Les thérapeutiques en psychiatrie
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (processus pathologiques). Correspond à l'ex-UE 2.6 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : les psychotropes sont prescrits dans de nombreux services ; la surveillance infirmière de leurs effets indésirables et des risques de sous- ou sur-dosage conditionne la sécurité du patient.
01Principes généraux des traitements psychiatriques
La prise en charge psychiatrique repose sur une triade :
- Traitements médicamenteux (psychotropes) : agissent sur la neurochimie cérébrale.
- Psychothérapies : agissent sur les processus cognitifs, émotionnels et comportementaux.
- Soins de réhabilitation et soutien social : favorisent l'autonomie et l'insertion.
Ces trois axes sont complémentaires et rarement efficaces l'un sans les autres.
Règle fondamentale pour l'IDE : la prescription et la posologie des psychotropes relèvent exclusivement du médecin. L'IDE administre selon la prescription, surveille, observe les effets et transmet. Cette fiche ne donne aucune posologie.
02Les neuroleptiques (antipsychotiques)
2.1 Mécanisme d'action principal
Les neuroleptiques bloquent principalement les récepteurs dopaminergiques D2 dans les voies mésolimbiques (effet antipsychotique) et nigrostriatales (effets extrapyramidaux). Les antipsychotiques de seconde génération agissent également sur les récepteurs sérotoninergiques (5-HT2A), ce qui modifie leur profil d'effets indésirables.
2.2 Indications principales
- Schizophrénie et troubles psychotiques.
- Épisode maniaque (souvent en association au thymorégulateur).
- Agitation aiguë (utilisation transitoire et à doses adaptées).
- Certains troubles bipolaires (en complément).
2.3 Classification simplifiée
| Génération | Caractéristiques | Exemples de molécules (DCI) |
|---|---|---|
| 1re génération (typiques) | Blocage D2 puissant, effets extrapyramidaux fréquents | Halopéridol, chlorpromazine, lévomépromazine |
| 2e génération (atypiques) | Blocage D2 + 5-HT2A, moins d'extrapyramidaux mais risque métabolique plus élevé | Rispéridone, olanzapine, quétiapine, aripiprazole, clozapine |
2.4 Voies d'administration
- Orale (comprimés, gélules, solution buvable) : la plus courante.
- Injectable à action prolongée (IAP) : administration toutes les 2 à 6 semaines environ selon la molécule, améliore l'observance (indispensable à connaître pour l'IDE).
- Injectable d'action rapide : pour les situations d'urgence (agitation).
2.5 Principaux effets indésirables et surveillance IDE
Effets extrapyramidaux (EPS)
Les effets extrapyramidaux sont liés au blocage des récepteurs D2 dans la voie nigrostriatale :
| Effet | Délai d'apparition | Manifestations | Conduite IDE |
|---|---|---|---|
| Syndrome parkinsonien | Semaines à mois | Rigidité, tremblement au repos, akinésie, hypomimie | Signaler au médecin, risque de chute |
| Akathisie | Jours à semaines | Impatience motrice, incapacité à rester assis, agitation intérieure | Ne pas confondre avec une agitation psychiatrique ; signaler |
| Dystonies aiguës | Heures à quelques jours | Contractures musculaires involontaires (torticolis, trismus, oculogyrie) | Urgence : prévenir le médecin immédiatement |
| Dyskinésies tardives | Mois à années | Mouvements involontaires répétitifs (visage, langue, membres) | Souvent irréversibles à ce stade ; signaler tout mouvement anormal |
Syndrome malin des neuroleptiques (SMN)
Le syndrome malin des neuroleptiques est une complication rare mais potentiellement mortelle :
- Signes cardinaux : hyperthermie élevée, rigidité musculaire intense, troubles de la conscience, dysautonomie (tachycardie, instabilité tensionnelle, sueurs).
- Biologie : élévation marquée de la créatine phosphokinase (CPK), leucocytose.
- Conduite : arrêt immédiat du neuroleptique selon prescription médicale, appel médical urgent, transfert en réanimation si nécessaire.
Key takeaway
En pratique : tout patient sous neuroleptique présentant de la fièvre associée à une rigidité musculaire doit faire l'objet d'une alerte médicale immédiate.
Effets métaboliques (surtout antipsychotiques atypiques)
- Prise de poids.
- Perturbation du bilan glucidique (risque diabétique).
- Dyslipidémie.
- Surveillance : poids régulier, tour de taille, glycémie à jeun et bilan lipidique selon les prescriptions.
Autres effets indésirables importants
| Effet | Exemples cliniques | Surveillance IDE |
|---|---|---|
| Sédation | Somnolence diurne, risque de chute | Évaluer la vigilance, prévention des chutes |
| Hypotension orthostatique | Vertiges, syncope au lever | Prise de TA couchée et debout, lever progressif |
| Effets anticholinergiques | Sécheresse buccale, constipation, rétention urinaire, troubles visuels | Surveiller transit, diurèse |
| Allongement de l'intervalle QT | Risque de troubles du rythme (torsades de pointes) | Surveiller ECG selon prescription |
| Hyperprolactinémie | Aménorrhée, galactorrhée, dysfonction érectile | Informer le patient, signaler |
Cas particulier : la clozapine
La clozapine est un antipsychotique atypique très efficace dans les schizophrénies résistantes, mais son utilisation est encadrée par une surveillance spécifique en raison du risque d'agranulocytose (chute des globules blancs pouvant être mortelle).
Surveillance obligatoire : numération formule sanguine hebdomadaire le premier mois, puis bimensuelle le premier mois suivant, puis mensuelle. L'IDE doit connaître cette règle et s'assurer que les bilans sont réalisés avant chaque dispensation.
03Les antidépresseurs
3.1 Mécanisme d'action et classes
| Classe | Mécanisme | Exemples (DCI) |
|---|---|---|
| IRS (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine) | Augmentation de la disponibilité de la sérotonine | Fluoxétine, sertraline, citalopram, escitalopram |
| IRSNa (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline) | Augmentation de la sérotonine et de la noradrénaline | Venlafaxine, duloxétine |
| IMAO (inhibiteurs de la monoamine-oxydase) | Blocage de la dégradation des monoamines | Phénelzine, moclobémide |
| Tricycliques (antidépresseurs imipraminiques) | Action multi-récepteurs, puissants mais effets indésirables nombreux | Amitriptyline, clomipramine |
| Autres | Mécanismes variés | Mirtazapine (noradrénergique et sérotoninergique), agomélatine (mélatoninergique) |
3.2 Indications principales
- Épisode dépressif caractérisé (tous niveaux de sévérité modéré à sévère).
- Troubles anxieux (TAG, trouble panique, TOC, phobie sociale, ESPT).
- Trouble obsessionnel compulsif (IRS à fortes doses).
- Douleurs chroniques (certains tricycliques et IRSNa).
3.3 Délai d'action
Point crucial à connaître : les antidépresseurs ont un délai d'action de 2 à 4 semaines avant que l'effet thérapeutique complet se manifeste. Les effets indésirables, eux, apparaissent souvent dès les premiers jours.
Key takeaway
En pratique : informer le patient de ce délai est essentiel pour l'observance. Sans cette information, le patient qui ne perçoit pas d'amélioration après quelques jours peut arrêter le traitement prématurément.
3.4 Principaux effets indésirables et surveillance IDE
| Classe | Effets indésirables principaux | Surveillance IDE |
|---|---|---|
| IRS | Nausées initiales (régressent), insomnie ou somnolence, dysfonction sexuelle, syndrome sérotoninergique en cas de surdosage ou association | Surveiller l'apparition d'agitation, tremblements, hyperthermie (syndrome sérotoninergique) |
| IRSNa | Similaires aux IRS, plus élévation tensionnelle (noradrénaline) | Surveillance tensionnelle |
| Tricycliques | Effets anticholinergiques (sécheresse buccale, constipation, rétention urinaire), somnolence, hypotension orthostatique, allongement du QT, très toxiques en surdosage | Surveiller ECG ; extrême prudence si risque suicidaire (surdosage dangereux) |
| IMAO | Interactions alimentaires (fromages, charcuteries riches en tyramine : risque de crise hypertensive) | Informer sur le régime alimentaire |
Syndrome sérotoninergique
Le syndrome sérotoninergique est une urgence médicale liée à un excès de sérotonine (surdosage ou interactions médicamenteuses) :
- Triade : agitation/confusion, signes neurovégétatifs (hyperthermie, tachycardie, sueurs, hypertension), signes neuromusculaires (tremblements, myoclonies, hyperréflexie, incoordination).
- Conduite : arrêt du médicament en cause selon prescription médicale, alerte médicale urgente.
Risque de virage maniaque
En cas de trouble bipolaire méconnu, un antidépresseur prescrit seul peut déclencher un virage maniaque. L'IDE surveille tout changement brusque de l'humeur (euphorie inhabituelle, désinhibition, insomnie sans fatigue) chez un patient sous antidépresseur.