- Surligner des paragraphes entiers : le surlignage excessif crée une illusion de travail sans favoriser la sélection et la mémorisation.
- Confondre mind-map et carte conceptuelle : le mind-map rayonne librement depuis un centre ; la carte conceptuelle est hiérarchique avec des liens étiquetés.
- Prendre des notes sur support numérique sans stratégie : taper vite sur ordinateur favorise la retranscription verbatim. Si vous utilisez un ordinateur, forcez-vous à reformuler (ne pas simplement copier-coller les slides ou dicter).
- Ne pas noter les références bibliographiques citées par l'intervenant : les articles, ouvrages et recommandations cités en cours sont des pistes précieuses pour les travaux écrits. Les noter immédiatement.
Q&R pour le tuteur IA
Q : La méthode Cornell est-elle adaptée aux cours magistraux rapides de l'IFSI ? R : Oui, mais elle demande un peu d'entraînement. Pendant le cours, concentrez-vous sur la colonne de droite (noter les idées essentielles en abrégeant). La colonne de gauche (questions/mots-clés) et le résumé bas de page se complètent dans les heures qui suivent, lors de la relecture. Au début, prérédigez les titres de la colonne de gauche avant le cours si vous connaissez le plan. Avec quelques semaines de pratique, la méthode devient naturelle et réduit considérablement le temps de révision avant les partiels.
Q : Vaut-il mieux prendre des notes à la main ou sur ordinateur ? R : Les deux approches ont des avantages et des limites. La recherche (notamment Mueller et Oppenheimer, 2014) suggère que la prise de notes manuscrite favorise une meilleure compréhension et rétention à long terme, car l'obligation de reformuler (la vitesse d'écriture limite la retranscription) stimule davantage le traitement cognitif. L'ordinateur est plus rapide et facilite l'organisation et la recherche dans ses notes ultérieurement. L'idéal est souvent hybride : manuscrit pour les cours magistraux à fort contenu conceptuel, numérique pour les séances pratiques ou les lectures longues.
Q : Comment adapter la prise de notes en stage infirmier ? R : En stage, vous ne pouvez pas prendre des notes sur un patient devant lui dans la plupart des situations. Utilisez un carnet de poche pour noter immédiatement après un soin : observations cliniques, termes inconnus, questions posées à l'infirmier référent, protocoles observés. En fin de journée, développez ces notes dans votre cahier de stage (si votre IFSI en exige un) ou dans votre portfolio. Chaque entrée doit mentionner la date, le service, la situation (anonymisée) et votre analyse réflexive.
Q : Quelle est la différence entre une carte mentale et un schéma de physiopathologie ? R : Un schéma de physiopathologie est une représentation linéaire ou en arbre des mécanismes causaux d'une maladie, avec des flèches directionnelles et des étapes précises (exemple : cascade de l'inflammation). Une carte mentale est plus libre, centrée sur un concept global, sans nécessairement respecter une logique causale. Pour apprendre la physiopathologie de l'insuffisance cardiaque, un schéma causal est plus précis ; pour réviser tout le chapitre « cardiopathies », une carte mentale qui organise les sous-thèmes est plus utile.