IFSI Système nerveux & organes des sens

Les nerfs crâniens

Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), UE B.1 « Sciences biomédicales », socle « Fonctionnement du corps humain » (système nerveux). Correspond à l'ex-UE 2.2 « Cycles de la vie et grandes fonctions » (référentiel 2009, S1).

Pourquoi c'est central pour l'IDE : l'évaluation des nerfs crâniens fait partie de l'examen neurologique de base ; une atteinte du VII permet de distinguer une paralysie faciale centrale (AVC) d'une paralysie faciale périphérique (urgence), et le nerf X (vague) conditionne la surveillance de la déglutition et du rythme cardiaque.

1. Généralités

Les nerfs crâniens sont les 12 paires de nerfs issus directement de l'encéphale (cerveau, tronc cérébral, cervelet) et non de la moelle épinière. Ils sont numérotés en chiffres romains de I à XII, dans l'ordre antéro-postérieur de leur émergence.

Ils peuvent être :

  • Sensitifs (S) : transportent uniquement des informations de la périphérie vers le cerveau.
  • Moteurs (M) : commandent uniquement des muscles.
  • Mixtes (S+M) : possèdent les deux types de fibres.
  • Certains contiennent des fibres autonomes (parasympathiques).

La plupart émergent du tronc cérébral (nerfs III à XII) ; les deux premiers (I et II) sont des prolongements du cerveau.

2. Tableau des 12 paires de nerfs crâniens

NuméroNomTypeFonction principale
IOlfactifSOdorat (muqueuse nasale vers cortex olfactif)
IIOptiqueSVision (rétine vers cortex visuel occipital)
IIIOculomoteur (moteur oculaire commun)M + autonomeMouvements oculaires (4 muscles) ; constriction pupillaire (parasympathique) ; accommodation
IVTrochléaire (pathétique)MMouvement du muscle grand oblique (rotation interne)
VTrijumeauS+MSensibilité de la face (3 branches : ophtalmique, maxillaire, mandibulaire) ; mastication
VIAbducens (moteur oculaire externe)MAbduction de l'oeil (muscle droit latéral)
VIIFacialS+M + autonomeMouvements des muscles de la face ; goût (2/3 antérieurs de la langue) ; larmes, salive
VIIIVestibulocochléaire (auditif)SAudition (cochlée) ; équilibre (vestibule)
IXGlosso-pharyngienS+M + autonomeDéglutition (pharynx) ; goût (1/3 postérieur de la langue) ; réflexe nauséeux
XVague (pneumogastrique)S+M + autonomeViscères thoraciques et abdominaux ; déglutition ; rythme cardiaque (parasympathique) ; phonation
XIAccessoire (spinal)MSternocléidomastoïdien, trapèze (rotation de la tête, haussement des épaules)
XIIHypoglosseMMouvements de la langue (déglutition, parole)

Mnémo pour l'ordre : Oh Oh Oh To Touch And Feel Very Good Velvet Ah Heaven (I=Oh, II=Oh, III=Oh, IV=To, V=Touch, VI=And, VII=Feel, VIII=Very, IX=Good, X=Velvet, XI=Ah, XII=Heaven)

3. Focus clinique : le nerf VII (facial)

Le nerf facial (VII) innerve tous les muscles de la mimique (frontal, orbiculaire des lèvres et des paupières, buccinateur, etc.). Il transporte aussi les fibres du goût pour les deux tiers antérieurs de la langue et les fibres parasympathiques pour les glandes lacrymales et salivaires.

3.1 Paralysie faciale périphérique (atteinte du nerf VII lui-même)

  • Atteint tout le demi-visage du même côté : impossibilité de fermer l'oeil (lagophtalmie), de plisser le front, d'effacer les rides.
  • Cause la plus fréquente : paralysie de Bell (idiopathique, probablement virale).
  • Autres causes : zona du ganglion géniculé (zona otique), traumatisme, tumeur parotidienne.
  • Signe spécifique : le signe de Charles Bell = l'oeil ne se ferme pas et dévie vers le haut lors de la tentative de fermeture.

3.2 Paralysie faciale centrale (atteinte de la voie pyramidale, ex. AVC)

  • Épargne le front (le front est représenté bilatéralement dans le cortex moteur) : le patient peut froncer les sourcils mais ne peut pas soulever la commissure labiale du côté atteint.
  • Atteinte de la moitié inférieure du visage controlatérale à la lésion cérébrale.

Lien clinique : urgence à discriminer rapidement : la paralysie faciale centrale oriente vers un AVC (appel du 15, bilan d'imagerie urgent prescrit par le médecin). La paralysie faciale périphérique impose de protéger l'oeil (larmes artificielles, occlusion palpébrale nocturne prescrite) pour éviter une kératite par lagophtalmie.

4. Focus clinique : le nerf X (vague)

Le nerf vague est le nerf crânien le plus étendu : il innerve les viscères thoraciques (coeur, poumons) et une grande partie des viscères abdominaux (estomac, intestin grêle, côlon droit).

Fonctions principales :

  • Parasympathique cardiaque : ralentit la fréquence cardiaque (réflexe vagal).
  • Moteur pharyngé et laryngé : déglutition et phonation.
  • Sensitif viscéral : nausées, douleurs viscérales.

Signes d'atteinte du nerf X :

  • Dysphagie (difficulté à avaler) : risque de fausse route.
  • Dysphonie : voix rauque ou bitonale par atteinte de la corde vocale.
  • Troubles du rythme cardiaque (hypervagotonie ou paralysie vague).

Lien clinique : en soins intensifs, la stimulation du sinus carotidien ou un stress peut provoquer un malaise vagal (bradycardie, hypotension, syncope). L'IDE identifie les facteurs déclenchants, installe le patient en décubitus, surveille le pouls et la TA. Tout traitement relève de la prescription médicale.

5. Les paires crâniennes et l'oculomotricité (III, IV, VI)

Les trois nerfs commandant les mouvements oculaires :

  • III (oculomoteur) : innerve 4 des 6 muscles oculomoteurs (droit supérieur, inférieur, médial, et oblique inférieur) + releveur de la paupière + sphincter pupillaire (myosis).
  • IV (trochléaire) : muscle grand oblique (permet de regarder en bas et en dedans, utile dans les escaliers).
  • VI (abducens) : muscle droit latéral (abduction = regarder vers l'extérieur).

Atteinte du III : ptosis (chute de paupière), strabisme divergent, mydriase (pupille dilatée et non réactive).

Mnémo : LR6SO4 = muscle Lateral Rectus (VI), Superior Oblique (IV), les 4 autres muscles sont commandés par le III.

Vocabulaire essentiel

  • Nerf crânien : l'un des 12 nerfs issus directement de l'encéphale, numérotés I à XII.
  • Nerf I (olfactif) : sensitif, odorat.
  • Nerf II (optique) : sensitif, vision.
  • Nerf III (oculomoteur) : moteur, 4 muscles oculaires, pupille, paupière.
  • Nerf V (trijumeau) : mixte, sensibilité de la face et mastication.
  • Nerf VII (facial) : mixte, muscles de la mimique, goût (2/3 antérieurs), glandes.
  • Nerf VIII (vestibulocochléaire) : sensitif, audition (cochlée) et équilibre (vestibule).
  • Nerf IX (glosso-pharyngien) : mixte, déglutition, goût (1/3 postérieur), réflexe nauséeux.
  • Nerf X (vague) : mixte et autonome, viscères thoraco-abdominaux, déglutition, rythme cardiaque.
  • Nerf XI (accessoire) : moteur, sternocléidomastoïdien et trapèze.
  • Nerf XII (hypoglosse) : moteur, mouvements de la langue.
  • Paralysie faciale périphérique : atteint tout le demi-visage, lagophtalmie, signe de Bell.
  • Paralysie faciale centrale : épargne le front, moitié inférieure du visage controlatérale à la lésion.
  • Lagophtalmie : impossibilité de fermer l'oeil, complication de la paralysie faciale périphérique.
  • Malaise vagal : bradycardie et hypotension par stimulation parasympathique excessive du nerf X.

Points clés à retenir

  1. Il existe 12 paires de nerfs crâniens (I à XII), dont la majorité émerge du tronc cérébral (III à XII).
  2. Ils peuvent être sensitifs (I, II, VIII), moteurs (IV, VI, XI, XII) ou mixtes (V, VII, IX, X).
  3. La paralysie faciale périphérique (VII) atteint tout le demi-visage (y compris le front) ; la centrale (AVC) épargne le front.
  4. Le nerf X (vague) est le principal nerf parasympathique de la vie végétative : coeur, poumons, tube digestif.
  5. Les nerfs III, IV, VI commandent les muscles oculomoteurs ; leur atteinte se manifeste par un strabisme, un ptosis ou une diplopie.
  6. La surveillance du réflexe nauséeux (IX) et de la déglutition (IX, X, XII) est essentielle avant tout soin bucco-pharyngé chez un patient neurologique.

Pièges fréquents

  1. Confondre le VII et le V : le V (trijumeau) assure la sensibilité du visage ; le VII (facial) commande les muscles de la mimique. Ce sont deux fonctions différentes sur le même territoire.
  2. Croire que la paralysie faciale est toujours une urgence vasculaire : la paralysie périphérique (Bell) n'est pas un AVC, mais doit être confirmée par le médecin. La clé : le front est atteint en périphérique, épargné en central.
  3. Oublier le risque ophtalmique d'une paralysie faciale périphérique : lagophtalmie = kératite possible sans protection oculaire.
  4. Confondre audition et équilibre dans le VIII : le nerf VIII a deux composantes (cochlée = audition, vestibule = équilibre). Un vertige sans surdité peut pointer vers le vestibule.
  5. Attribuer toute dysphagie à un problème oesophagien : une atteinte des nerfs IX, X ou XII peut provoquer une dysphagie d'origine neurologique, sans pathologie digestive.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Comment l'IDE distingue-t-elle cliniquement une paralysie faciale périphérique d'une paralysie faciale centrale ? R : Dans la paralysie périphérique, les muscles des deux tiers supérieurs ET inférieurs du demi-visage sont paralysés : le patient ne peut pas fermer l'oeil ni froncer le sourcil côté atteint (signe de Bell). Dans la paralysie centrale (ex. AVC hémisphérique), seule la moitié inférieure du visage est atteinte (côté opposé à la lésion) : le patient peut froncer les sourcils car le front est représenté bilatéralement dans le cortex. La paralysie centrale impose un appel du 15 immédiat.

Q : Pourquoi le nerf X est-il surveillé en soins intensifs et après une chirurgie cervicale ? R : Le nerf vague assure la régulation parasympathique du coeur (risque de bradycardie ou de pause), la commande motrice du larynx (risque de paralysie des cordes vocales et d'apnée ou de stridor) et la sensibilité viscérale. Une chirurgie de la carotide, de la thyroïde ou de l'oesophage peut léser ou irriter le vague. L'IDE surveille la fréquence cardiaque, la voix (raucité), la saturation, la déglutition et les signes de détresse respiratoire.

Q : Quel nerf crânien est impliqué dans le réflexe nauséeux et pourquoi sa vérification est-elle utile avant de soigner la bouche d'un patient aphasique ? R : Le réflexe nauséeux est un arc réflexe impliquant le nerf IX (glosso-pharyngien) pour l'afférence et le nerf X (vague) pour l'efférence motrice. Son absence signale une atteinte du tronc cérébral ou des ces nerfs, et prédit un risque élevé de fausse route lors des soins bucco-dentaires ou de l'alimentation. Si le réflexe est absent, l'IDE positionne le patient correctement, ne fait pas de soins buccaux sans précaution d'aspiration, et signale au médecin pour prescription de texture modifiée ou de nutrition entérale.

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