La synapse et la transmission nerveuse
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), UE B.1 « Sciences biomédicales », socle « Fonctionnement du corps humain » (système nerveux). Correspond à l'ex-UE 2.2 « Cycles de la vie et grandes fonctions » (référentiel 2009, S1).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : comprendre la synapse chimique et les neurotransmetteurs permet de situer l'action de très nombreux médicaments (antidépresseurs, anxiolytiques, neuroleptiques, antiparkinsoniens) et de comprendre les mécanismes d'addiction.
1. Qu'est-ce qu'une synapse ?
Une synapse est la zone de contact fonctionnel entre deux neurones, ou entre un neurone et une cellule effectrice (muscle, glande). C'est à ce niveau que l'influx nerveux passe d'une cellule à l'autre.
Il existe deux types de synapses :
- Synapse électrique : les cellules communiquent directement via des jonctions lacunaires (gap junctions), sans intermédiaire chimique. Peu fréquentes chez l'adulte (muscle cardiaque, certains neurones du tronc cérébral).
- Synapse chimique : la plus répandue dans le système nerveux humain. La transmission se fait par l'intermédiaire de molécules chimiques appelées neurotransmetteurs.
Cette fiche se concentre sur la synapse chimique.
2. Structure de la synapse chimique
Une synapse chimique comprend trois éléments :
| Élément | Description |
|---|---|
| Élément présynaptique | Terminaison axonale du neurone émetteur (bouton synaptique), contient les vésicules synaptiques chargées de neurotransmetteurs |
| Fente synaptique | Espace extracellulaire étroit (environ 20 nm) entre les deux cellules |
| Élément postsynaptique | Membrane du neurone récepteur (ou de la cellule musculaire) portant des récepteurs spécifiques |
Description du schéma type : représenter l'axone du neurone présynaptique se terminant en bouton, avec des vésicules rondes à l'intérieur. La fente synaptique sépare ce bouton de la membrane postsynaptique, qui porte des récepteurs en forme de serrures. Des flèches montrent les neurotransmetteurs libérés dans la fente et se liant aux récepteurs.
3. Déroulement de la transmission synaptique
La transmission synaptique chimique se déroule en 5 étapes :
- Arrivée du potentiel d'action dans le bouton présynaptique.
- Entrée de calcium (Ca2+) dans le bouton : les canaux calciques voltage-dépendants s'ouvrent.
- Exocytose des vésicules : les vésicules fusionnent avec la membrane et libèrent les neurotransmetteurs dans la fente synaptique.
- Liaison aux récepteurs postsynaptiques : les neurotransmetteurs se fixent sur leurs récepteurs spécifiques, provoquant une réponse (excitation ou inhibition) dans la cellule postsynaptique.
- Fin du signal : les neurotransmetteurs sont soit recapturés dans le bouton présynaptique (recapture), soit dégradés par des enzymes dans la fente, soit diffusés à distance.
Mnémo : A-C-E-L-R : Arrivée - Calcium - Exocytose - Liaison - Recapture.
Lien clinique : les antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS, ex. : fluoxétine) bloquent l'étape de recapture : la sérotonine reste plus longtemps dans la fente et produit un effet prolongé. Leur prescription et leur suivi relèvent du médecin. L'IDE observe l'efficacité et les effets indésirables (nausées, insomnie, risque de syndrome sérotoninergique).
4. Les principaux neurotransmetteurs
Les neurotransmetteurs sont des molécules chimiques qui transmettent le signal d'un neurone à l'autre. Il en existe plusieurs dizaines ; voici les principaux à connaître en IFSI :
| Neurotransmetteur | Principaux sites | Grande fonction | Exemple de lien clinique |
|---|---|---|---|
| Acétylcholine (Ach) | Jonction neuromusculaire, SNA parasympathique, SNC | Contraction musculaire, mémoire, SNA para | Myasthénie (anticorps anti-récepteurs de l'Ach) |
| Dopamine | Voies nigro-striées (motricité), voies mésolimbiques (récompense) | Régulation du mouvement, motivation, récompense | Maladie de Parkinson (déficit dopaminergique) |
| Noradrénaline | SNA sympathique, SNC (éveil, attention) | Réponse au stress, éveil, attention | Traitement de certaines dépressions, choc anaphylactique (adrénaline proche) |
| Sérotonine | Tronc cérébral (noyaux du raphé), projections larges | Humeur, sommeil, appétit, douleur | Dépression (déficit), médicaments IRS |
| GABA (acide gamma-aminobutyrique) | Très répandu dans le SNC | Principal inhibiteur : réduit l'excitabilité neuronale | Épilepsie (déséquilibre excitation/inhibition), anxiolytiques (benzodiazépines potentialisent le GABA) |
| Glutamate | Très répandu dans le SNC | Principal excitateur : favorise l'activation neuronale | Excitotoxicité lors des AVC (libération excessive) |
Mnémo : A-D-N-S-G-G : Acétylcholine, Dopamine, Noradrénaline, Sérotonine, GABA, Glutamate.
Lien clinique : dans la maladie de Parkinson, les neurones dopaminergiques de la substance noire dégénèrent. Le déficit en dopamine déséquilibre les circuits moteurs, entraînant tremblements, rigidité et lenteur des mouvements (akinésie). La dopamine ne franchissant pas la barrière hémato-encéphalique, le traitement utilise la L-DOPA (précurseur) et d'autres agents dopaminergiques ; relève de la prescription médicale. L'IDE veille aux fluctuations motrices et aux dyskinésies.
5. Synapses excitatrices et inhibitrices
Un neurotransmetteur peut avoir un effet :
- Excitateur : dépolarise la membrane postsynaptique et favorise le déclenchement d'un nouveau potentiel d'action (ex. : glutamate, acétylcholine à la jonction neuromusculaire).
- Inhibiteur : hyperpolarise la membrane postsynaptique et réduit l'excitabilité (ex. : GABA, glycine).
Un même neurone intègre en permanence des milliers de signaux excitateurs et inhibiteurs provenant de ses dendrites. Son niveau d'activité résulte de cette sommation.
L'équilibre excitation/inhibition est essentiel au fonctionnement normal du cerveau. Un déséquilibre (excès d'excitation ou déficit d'inhibition) peut provoquer des crises d'épilepsie.
Lien clinique : les benzodiazépines (diazépam, lorazépam) potentialisent l'action du GABA (principal inhibiteur) en augmentant la fréquence d'ouverture des canaux chlore. Elles réduisent l'excitabilité neuronale et sont utilisées comme anxiolytiques et antiépileptiques. Risque de dépendance et d'effet sédatif. Relèvent de la prescription médicale.
Vocabulaire essentiel
- Synapse : zone de contact fonctionnel entre deux neurones ou entre un neurone et une cellule effectrice.
- Synapse chimique : synapse utilisant des neurotransmetteurs comme messagers.
- Bouton synaptique : terminaison axonale de la cellule présynaptique.
- Vésicule synaptique : petite vésicule intracellulaire contenant les neurotransmetteurs.
- Fente synaptique : espace entre la membrane pré- et postsynaptique.
- Récepteur postsynaptique : protéine membranaire reconnaissant un neurotransmetteur spécifique.
- Neurotransmetteur : molécule chimique transmettant le signal entre deux cellules à la synapse.
- Exocytose : fusion des vésicules avec la membrane pour libérer les neurotransmetteurs.
- Recapture : réabsorption du neurotransmetteur dans le bouton présynaptique après utilisation.
- Acétylcholine : neurotransmetteur de la jonction neuromusculaire et du SNA parasympathique.
- Dopamine : neurotransmetteur impliqué dans la motricité et la récompense.
- GABA : principal neurotransmetteur inhibiteur du SNC.
- Glutamate : principal neurotransmetteur excitateur du SNC.
- Synapse excitatrice : favorise le déclenchement d'un potentiel d'action dans la cellule suivante.
- Synapse inhibitrice : réduit l'excitabilité de la cellule suivante.
Points clés à retenir
- La synapse chimique comporte trois éléments : élément présynaptique (vésicules), fente synaptique, élément postsynaptique (récepteurs).
- La transmission synaptique : arrivée du PA → entrée de Ca2+ → exocytose des vésicules → neurotransmetteur libéré → liaison aux récepteurs → réponse.
- Les principaux neurotransmetteurs à retenir : acétylcholine (neuromusculaire, parasympathique), dopamine (motricité, récompense), noradrénaline (stress, éveil), sérotonine (humeur, sommeil), GABA (inhibition), glutamate (excitation).
- GABA = principal inhibiteur ; glutamate = principal excitateur. L'équilibre entre les deux est essentiel.
- De très nombreux médicaments agissent en modifiant la disponibilité des neurotransmetteurs (recapture, dégradation, liaison aux récepteurs) : antidépresseurs, neuroleptiques, anxiolytiques, antiparkinsoniens.
Pièges fréquents
- Croire que tous les neurotransmetteurs sont excitateurs : le GABA est le principal inhibiteur du SNC. Un neurotransmetteur peut même être excitateur ou inhibiteur selon le récepteur sur lequel il se fixe.
- Confondre neurotransmetteur et hormone : les neurotransmetteurs agissent localement dans la fente synaptique. Certaines molécules (ex. : adrénaline) peuvent jouer les deux rôles selon leur lieu de libération.
- Penser que l'effet dure tant que le neurotransmetteur est présent : la fin du signal résulte de la recapture ou de la dégradation enzymatique rapide dans la fente. Les médicaments agissant sur ces mécanismes (IRS, inhibiteurs de la MAO) prolongent artificiellement l'effet.
- Négliger le rôle du calcium : sans l'entrée de Ca2+, les vésicules ne fusionnent pas et aucun neurotransmetteur n'est libéré. Certains toxines (toxine botulique) bloquent ce mécanisme.
- Confondre synapse électrique et synapse chimique : la synapse électrique est directe et rapide (gap junction) ; la synapse chimique passe par un neurotransmetteur et est plus lente mais plus modulable.
Q&R pour le tuteur IA
Q : Comment agissent les antidépresseurs IRS sur la synapse ? R : Les IRS (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine) bloquent la protéine de transport qui recapture la sérotonine dans le bouton présynaptique après sa libération. La sérotonine s'accumule plus longtemps dans la fente synaptique et stimule davantage les récepteurs postsynaptiques. On obtient ainsi une augmentation nette de la transmission sérotoninergique. L'effet thérapeutique (amélioration de l'humeur) est progressif (2 à 4 semaines). La prescription et la surveillance relèvent du médecin et de l'IDE.
Q : Pourquoi l'équilibre GABA/glutamate est-il important ? R : Le GABA est le principal inhibiteur et le glutamate le principal excitateur du cerveau. Un déséquilibre en faveur de l'excitation (déficit de GABA ou excès de glutamate) peut provoquer une hyperexcitabilité neuronale, pouvant aller jusqu'à la crise d'épilepsie. Inversement, un excès d'inhibition entraîne une dépression de l'activité cérébrale. Ce rapport est la cible de plusieurs médicaments : benzodiazépines (potentialisent le GABA), antiépileptiques (réduisent l'excitation glutamatergique ou augmentent l'inhibition GABAergique).
Q : Quelle est la différence entre acétylcholine et dopamine ? R : L'acétylcholine est le neurotransmetteur de la jonction neuromusculaire (contraction des muscles squelettiques) et du SNA parasympathique. Un déficit de ses récepteurs cause la myasthénie (faiblesse musculaire). La dopamine agit dans les circuits moteurs (substance noire → striatum) et de récompense (voie mésolimbique). Son déficit dans les circuits moteurs cause la maladie de Parkinson ; un excès dans les voies mésolimbiques est associé à certains symptômes positifs de la schizophrénie. Ces deux molécules n'ont pas les mêmes circuits ni les mêmes fonctions.