Les médicaments cardiovasculaires
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (pharmacologie). Correspond à l'ex-UE 2.11 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité en France ; les médicaments qui les traitent ont des effets sur la fréquence cardiaque, la pression artérielle et le rythme, et une surveillance IDE rigoureuse avant chaque administration est indispensable pour prévenir des complications graves (bradycardie, hypotension, arythmies).
1. Introduction : panorama des classes cardiovasculaires
Les médicaments cardiovasculaires agissent sur différentes cibles :
| Cible thérapeutique | Classes de médicaments |
|---|---|
| Pression artérielle (hypertension) | IEC, ARA2, bêtabloquants, inhibiteurs calciques, diurétiques |
| Insuffisance cardiaque | IEC, ARA2, bêtabloquants, diurétiques, ARNI, iSGLT2, digitaliques |
| Troubles du rythme | Antiarythmiques (classes I à IV) |
| Ischémie coronarienne | Dérivés nitrés, bêtabloquants, inhibiteurs calciques, antiagrégants |
| Oedème et surcharge hydrique | Diurétiques |
2. Les antihypertenseurs
2.1 Les inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC)
Mécanisme : Inhibent l'enzyme de conversion qui transforme l'angiotensine I en angiotensine II (vasoconstrictrice) et dégrade la bradykinine (vasodilatatrice). Résultat : vasodilatation artérielle et veineuse, réduction de la volémie (aldostérone diminuée).
Molécules : ramipril, énalapril, lisinopril, périndopril, captopril.
Indications : hypertension artérielle, insuffisance cardiaque à fraction d'éjection réduite (ICFEr), post-infarctus, néphropathie diabétique.
Effets indésirables :
- Toux sèche persistante (accumulation de bradykinine dans les poumons) : 10 à 15 % des patients, cause fréquente d'arrêt.
- Hyperkaliémie (réduction de l'aldostérone).
- Insuffisance rénale fonctionnelle (réduction de la pression de filtration glomérulaire : vigilance en cas d'association avec AINS ou diurétiques = triade néphrotoxique).
- Hypotension de première dose (attention lors de l'initiation, surtout chez le patient hypovolémique).
- Angioedème (oedème de Quincke) : rare mais potentiellement fatal, contre-indique définitivement les IEC.
Contre-indications :
- Grossesse (tératogène : insuffisance rénale foetale, hypotension foetale).
- Antécédent d'angioedème sous IEC.
- Sténose bilatérale des artères rénales.
En pratique : l'IDE éduque le patient à signaler toute toux sèche persistante (peut nécessiter un changement pour ARA2) et tout oedème du visage, des lèvres ou de la langue (urgence médicale).
2.2 Les antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II (ARA2 ou sartans)
Mécanisme : bloquent directement le récepteur AT1 de l'angiotensine II. Effets cardiovasculaires et rénaux similaires aux IEC.
Molécules : losartan, valsartan, candesartan, irbesartan, olmesartan.
Avantages vs IEC : pas de toux (la bradykinine n'est pas affectée). Utilisés en cas d'intolérance aux IEC par toux.
Effets indésirables : similaires aux IEC (hyperkaliémie, hypotension, IR fonctionnelle), sauf toux. Angioedème possible mais beaucoup plus rare.
Contre-indications : identiques aux IEC (grossesse, sténose bilatérale rénale). Ne jamais associer IEC + ARA2 (majoration des effets indésirables, déconseillée sauf indication spécifique encadrée).
2.3 Les bêtabloquants
Mécanisme : Les bêtabloquants bloquent les récepteurs bêta-adrénergiques :
- Récepteurs bêta-1 (coeur) : réduction de la fréquence cardiaque (effet chronotrope négatif), de la force de contraction (inotrope négatif) et de la conduction AV (dromotrope négatif) → baisse de la PA et de la consommation en oxygène du myocarde.
- Récepteurs bêta-2 (bronches, vaisseaux) : bronchospasme (contre-indication en cas d'asthme).
Sélectivité :
- Bêtabloquants cardiosélectifs (bêta-1 sélectifs à doses thérapeutiques) : métoprolol, bisoprolol, nébivolol, aténolol → risque bronchospastique moindre mais non nul.
- Non sélectifs (bêta-1 et bêta-2) : propranolol, carvédilol (aussi bêta-1 + alpha-1).
Molécules : bisoprolol, métoprolol, carvédilol, nébivolol, propranolol, aténolol.
Indications : HTA, insuffisance cardiaque (ICFEr), post-infarctus, troubles du rythme (FA, tachycardies supra-ventriculaires), angor stable, prévention des migraines.
Effets indésirables :
- Bradycardie : vérifier FC avant toute administration.
- Blocs auriculo-ventriculaires (BAV).
- Fatigue, asthénie.
- Bronchospasme (contre-indication en asthme).
- Hypotension.
- Effets métaboliques : masquage des signes d'hypoglycémie (tachycardie absente), dyslipidémie légère.
- Dépression, troubles de la libido (bêtabloquants non sélectifs).
- Syndrome de Raynaud (vasoconstriction périphérique).
Contre-indications absolues :
- Asthme ou BPCO sévère (bronchospasme).
- Bradycardie sévère (< 50/min en règle générale).
- BAV de haut degré (sauf si pace-maker implanté).
- Choc cardiogénique.
- Insuffisance cardiaque décompensée aiguë (sauf si stabilisé).
Règle d'or IDE : toujours mesurer la fréquence cardiaque avant chaque administration d'un bêtabloquant. Seuil d'alerte (à définir avec le médecin prescripteur selon le contexte, souvent < 50 à 55/min).
En pratique : ne jamais arrêter brutalement un bêtabloquant (syndrome de rebond : tachycardie, HTA, angor, risque d'infarctus). Le sevrage doit être progressif sur plusieurs semaines sous supervision médicale.
2.4 Les inhibiteurs calciques (antagonistes du calcium)
Mécanisme : Bloquent les canaux calciques voltage-dépendants de type L, réduisant l'entrée de calcium dans les cellules musculaires lisses vasculaires et dans les cellules cardiaques.
Deux grandes sous-familles :
| Sous-famille | Molécules | Effet principal |
|---|---|---|
| Dihydropyridines | Amlodipine, félodipine, nifédipine, nicardipine | Vasodilatation artérielle périphérique ++, faible effet cardiaque |
| Non-dihydropyridines | Vérapamil, diltiazem | Effet cardiaque (chronotrope et dromotrope négatif) + vasculaire |
Indications : HTA (toutes les formes), angor, arythmies supraventriculaires (vérapamil, diltiazem), phénomène de Raynaud.
Effets indésirables :
Dihydropyridines :
- Oedèmes des membres inférieurs (vasodilatation capillaire) : fréquents, souvent gênants mais bénins.
- Flush, céphalées, palpitations (tachycardie réflexe).
Non-dihydropyridines (vérapamil, diltiazem) :
- Bradycardie, BAV (effets cardiaques directs).
- Constipation (vérapamil).
- Contre-indication formelle avec les bêtabloquants (association : BAV complet possible).
En pratique : l'IDE surveille la fréquence cardiaque et la pression artérielle avant chaque administration de vérapamil ou de diltiazem. L'association vérapamil/diltiazem + bêtabloquant est une association dangereuse à signaler immédiatement si prescrite.
3. Les diurétiques
Les diurétiques augmentent l'élimination rénale de sodium et d'eau, réduisant la volémie et la pression artérielle. Ils sont fondamentaux dans l'HTA, l'insuffisance cardiaque et les oedèmes.
| Classe | Molécules | Mécanisme | Indication principale | Effet sur le potassium |
|---|---|---|---|---|
| Diurétiques de l'anse | Furosémide (Lasilix), bumétanide | Inhibition du cotransporteur Na-K-2Cl dans l'anse de Henlé | Oedèmes, insuffisance cardiaque, HTA résistante | Hypokaliémiant |
| Thiazidiques | Hydrochlorothiazide, indapamide | Inhibition du cotransporteur Na-Cl dans le tubule distal | HTA (première ligne) | Hypokaliémiant |
| Épargneurs de potassium | Spironolactone, éplérénone, amiloride | Anti-aldostérone (spironolactone, éplérénone) ou blocage des canaux sodiques (amiloride) | Insuffisance cardiaque, hyperaldostéronisme, association avec thiazidiques/de l'anse | Hyperkaliémiant |
Effets indésirables des diurétiques :
- Hypokaliémie (diurétiques de l'anse et thiazidiques) : crampes, faiblesse musculaire, arythmies, surdosage digitalique (la digoxine est toxique en cas d'hypokaliémie).
- Hyperkaliémie (épargneurs de potassium) : arythmie, en cas d'association avec IEC/ARA2 ou insuffisance rénale.
- Hyponatrémie (thiazidiques surtout chez la personne âgée).
- Déshydratation : pli cutané, hypotension orthostatique, soif.
- Hyperuricémie (thiazidiques, de l'anse) : crise de goutte.
- Hypovolémie : chez les patients fragiles ou en cas de surdosage.
Surveillance IDE :
- Ionogramme sanguin (kaliémie surtout), créatinine, PA.
- Poids quotidien (marqueur de la surcharge ou de la déshydratation).
- Diurèse, signes de déshydratation ou de surcharge.
- Signes d'hypokaliémie (crampes, faiblesse, palpitations).
En pratique : la prise de furosémide le matin (et non le soir) permet au patient de ne pas être réveillé par la diurèse nocturne. L'IDE vérifie la kaliémie avant l'administration chez les patients digitalisés (risque de toxicité digitalique majorée par l'hypokaliémie).
4. Les antiarythmiques
4.1 Classification de Vaughan Williams
Les antiarythmiques sont classés en 4 classes selon leur mécanisme d'action :
| Classe | Mécanisme principal | Molécules exemples |
|---|---|---|
| I : bloqueurs des canaux Na | Réduction de la dépolarisation rapide (membrane) | Lidocaïne (IB), flécaïnide (IC), disopyramide (IA) |
| II : bêtabloquants | Blocage adrénergique (réduction du noeud sinusal et AV) | Propranolol, métoprolol, aténolol |
| III : bloqueurs des canaux K | Prolongation de la repolarisation (durée du plateau) | Amiodarone, sotalol |
| IV : inhibiteurs calciques non-DHP | Réduction de la conduction nodale | Vérapamil, diltiazem |
4.2 L'amiodarone
L'amiodarone (Cordarone) est l'antiarythmique le plus largement utilisé en France. Elle appartient à la classe III mais a des propriétés de toutes les classes.
Indications : fibrillation atriale (FA), flutter, tachycardies ventriculaires, prévention des récidives après cardioversion.
Effets indésirables importants (nombreux et spécifiques) :
| Organe | Effet indésirable | Surveillance |
|---|---|---|
| Thyroïde | Hypo ou hyperthyroïdie (apport iodé massif : 37 % d'iode en masse) | TSH régulière |
| Poumon | Pneumopathie interstitielle (toxicité pulmonaire, rare mais grave) | Radiographie pulmonaire, dyspnée |
| Foie | Hépatotoxicité, cirrhose | Bilan hépatique |
| Yeux | Micro-dépôts cornéens (quasi constants, asymptomatiques) ; photophobie ; neuropathie optique (rare) | Examen ophtalmologique annuel |
| Peau | Photosensibilité (brûlures solaires), coloration gris-ardoisée (traitement très prolongé) | Protection solaire impérative |
| Coeur | Bradycardie, BAV, allongement du QT | ECG, FC |
Interactions médicamenteuses : nombreuses et importantes (inhibe le CYP2D6 et CYP3A4) → potentialise les AVK (risque hémorragique), la digoxine (risque de surdosage).
En pratique : l'administration IV d'amiodarone nécessite une voie veineuse centrale (risque de nécrose sur VVP) et une dilution dans du glucose 5 % (jamais de NaCl 0,9 %). L'IDE surveille la fréquence cardiaque, l'ECG et les signes de toxicité organique (dyspnée, ictère, symptômes thyroïdiens).
4.3 Les digitaliques
Mécanisme : Les digitaliques (digoxine) inhibent la pompe Na-K-ATPase membranaire des cellules cardiaques. La conséquence est une augmentation du calcium intracellulaire → effet inotrope positif (renforcement de la contraction). De plus, ils augmentent le tonus vagal → effet chronotrope négatif et dromotrope négatif (ralentissement de la conduction AV).
Indications :
- Insuffisance cardiaque à fraction d'éjection réduite (en association).
- Contrôle de la fréquence ventriculaire en cas de fibrillation atriale (FA) rapide.
Marge thérapeutique très étroite : la digoxine est un médicament à index thérapeutique étroit.
Effets indésirables et signes de surdosage :
| Système | Signes |
|---|---|
| Cardiaque | Bradycardie, BAV, extrasystoles, tachycardie ventriculaire |
| Digestif | Nausées, vomissements, anorexie (souvent premiers signes) |
| Neurologique | Vision trouble, xanthopsie (vision jaune), confusion, céphalées |
Facteurs favorisant la toxicité digitalique :
- Hypokaliémie (attention aux diurétiques hypokaliémiants).
- Insuffisance rénale (accumulation).
- Déshydratation.
- Âge avancé.
Surveillance IDE avant chaque administration de digoxine :
- Fréquence cardiaque : ne pas administrer si FC < seuil défini par le médecin (souvent 60/min).
- Kaliémie récente.
- Signes digestifs ou visuels évocateurs de toxicité.
- Dosage de la digoxinémie si prescrit.
Antidote de la digoxine : anticorps antidigitale (Digidot) : réservé aux surdosages graves.
En pratique : l'IDE rappelle systématiquement la règle des 5B avant toute administration de digoxine, mesure la FC et n'administre pas si la FC est inférieure au seuil défini. Elle transmet immédiatement toute anomalie au médecin.
5. Surveillance IDE générale avant administration cardiovasculaire
| Médicament | Paramètre à vérifier avant administration |
|---|---|
| Bêtabloquants | FC (ne pas donner si bradycardie selon seuil) |
| Digitaliques | FC, kaliémie, signes de toxicité |
| Vérapamil, diltiazem | FC, PA, absence d'association avec bêtabloquant |
| IEC, ARA2 | PA (ne pas donner si hypotension < seuil), kaliémie, créatinine |
| Diurétiques | Ionogramme, PA, poids, diurèse |
| Amiodarone IV | VVC disponible, débit de perfusion, FC, ECG |
Vocabulaire essentiel
- IEC : inhibiteur de l'enzyme de conversion (ramipril, énalapril).
- ARA2 (sartan) : antagoniste des récepteurs de l'angiotensine II (losartan, valsartan).
- Bêtabloquant : antagoniste des récepteurs bêta-adrénergiques (bisoprolol, métoprolol).
- Inhibiteur calcique : antagoniste du calcium (amlodipine, vérapamil, diltiazem).
- Diurétique de l'anse : furosémide ; agit sur l'anse de Henlé, puissant et hypokaliémiant.
- Diurétique thiazidique : indapamide, hydrochlorothiazide ; premier palier en HTA.
- Épargneur de potassium : spironolactone ; anti-aldostérone, hyperkaliémiant.
- Antiarythmique : médicament corrigeant ou prévenant les troubles du rythme cardiaque.
- Amiodarone : antiarythmique classe III, très efficace mais nombreuses toxicités organiques.
- Digoxine : digitalique, inotrope positif et chronotrope négatif, index thérapeutique étroit.
- Xanthopsie : vision en jaune, signe de surdosage digitalique.
- Bradycardie : fréquence cardiaque inférieure à 60/min au repos.
- BAV : bloc auriculo-ventriculaire, trouble de la conduction entre oreillettes et ventricules.
- Hypokaliémie : kaliémie basse ; potentialise la toxicité de la digoxine.
Points clés à retenir
- Mesurer la FC avant chaque bêtabloquant et chaque digitalique : c'est la règle de sécurité absolue. Ne pas administrer si bradycardie selon le seuil défini.
- Les IEC et ARA2 partagent les mêmes contre-indications (grossesse, sténose bilatérale rénale) ; ne jamais les associer ensemble.
- La toux sèche sous IEC = accumulation de bradykinine = indication de relais par ARA2 (et non d'arrêt sans remplacement).
- L'amiodarone IV nécessite une VVC (nécrose sur VVP) et entraîne de nombreuses toxicités organiques (thyroïde, poumon, foie, oeil, peau) nécessitant une surveillance régulière.
- La digoxine est toxique en cas d'hypokaliémie : surveiller la kaliémie chez tout patient sous diurétique + digoxine.
- L'arrêt brutal d'un bêtabloquant expose à un syndrome de rebond cardiaque grave : décroissance progressive obligatoire.
- L'association vérapamil ou diltiazem + bêtabloquant est contre-indiquée (risque de BAV complet et arrêt cardiaque).
Pièges fréquents
- Confondre dihydropyridines (amlodipine) et non-dihydropyridines (vérapamil, diltiazem) : les premières ont peu d'effet cardiaque direct ; les secondes ralentissent la conduction AV et ne doivent pas être associées aux bêtabloquants.
- Oublier de vérifier la kaliémie avant la digoxine chez un patient sous diurétique hypokaliémiant : l'hypokaliémie est le facteur de risque numéro 1 de toxicité digitalique.
- Diluer l'amiodarone IV dans du NaCl 0,9 % : incompatibilité ; utiliser uniquement le glucose 5 %.
- Administrer un bêtabloquant à un asthmatique sans vérification : risque de bronchospasme sévère, même avec les bêtabloquants cardiosélectifs.
- Ne pas surveiller les oedèmes des membres inférieurs sous amlodipine : cet effet, bien que fréquent, peut être confondu avec une décompensation cardiaque ; sa reconnaissance évite une escalade thérapeutique inutile.
Q&R pour le tuteur IA
Q : Pourquoi ne faut-il jamais arrêter brutalement un bêtabloquant ? R : Lors d'un traitement prolongé par bêtabloquant, l'organisme compense le blocage des récepteurs bêta en les sur-exprimant (up-regulation). Si le médicament est arrêté brutalement, ces récepteurs surnuméraires sont soudainement exposés aux catécholamines circulantes (adrénaline, noradrénaline) : la réponse est disproportionnée, entraînant une tachycardie réflexe sévère, une élévation tensionnelle, et chez les coronariens, un angor instable ou un infarctus (syndrome de rebond). L'arrêt doit donc toujours être progressif, sur plusieurs semaines, sous supervision médicale. L'IDE informe le patient de ne jamais stopper son traitement de sa propre initiative.
Q : Quels signes de toxicité digitalique doit surveiller l'IDE avant chaque administration de digoxine ? R : Avant chaque administration de digoxine, l'IDE mesure la fréquence cardiaque (ne pas donner si FC inférieure au seuil fixé par le médecin) et interroge le patient sur des signes de toxicité : nausées, vomissements, anorexie (signes digestifs souvent précurseurs), troubles visuels (vision floue, xanthopsie = vision en jaune ou en vert), palpitations, malaises. Elle vérifie également la kaliémie récente (l'hypokaliémie potentialise la toxicité digitalique). En cas de signe suspect, elle ne donne pas le médicament et contacte immédiatement le médecin.
Q : Pourquoi la spironolactone est-elle prescrite à un patient sous furosémide et IEC pour une insuffisance cardiaque ? R : Le furosémide est un diurétique de l'anse hypokaliémiant. L'IEC réduit déjà un peu l'hypokaliémie (via la réduction de l'aldostérone), mais dans l'insuffisance cardiaque avancée, l'hyperaldostéronisme secondaire est important. La spironolactone est un antagoniste de l'aldostérone (diurétique épargneur de potassium) qui, dans les grandes études (RALES, EMPHASIS-HF), a démontré une réduction de la mortalité au-delà de son effet diurétique (réduction de la fibrose cardiaque). En associant spironolactone + furosémide, on compense partiellement la fuite potassique et on améliore le pronostic cardiaque. Cependant, l'association spironolactone + IEC expose à l'hyperkaliémie : la surveillance de la kaliémie est obligatoire.