L'hémorragie et le choc hémorragique
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (processus pathologiques). Correspond à l'ex-UE 2.4 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : reconnaître un choc hémorragique débutant (signes précoces compensés) avant la décompensation hémodynamique, assurer une surveillance rapprochée et coordonner la réponse de l'équipe peut faire la différence entre la vie et le décès par hémorragie.
01Définitions et types d'hémorragie
Une hémorragie est un saignement actif hors des vaisseaux sanguins.
1.1 Selon la localisation
| Type | Définition | Exemples |
|---|---|---|
| Extériorisée | Sang visible à l'extérieur du corps | Plaie, épistaxis, hémoptysie, hématémèse, méléna, rectorragie, métrorragie |
| Intériorisée | Sang dans une cavité anatomique | Hémothorax, hémopéritoine, hémopéricarde |
| **Interstitielle (interne) ** | Sang dans les tissus | Hématome, ecchymose, fractures fermées |
1.2 Selon le vaisseau lésé
| Origine | Caractéristiques |
|---|---|
| Artérielle | Saignement pulsatile, rouge vif, rapidement abondant |
| Veineuse | Saignement continu, rouge sombre, en nappe |
| Capillaire | Suintement diffus, souvent spontanément contrôlable |
1.3 Selon le mode d'installation
- Hémorragie aiguë : survenue brutale, potentiellement massive.
- Hémorragie chronique : perte progressive de faibles volumes répétés (ulcère gastrique, cancers) ; anémie progressive avec adaptation, signes parfois discrets.
02Physiopathologie du choc hémorragique
2.1 Définition du choc
Le choc est un état d'inadéquation entre les besoins en oxygène des tissus et les apports. Le choc hémorragique est un choc hypovolémique : la perte de volume sanguin réduit le débit cardiaque et donc la perfusion tissulaire.
2.2 Mécanismes compensateurs (phase compensée)
Face à une hémorragie modérée, l'organisme active des mécanismes de compensation :
- Activation sympathique : libération de catécholamines (adrénaline, noradrénaline).
- Tachycardie (augmentation du débit cardiaque).
- Vasoconstriction périphérique (redistribution vers les organes nobles : cœur, cerveau).
- Augmentation de la contractilité myocardique.
- Activation du système rénine-angiotensine-aldostérone (RAAS) : rétention hydro-sodée.
- Libération d'ADH (hormone antidiurétique) : réabsorption d'eau.
Ces mécanismes maintiennent temporairement la pression artérielle normale malgré des pertes significatives. C'est pourquoi l'hypotension est un signe tardif du choc hémorragique.
Key takeaway
En pratique : un adulte peut perdre jusqu'à 15 % de sa volémie (environ 750 mL) avec peu de signes cliniques. Entre 15 et 30 % (750 à 1500 mL), les signes compensateurs apparaissent mais la pression artérielle reste proche de la normale. Au-delà, la décompensation s'installe.
2.3 Phase décompensée
Lorsque les pertes dépassent les capacités compensatrices :
- Chute du débit cardiaque.
- Hypotension.
- Hypoperfusion des organes : ischémie rénale, hépatique, intestinale, cérébrale.
- Acidose métabolique lactique (manque d'oxygène → métabolisme anaérobie → production de lactate).
- Libération de médiateurs inflammatoires : risque de défaillance multi-organes (DMO).
2.4 Coagulopathie du traumatisme (triade létale)
Dans les hémorragies traumatiques massives, une triade aggravante s'installe :
- Hypothermie : les enzymes de la coagulation sont inactives au froid.
- Acidose : inhibe la cascade de la coagulation.
- Coagulopathie : consommation des facteurs de coagulation, CIVD (coagulation intravasculaire disséminée).
Cette triade est auto-entretenue et conduit à un saignement incontrôlable. Le traitement cible simultanément les trois composantes (réchauffement, correction de l'acidose, transfusion de plasma et de plaquettes en plus des culots globulaires).
03Classification des états de choc hémorragique
La classification ATLS (Advanced Trauma Life Support) distingue quatre classes selon le volume de perte et les signes cliniques. Les valeurs ci-dessous sont indicatives et correspondent aux critères de la classification pour un adulte de référence (environ 70 kg, volémie environ 5 litres).
| Classe | Perte estimée | Fréquence cardiaque | Pression artérielle | Fréquence respiratoire | État neurologique |
|---|---|---|---|---|---|
| I | < 15 % (environ < 750 mL) | Normale ou légèrement augmentée | Normale | Normale | Normal |
| II | 15 à 30 % (750 à 1500 mL) | Augmentée (tachycardie) | Normale (PAS maintenue) | Augmentée | Agité, anxieux |
| III | 30 à 40 % (1500 à 2000 mL) | Franchement tachycarde | Hypotension | Augmentée (> 30/min) | Confus, somnolent |
| IV | > 40 % (> 2000 mL) | Très tachycarde ou bradycarde (agonie) | Effondrée | Très élevée ou absente | Inconscient |
Key takeaway
En pratique : l'infirmier ne fait pas le calcul des pertes ; il reconnaît les signes de choc et alerte. L'objectif est de détecter le choc classe II avant la décompensation de classe III.