Les interventions infirmières
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine A, UE A.1 « Sciences infirmières et raisonnement clinique ». Correspond à l'ex-UE 3.2 « Projet de soins infirmiers » (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : distinguer ce que l'IDE décide seule, ce qu'elle réalise sur prescription et ce qu'elle fait en équipe est fondamental pour exercer dans le respect de ses compétences et de ses responsabilités professionnelles.
1. Les trois types d'interventions infirmières
1.1 Rôle propre de l'infirmier
Le rôle propre regroupe les actes que l'IDE décide et réalise de sa propre initiative, sur le fondement de son observation clinique, sans attendre une prescription médicale. Ces actes relèvent de son expertise professionnelle autonome.
Fondement réglementaire : le Code de la santé publique et le décret de compétences des infirmiers définissent ces actes comme relevant de l'initiative infirmière.
Exemples d'actes relevant du rôle propre :
| Domaine | Exemples |
|---|---|
| Confort et hygiène | Soins d'hygiène et de confort, installation confortable, prévention des escarres |
| Surveillance clinique | Surveillance des paramètres vitaux, observation de l'état cutané, évaluation de la douleur |
| Prévention | Prévention des chutes, prévention des escarres (mobilisation, aide aux changements de position) |
| Soutien psychologique | Écoute active, présence rassurante, entretien d'aide |
| Éducation du patient | Information sur les soins, éducation thérapeutique relevant de son champ |
| Alimentation et hydratation | Aide aux repas, surveillance de l'hydratation |
| Environnement | Aménagement de l'environnement proche du patient |
En pratique : si un patient exprime une douleur à 6/10 à 3 h du matin, l'IDE peut repositionner le patient, lui proposer des techniques de relaxation et évaluer la douleur, de sa propre initiative. Pour administrer un antalgique, elle doit disposer d'une prescription ou d'un protocole de service validé.
1.2 Rôle prescrit
Le rôle prescrit regroupe les actes réalisés sur ordonnance médicale ou sur la base de protocoles écrits établis par un médecin. L'IDE exécute la prescription mais engage sa responsabilité dans la vérification, l'exécution et la surveillance.
Actes relevant du rôle prescrit :
- Administration de médicaments (oraux, injectables, transdermiques, inhalés)
- Perfusions intraveineuses et gestion des voies veineuses
- Prélèvements biologiques prescrits
- Pansements complexes (sur prescription ou protocole)
- Sondage urinaire (dans certains contextes)
- Oxygénothérapie prescrite
Point clé : l'IDE ne se contente pas d'exécuter. Elle doit vérifier la prescription (identité, médicament, dose, voie, fréquence), surveiller l'effet thérapeutique et les effets indésirables, et transmettre ses observations au médecin. Une prescription erronée signalée par l'IDE engage la responsabilité du médecin mais pas celle de l'IDE si elle l'a transmise ; une erreur exécutée sans vérification engage sa propre responsabilité.
1.3 Rôle en collaboration
Le rôle en collaboration concerne les actes réalisés conjointement avec d'autres professionnels de santé (médecin, aide-soignant, kinésithérapeute, ergothérapeute, diététicien, assistante sociale, etc.) ou délégués à d'autres professionnels sous la responsabilité de l'IDE.
Exemples :
| Situation | Collaboration |
|---|---|
| Soins d'hygiène complexes | IDE et aide-soignant (AS) répartissent les tâches selon les compétences |
| Rééducation post-AVC | IDE assure la continuité avec le kinésithérapeute, coordonne les exercices en chambre |
| Préparation à la sortie | IDE, assistante sociale et médecin élaborent ensemble le plan de retour à domicile |
| Éducation thérapeutique structurée | IDE, diététicien, médecin traitant |
| Maintien à domicile | IDE coordinatrice, IDEL, auxiliaire de vie, pharmacien |
Renvoi : voir la fiche « La coordination pluriprofessionnelle du projet de soins » pour le détail des articulations entre acteurs.
2. Choisir et justifier les interventions
2.1 Principe de cohérence
Chaque intervention doit être cohérente avec le diagnostic infirmier et l'objectif de soins auxquels elle se rapporte. La question à se poser : « En quoi cette intervention va-t-elle permettre d'atteindre l'objectif fixé ? »
Exemple de cohérence diagnostique :
| Diagnostic | Objectif | Intervention justifiée |
|---|---|---|
| Douleur liée à l'immobilisation post-opératoire | EVA < 3 à H+4 | Administration antalgique selon prescription, repositionnement, relaxation |
| Risque d'escarre (score de Braden 12) | Absence d'escarre à 48 h | Alternance de position toutes les 2 h, matelas anti-escarre, soins cutanés |
| Déficit d'auto-soins : alimentation | Maintien du poids stable | Aide aux repas, surveillance des ingesta, fiche de surveillance alimentaire |
2.2 Principes de sélection des interventions
L'IDE choisit les interventions en tenant compte de :
- L'evidence-based nursing : privilégier des interventions fondées sur des données probantes (recommandations HAS, littérature scientifique infirmière).
- L'individualisation : l'intervention doit être adaptée à ce patient précis (douleur, mobilité, culture, préférences).
- La faisabilité : disponibilité du matériel, du temps et des compétences au sein de l'équipe.
- La proportionnalité : ne pas multiplier les interventions pour « se protéger » ; choisir celles qui ont un impact réel sur l'objectif.
- La participation du patient : le patient doit être informé et, dans la mesure du possible, acteur de l'intervention.
2.3 Formuler une intervention dans le dossier
Une intervention doit être rédigée de façon à être reproductible par n'importe quel soignant :
Qui fait quoi, comment, à quelle fréquence
-
Mauvais : « surveiller le patient »
-
Bon : « Évaluer la douleur à l'EN toutes les 2 heures post-opératoires et tracer le résultat dans la feuille de surveillance. »
-
Mauvais : « soins d'hygiène »
-
Bon : « Réaliser la toilette au lit avec aide partielle (patient participe au lavage du visage et des mains), matin et soir, en veillant à l'inspection des points d'appui. »
3. Délégation et aide-soignant
3.1 La délégation à l'aide-soignant
L'IDE peut déléguer certains actes de son rôle propre à l'aide-soignant (AS) ou à l'auxiliaire de puériculture (AP), sous réserve de :
- s'assurer de la compétence de l'AS pour l'acte délégué,
- donner des instructions précises,
- garder la responsabilité de la prise en charge et de l'évaluation.
Actes délégables à l'AS : aide aux soins d'hygiène, aide à l'alimentation, aide à la mobilisation, prise de paramètres simples (dans certains protocoles).
Actes non délégables à l'AS : administration de médicaments, actes techniques (pose de sonde, pansements complexes, prélèvements), évaluation clinique et formulation des diagnostics infirmiers.
En pratique : lors de la transmission à l'AS, l'IDE précise les points de vigilance spécifiques au patient : « Pour Mme B., chambre 12, attention aux points d'appui sacrés lors de la toilette, noter toute rougeur sur la feuille de surveillance. »
4. Prescription infirmière
Depuis la réforme des professions de santé, l'IDE peut, dans certaines conditions réglementaires, initier certaines prescriptions dans le cadre de protocoles de coopération (HAS) ou de protocoles de service validés. Ces dispositifs sont encore en développement et varient selon les établissements.
Point clé : en dehors de ces protocoles, l'IDE ne prescrit pas. Elle peut suggérer une adaptation de traitement au médecin, mais c'est le médecin qui prescrit.
Vocabulaire essentiel
- Rôle propre : actes décidés et réalisés par l'IDE de sa propre initiative, relevant de son expertise autonome.
- Rôle prescrit : actes réalisés sur ordonnance ou protocole médical.
- Rôle en collaboration : actes réalisés conjointement avec d'autres professionnels.
- Délégation : confier à un autre professionnel (AS, AP) un acte relevant du rôle propre, en gardant la responsabilité de la prise en charge.
- Evidence-based nursing : pratique infirmière fondée sur des données probantes issues de la recherche.
- Protocole de service : document institutionnel validé par le médecin chef, cadrant une série d'actes infirmiers dans une situation type.
- Protocole de coopération : dispositif HAS permettant des transferts de compétences entre professionnels.
- Proportionnalité : principe selon lequel les interventions doivent être adaptées au niveau de besoin réel, sans excès ni insuffisance.
- Ingesta : quantité de liquides et d'aliments absorbés par le patient (à contrôler lors des bilans hydro-électrolytiques).
Points clés à retenir
- Il existe trois types d'interventions : rôle propre (initiative de l'IDE), rôle prescrit (ordonnance médicale) et rôle en collaboration (avec d'autres professionnels).
- Sur prescription, l'IDE garde une responsabilité propre : elle vérifie, exécute correctement et surveille, sans exécuter mécaniquement.
- Toute intervention doit être cohérente avec le diagnostic et l'objectif auxquels elle se rapporte.
- La délégation à l'aide-soignant est possible pour certains actes du rôle propre, mais l'IDE reste responsable de la prise en charge globale.
- Une intervention doit être rédigée de façon reproductible dans le dossier (qui, quoi, comment, fréquence).
- La sélection des interventions doit être guidée par des données probantes, l'individualisation du soin et la participation du patient.
Pièges fréquents
- Confondre rôle propre et initiative personnelle : le rôle propre est encadré par le décret de compétences. L'IDE ne peut pas décider seule d'actes médicaux.
- Exécuter mécaniquement une prescription sans la vérifier : l'IDE a le devoir de vérifier la prescription et d'interpeller le prescripteur en cas de doute.
- Rédiger des interventions vagues (« surveiller le patient ») : une intervention non précise ne peut pas être évaluée ni transmise à un collègue.
- Confondre délégation et abandon : déléguer à l'AS ne signifie pas se décharger de la responsabilité. L'IDE reste la référente de la prise en charge.
- Multiplier les interventions sans lien avec l'objectif : chaque intervention doit être justifiée par son impact sur un objectif de soins précis.
- Négliger les interventions de rôle propre au profit des actes techniques : l'écoute, le confort, la prévention et le soutien psychologique ont une valeur clinique essentielle.
Q&R pour le tuteur IA
Q : Que fait l'IDE si elle détecte une erreur dans une prescription médicale ? R : L'IDE a l'obligation d'interpeller le prescripteur avant d'exécuter la prescription. Elle ne doit en aucun cas administrer un médicament dont la dose, la voie ou l'identité du patient lui semblent erronées. Elle informe le médecin oralement et note dans le dossier l'heure de l'appel, le contenu de l'échange et la réponse obtenue. Si la prescription est maintenue malgré son signalement et qu'elle la juge dangereuse, elle peut refuser de l'exécuter et en référer à son cadre de santé ou au médecin chef. Sa responsabilité est protégée si elle a signalé l'anomalie et documenté sa démarche.
Q : Comment distingue-t-on concrètement un acte du rôle propre d'un acte du rôle prescrit ? R : La question est : « Ai-je besoin d'une ordonnance pour le faire ? » Si l'IDE décide d'évaluer la douleur, de repositionner le patient, de lui prodiguer une écoute active ou de prévenir des escarres, elle agit dans son rôle propre. Si elle administre un médicament, pose une perfusion, réalise un prélèvement prescrit ou pose une sonde urinaire sur indication médicale, elle agit dans son rôle prescrit. Le décret de compétences des infirmiers liste précisément les actes de chaque catégorie.
Q : Quelle est la responsabilité de l'IDE lorsqu'elle délègue une tâche à l'aide-soignant ? R : L'IDE reste responsable de la prise en charge globale du patient. Déléguer n'est pas se décharger. Elle doit s'assurer que l'AS a la compétence pour réaliser l'acte, lui donner des instructions précises et vérifier le résultat (en réévaluant le patient ou en demandant un retour verbal). Si l'AS constate quelque chose d'anormal lors de la toilette (escarre débutante, rougeur, modification de l'état du patient), il doit en informer l'IDE qui prend les décisions cliniques qui s'imposent.