Les pathologies ostéo-articulaires dégénératives
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (processus pathologiques). Correspond à l'ex-UE 2.7 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : les pathologies ostéo-articulaires sont des causes majeures de douleur chronique, de perte d'autonomie et de risque fracturaire chez le sujet âgé ; l'infirmier(ère) assure la surveillance de la douleur, la prévention des chutes, l'éducation thérapeutique et l'adaptation des soins pour préserver la mobilité et la qualité de vie.
01L'arthrose
1.1 Définition et épidémiologie
L'arthrose est une maladie articulaire dégénérative caractérisée par la dégradation du cartilage articulaire, associée à des remaniements de l'os sous-chondral, à la formation d'ostéophytes et à une réaction synoviale modérée. C'est la maladie articulaire la plus fréquente et une cause majeure de handicap chez les personnes âgées.
Elle se distingue d'une arthrite (inflammation articulaire aiguë) : l'arthrose est dégénérative et chronique, l'arthrite est inflammatoire.
1.2 Physiopathologie
Le cartilage articulaire est un tissu avasculaire sans innervation, composé de chondrocytes et de matrice extracellulaire (collagène de type II, protéoglycanes). Il assure l'amortissement et la glissance des surfaces articulaires.
Dans l'arthrose :
- Dégradation du cartilage : production accrue de métalloprotéases (enzymes dégradant la matrice) par les chondrocytes, dépassant leur capacité de synthèse.
- Os sous-chondral : condensation, puis kystes sous-chondraux.
- Ostéophytes : excroissances osseuses aux bords articulaires (réponse adaptative).
- Synovite réactionnelle : inflammation modérée par les débris cartilagineux.
La douleur n'est pas due au cartilage (qui n'est pas innervé) mais à l'os sous-chondral, à la synovite et à la capsule articulaire.
1.3 Facteurs de risque
- Âge : facteur principal.
- Sexe féminin : surtout pour la gonarthrose et l'arthrose digitale.
- Surpoids et obésité : facteur mécanique majeur (genoux, hanches).
- Traumatismes et microtraumatismes répétés (sports de contact, travaux physiques).
- Facteurs génétiques.
- Déformations articulaires préexistantes (désaxation du genou).
1.4 Localisations préférentielles
| Localisation | Nom usuel | Particularités |
|---|---|---|
| Genou | Gonarthrose | La plus fréquente ; souffrance à la montée/descente des escaliers |
| Hanche | Coxarthrose | Douleur inguinale ou de fesse ; boiterie ; limitation de la rotation interne |
| Rachis | Spondylarthrose | Cervicarthrose, lombarthrose ; risque de compression radiculaire (névralgie) |
| Mains (interphalangiennes distales) | Nodules de Heberden | Fréquent chez la femme ménopausée |
| Mains (interphalangiennes proximales) | Nodules de Bouchard | |
| Pouce (trapézo-métacarpienne) | Rhizarthrose | Douleur à la pince pouce-index |
1.5 Signes cliniques
- Douleur mécanique : caractéristique de l'arthrose. Déclenchée et aggravée par le mouvement, calmée par le repos ; maximale en fin de journée ; absente ou minime la nuit (sauf poussée inflammatoire).
- Dérouillage matinal bref (moins de 30 minutes) : raideur articulaire au lever, différent du dérouillage prolongé de la polyarthrite rhumatoïde.
- Limitation progressive des amplitudes articulaires.
- Crépitations articulaires à la mobilisation.
- Déformation articulaire progressive (nodules, déviation axiale).
- Hydarthrose (épanchement articulaire) lors des poussées inflammatoires.
1.6 Prise en charge
Pas de traitement curatif. Prise en charge pluridisciplinaire :
- Mesures hygiéno-diététiques : perte de poids (soulagement des articulations portantes), activité physique adaptée (renforcement musculaire, natation, marche).
- Traitements médicamenteux : antalgiques (paliers OMS selon la douleur), AINS en cures courtes lors des poussées (avec précautions chez les sujets âgés et IRC), injections intra-articulaires de corticoïdes (poussées inflammatoires).
- Kinésithérapie : entretien des amplitudes, renforcement musculaire péri-articulaire.
- Aides techniques : cannes, orthèses, chaussures adaptées.
- Chirurgie (en dernier recours) : prothèse de hanche (PTH) ou de genou (PTG) pour les formes sévères invalidantes.
Key takeaway
En pratique : l'IDE évalue régulièrement la douleur (échelle EVA ou numérique), surveille l'efficacité et la tolérance des antalgiques, éduque le patient à reconnaître les poussées et à adapter ses activités. Il alerte le médecin en cas de douleur nocturne intense ou inflammatoire inhabituelle (peut signer une complication ou une autre pathologie).
02L'ostéoporose
2.1 Définition
L'ostéoporose est une maladie systémique du squelette caractérisée par une diminution de la masse osseuse et une altération de la microarchitecture de l'os, conduisant à une fragilité osseuse accrue et à un risque élevé de fracture.
Elle est définie densitométriquement par un T-score inférieur ou égal à -2,5 à l'ostéodensitométrie (DXA).
2.2 Physiologie osseuse et remodelage
L'os est un tissu vivant en remodelage permanent. Les ostéoclastes résorbent l'os, les ostéoblastes le reconstituent. Ce couplage maintient normalement la masse osseuse.
Dans l'ostéoporose, la résorption dépasse la formation (défaut de couplage).
Pic de masse osseuse atteint vers 25 à 30 ans, puis déclin physiologique progressif.
2.3 Étiologies et facteurs de risque
| Forme | Causes |
|---|---|
| Ostéoporose primitive (post-ménopausique) | Carence en oestrogènes après la ménopause : accélération de la résorption osseuse |
| Ostéoporose primitive (sénile) | Diminution de la formation osseuse avec l'âge |
| Ostéoporose secondaire | Corticothérapie prolongée (première cause d'ostéoporose secondaire), hyperparathyroïdie, hyperthyroïdie, insuffisance rénale, malabsorption, hypogonadisme |
Facteurs de risque de fracture :
- Antécédent de fracture de fragilité.
- Âge avancé.
- Sexe féminin.
- Faible corpulence (IMC bas).
- Tabagisme, alcoolisme.
- Corticothérapie prolongée.
- Carence en vitamine D et en calcium.
- Sédentarité.
- Antécédents familiaux (fracture du col fémoral chez la mère).
2.4 Complications : les fractures ostéoporotiques
Les fractures dites « de fragilité » (ou ostéoporotiques) surviennent pour des traumatismes minimes (chute de sa hauteur).
Localisations les plus fréquentes :
- Vertèbres (tassements vertébraux) : douleur dorsale ou lombaire aiguë, diminution de la taille, cyphose dorsale (dos voûté, « bosse de veuve »).
- Extrémité supérieure du fémur (col du fémur) : fracture du col, potentiellement mortelle chez le sujet âgé (mortalité dans les mois suivants, perte d'autonomie).
- Poignet (fracture de Pouteau-Colles) : lors d'une chute sur la paume.
- Côtes, humérus : aussi fréquents.
Key takeaway
Mnémo : VHP (Vertèbres, Hanche, Poignet) : les 3 sites les plus fréquents de fracture ostéoporotique.
2.5 Diagnostic
- Ostéodensitométrie (DXA) : mesure de la densité minérale osseuse au rachis lombaire et au fémur, expression en T-score.
- T-score entre -1 et -2,5 : ostéopénie.
- T-score inférieur ou égal à -2,5 : ostéoporose.
- FRAX : outil d'estimation du risque fracturaire à 10 ans (intégrant les facteurs de risque cliniques et la DMO).
2.6 Prise en charge
- Mesures générales : activité physique avec exercices en charge et renforcement musculaire, supplémentation en calcium et vitamine D (selon les déficits et les recommandations), arrêt du tabac, réduction de l'alcool.
- Traitement médicamenteux :
- Bisphosphonates : premier choix (alendronate, risédronate, zolédronate) ; inhibent les ostéoclastes ; réduisent le risque fracturaire. Effets indésirables : oesophagite (pour les formes orales, à prendre à jeun debout), ostéonécrose de la mâchoire (rare).
- Dénosumab (anticorps anti-RANK-L) : injection sous-cutanée semestrielle.
- Traitement hormonal de la ménopause : en cas d'indications associées.
- Tériparatide (analogue de la PTH) : stimule la formation osseuse ; réservé aux formes sévères.
- Prévention des chutes : objectif majeur car la fracture survient lors d'une chute.
Key takeaway
En pratique : la prévention des chutes est aussi importante que le traitement de l'ostéoporose elle-même. L'IDE évalue le risque de chute (environnement, médicaments, équilibre, vision, audition), organise les aménagements du domicile et alerte l'équipe pluridisciplinaire.