IFSI Système nerveux & organes des sens

Le neurone

Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), UE B.1 « Sciences biomédicales », socle « Fonctionnement du corps humain » (système nerveux). Correspond à l'ex-UE 2.2 « Cycles de la vie et grandes fonctions » (référentiel 2009, S1).

Pourquoi c'est central pour l'IDE : comprendre la structure et le fonctionnement du neurone explique comment naît l'influx nerveux, pourquoi la démyélinisation (sclérose en plaques) ralentit la conduction, et comment agissent les anesthésiques locaux et certains antiépileptiques.

1. Structure du neurone

Le neurone est la cellule fonctionnelle du système nerveux. Il est excitable : il peut générer et conduire un signal électrique appelé influx nerveux (ou potentiel d'action).

Un neurone type comporte trois parties :

1.1 Le corps cellulaire (soma ou péricaryon)

C'est le centre métabolique du neurone. Il contient le noyau et la majorité des organites (réticulum endoplasmique, ribosomes, mitochondries). C'est là que se fabriquent les protéines nécessaires à toute la cellule.

Les corps cellulaires sont regroupés :

  • Dans la substance grise du SNC (cortex cérébral, corne grise de la moelle).
  • Dans les ganglions du SNP.

1.2 Les dendrites

Les dendrites sont de nombreuses extensions courtes et ramifiées qui partent du corps cellulaire. Elles reçoivent les signaux des autres neurones (ou des récepteurs sensoriels) et les acheminent vers le corps cellulaire.

Plus un neurone possède de dendrites, plus il peut intégrer d'informations en parallèle.

1.3 L'axone

L'axone est une prolongation unique, plus longue que les dendrites. Il transmet le potentiel d'action du corps cellulaire vers d'autres neurones, des muscles ou des glandes. Son extrémité se ramifie en terminaisons axonales (boutons synaptiques).

La longueur d'un axone varie de quelques millimètres à plus d'un mètre (ex. : axones des motoneurones allant jusqu'aux muscles du pied).

Mnémo : Dendrites = Dedans (reçoivent) ; Axone = Avance (envoie).

2. La gaine de myéline et les noeuds de Ranvier

La plupart des axones du SNP, et certains du SNC, sont entourés d'une gaine de myéline : enveloppe lipidique blanchâtre formée de couches concentriques de membrane (dans le SNP, par les cellules de Schwann ; dans le SNC, par les oligodendrocytes).

La gaine de myéline :

  • Isole l'axone électriquement.
  • Accélère la conduction : l'influx « saute » d'un noeud à l'autre (conduction saltatoire), ce qui est bien plus rapide que de progresser centimètre par centimètre.

Les noeuds de Ranvier sont de petits espaces réguliers (non myélinisés) sur l'axone où se régénère le potentiel d'action lors de la conduction saltatoire.

ÉlémentRôle
Gaine de myélineIsolation électrique, accélération de la conduction
Cellule de SchwannForme la myéline dans le SNP
OligodendrocyteForme la myéline dans le SNC
Noeud de RanvierZone dépolarisable où l'influx se régénère (conduction saltatoire)

Lien clinique : dans la sclérose en plaques (SEP), le système immunitaire attaque la myéline du SNC (démyélinisation). La conduction de l'influx est ralentie ou bloquée, ce qui explique les déficits variables (troubles de la vue, faiblesse, troubles sensitifs). Le traitement de fond de la SEP relève de la prescription médicale. L'IDE surveille les signes de poussée et accompagne les patients au quotidien.

3. Les types de neurones

On classe les neurones selon la direction de l'information :

TypeAutre nomDirectionExemple
SensitifAfférentSNP vers SNCNeurone transportant la douleur d'un doigt vers la moelle
MoteurEfférentSNC vers SNPNeurone commandant la contraction d'un muscle
InterneuroneNeurone d'associationDans le SNCRelais entre neurones sensitifs et moteurs (réflexe)

La grande majorité des neurones du cerveau sont des interneurones : ils analysent et intègrent les informations.

Mnémo : Afférent = Arrivée (vers le cerveau) ; Efférent = Envoi (vers la périphérie).

4. Le potentiel d'action et l'influx nerveux

4.1 Le potentiel de repos

Au repos, la membrane du neurone est polarisée : l'intérieur de la cellule est chargé négativement par rapport à l'extérieur (différence de potentiel d'environ -70 mV, valeur indicative). Cet état est maintenu par des échanges actifs d'ions sodium (Na+) et potassium (K+).

4.2 Le potentiel d'action

Quand le neurone reçoit un signal suffisamment fort (dépassant un seuil), la membrane s'ouvre brusquement aux ions Na+ : l'intérieur devient momentanément positif. C'est la dépolarisation. Puis les canaux Na+ se ferment et les canaux K+ s'ouvrent : la cellule revient à son état de repos (repolarisation).

Cette séquence dépolarisation/repolarisation se propage le long de l'axone comme une vague : c'est le potentiel d'action (ou influx nerveux). Il obéit à la loi du « tout ou rien » : il est déclenché complètement ou pas du tout, et son amplitude ne varie pas.

4.3 Conduction saltatoire

Sur un axone myélinisé, le potentiel d'action ne se propage pas en continu : il « saute » de noeud de Ranvier en noeud de Ranvier. Cette conduction saltatoire est 10 à 100 fois plus rapide que la conduction continue (axone non myélinisé). Elle consomme aussi moins d'énergie.

5. Les cellules gliales (névroglie)

Les neurones ne sont pas seuls dans le système nerveux. Ils sont entourés de cellules gliales (ou cellules de la névroglie), qui les soutiennent, les nourrissent et les protègent.

Principales cellules gliales :

  • Astrocytes : soutien structural, régulation du microenvironnement ionique, participation à la barrière hémato-encéphalique (filtre entre sang et tissu nerveux).
  • Oligodendrocytes (SNC) : synthèse de la myéline centrale.
  • Cellules de Schwann (SNP) : synthèse de la myéline périphérique.
  • Microglie : cellules immunitaires du SNC (phagocytose des débris et agents pathogènes).
  • Cellules épendymaires : tapissent les ventricules et contribuent à la production du liquide cérébrospinal.

Mnémo : les cellules gliales sont les « gardiens du neurone » : elles Soutiennent, Nourissent et Protègent.

Vocabulaire essentiel

  • Neurone : cellule nerveuse excitable, unité fonctionnelle du système nerveux.
  • Corps cellulaire (soma) : contient le noyau, centre métabolique du neurone.
  • Dendrite : prolongement court recevant les signaux entrants.
  • Axone : prolongement unique transmettant l'influx nerveux vers les cibles.
  • Gaine de myéline : enveloppe lipidique isolante accélérant la conduction.
  • Cellule de Schwann : cellule formant la myéline dans le SNP.
  • Oligodendrocyte : cellule formant la myéline dans le SNC.
  • Noeud de Ranvier : zone non myélinisée où se régénère le potentiel d'action.
  • Potentiel d'action : signal électrique bref se propageant le long de l'axone.
  • Dépolarisation : inversion transitoire de la polarité membranaire (entrée de Na+).
  • Conduction saltatoire : propagation rapide en sautant de noeud en noeud sur les axones myélinisés.
  • Neurone afférent (sensitif) : transmet les informations vers le SNC.
  • Neurone efférent (moteur) : transmet les ordres du SNC vers les effecteurs.
  • Interneurone : neurone de relais et d'intégration, situé dans le SNC.

Points clés à retenir

  1. Le neurone comporte un corps cellulaire, des dendrites (réception) et un axone (émission de l'influx).
  2. La gaine de myéline isole et accélère la conduction ; les noeuds de Ranvier permettent la conduction saltatoire.
  3. Le potentiel d'action obéit à la loi du « tout ou rien » : il est déclenché ou non, sans amplitude intermédiaire.
  4. Les neurones sensitifs (afférents) informent le SNC ; les neurones moteurs (efférents) commandent les effecteurs ; les interneurones intègrent et relient.
  5. Les cellules gliales (astrocytes, oligodendrocytes, cellules de Schwann, microglie) soutiennent, nourrissent et protègent les neurones.
  6. La démyélinisation (ex. : sclérose en plaques) ralentit ou bloque la conduction nerveuse, expliquant les déficits neurologiques variables.

Pièges fréquents

  1. Inverser dendrites et axone : les dendrites reçoivent ; l'axone envoie. Un seul axone par neurone, mais de nombreuses dendrites.
  2. Croire que l'influx nerveux est un courant électrique continu : c'est une vague de dépolarisation/repolarisation membranaire, pas un flux d'électrons.
  3. Confondre cellule de Schwann et oligodendrocyte : l'une (SNP), l'autre (SNC) ; même fonction (myéline), localisation différente.
  4. Ignorer la loi du tout ou rien : le potentiel d'action ne module pas son amplitude selon l'intensité du stimulus ; c'est la fréquence des potentiels d'action qui code l'intensité du signal.
  5. Penser que les neurones se régénèrent facilement : les neurones du SNC se régénèrent très peu, d'où la gravité des lésions cérébrales ou médullaires. Les axones du SNP peuvent se régénérer partiellement.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Pourquoi la sclérose en plaques provoque-t-elle des symptômes aussi variés ? R : La SEP est une maladie démyélinisante du SNC. La myéline détruite peut toucher n'importe quel trajet axonal : voies visuelles (névrite optique), voies motrices (faiblesse d'un membre), voies sensitives (fourmillements), voies cérébelleuses (troubles de l'équilibre). Les symptômes dépendent donc de la localisation des plaques de démyélinisation. Entre les poussées, une remyélinisation partielle peut survenir, expliquant les récupérations partielles.

Q : Quelle est la différence entre un neurone afférent et un neurone efférent ? R : Un neurone afférent (sensitif) transporte une information de la périphérie (récepteur) vers le SNC (moelle, cerveau) : il informe. Un neurone efférent (moteur) transporte un ordre du SNC vers un effecteur (muscle ou glande) : il commande. La racine dorsale (postérieure) du nerf rachidien contient les fibres afférentes ; la racine ventrale (antérieure) contient les fibres efférentes.

Q : Comment la gaine de myéline accélère-t-elle la conduction nerveuse ? R : Sur un axone non myélinisé, le potentiel d'action se propage en continu, cm par cm. Sur un axone myélinisé, la gaine isole électriquement les segments couverts : le courant ne peut dépolariser la membrane qu'aux noeuds de Ranvier. Le potentiel d'action « saute » d'un noeud au suivant (conduction saltatoire), parcourant de grandes distances en un seul bond. Résultat : la vitesse est 10 à 100 fois supérieure, et la dépense énergétique est réduite.

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