La schizophrénie et les troubles psychotiques
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (processus pathologiques). Correspond à l'ex-UE 2.6 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : la schizophrénie est une maladie chronique sévère nécessitant un accompagnement infirmier au long cours ; la qualité de la relation soignant-soigné et la surveillance du traitement antipsychotique conditionnent le pronostic fonctionnel.
01La schizophrénie : définition et épidémiologie
La schizophrénie est un trouble psychiatrique sévère, chronique, caractérisé par une désorganisation de la personnalité touchant la pensée, la perception, les émotions et le comportement. Elle débute généralement à l'adolescence ou chez le jeune adulte (souvent entre 15 et 35 ans), avec un début plus précoce chez les hommes.
Prévalence : environ 1 % de la population mondiale, sans prédominance nette de sexe, mais expression clinique plus précoce et parfois plus sévère chez les hommes.
02Les symptômes de la schizophrénie
2.1 Symptômes positifs (productifs)
Les symptômes positifs correspondent à des productions mentales anormales, absentes chez le sujet sain :
- Hallucinations : le plus souvent auditives (voix commentant les actes, donnant des ordres, s'entretenant entre elles ; voix perçues comme extérieures ou comme venant de l'intérieur « voix intrapsychiques »). Peuvent être visuelles, olfactives, cénesthésiques.
- Idées délirantes : conviction erronée non partagée. Thèmes fréquents : persécution, influence (le patient se croit contrôlé par des forces extérieures), référence (les événements du monde ont un sens spécial dirigé vers lui), grandiosité, filiation.
- Mécanismes délirants : interprétation, hallucination, intuition, imagination.
2.2 Symptômes négatifs (déficitaires)
Les symptômes négatifs correspondent à l'appauvrissement ou à la disparition de fonctions normales :
| Symptôme | Manifestation |
|---|---|
| Aboulie | Perte de volonté, incapacité à initier des actions |
| Anhédonie | Perte de la capacité à ressentir du plaisir |
| Alogie | Réduction du discours (monologue absent, réponses monosyllabiques) |
| Apathie | Manque de motivation globale |
| Émoussement affectif | Réduction ou aplatissement de l'expression émotionnelle |
| Anergie | Réduction de l'énergie |
| Retrait social | Isolement, autisme (au sens psychiatrique) |
Key takeaway
Mnémo : les « 5A » : Aboulie, Anhédonie, Alogie, Aplatissement affectif, Autisme (retrait social).
2.3 Symptômes de désorganisation (discordance)
Les symptômes de désorganisation traduisent la perte de cohérence de la personnalité :
- Discordance ideo-affective : inadéquation entre le contenu du discours et l'affect exprimé (rires immotivés lors d'un récit triste).
- Pensée désorganisée : incohérence, coq-à-l'âne, néologismes (mots inventés), barrages, tangentialité.
- Comportement désorganisé : imprévisible, inadapté au contexte social.
- Ambivalence : coexistence d'attitudes contradictoires envers un même objet ou une même personne.
2.4 Les trois dimensions de la schizophrénie
| Dimension | Exemples |
|---|---|
| Positive | Hallucinations, idées délirantes |
| Négative | Aboulie, anhédonie, alogie, émoussement affectif |
| Désorganisation | Discordance, pensée incohérente, comportement désorganisé |
03Évolution de la schizophrénie
3.1 Phases évolutives
- Phase prodromique : mois ou années avant le premier épisode, signes précurseurs non spécifiques (retrait social progressif, baisse des performances scolaires ou professionnelles, comportements bizarres).
- Premier épisode psychotique : décompensation aiguë, souvent révélatrice.
- Phase de stabilisation : après le premier épisode, stabilisation progressive sous traitement.
- Phase chronique : alternance de périodes stables et de rechutes (décompensations). Les symptômes négatifs et cognitifs tendent à persister entre les épisodes.
3.2 Facteurs de mauvais pronostic
- Début précoce, insidieux, sexe masculin.
- Prédominance des symptômes négatifs.
- Non-observance thérapeutique.
- Consommation de substances psychoactives (cannabis en particulier : aggrave la symptomatologie et augmente le risque de rechute).
- Isolement social, absence de soutien familial.
3.3 Facteurs de bon pronostic
- Début tardif, aigu, avec facteur déclenchant identifiable.
- Symptômes positifs prédominants.
- Bon niveau de fonctionnement prémorbide.
- Soutien social et familial.
- Bonne adhésion thérapeutique.