L'évaluation des pratiques professionnelles (EPP)
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.4 « Démarche qualité et gestion des risques ».
Pourquoi c'est central pour l'IDE : l'EPP est le principal outil d'amélioration continue des pratiques professionnelles ; participer à une EPP, c'est à la fois développer sa compétence et contribuer à la qualité des soins de l'équipe entière.
01Définition et cadre légal de l'EPP
1.1 Définition
L'évaluation des pratiques professionnelles (EPP) est une démarche structurée qui consiste à analyser les pratiques professionnelles réelles par rapport aux données de la science et aux recommandations de bonne pratique, dans le but de les améliorer.
Elle est définie à l'article L. 4133-1-1 du Code de la santé publique (médecins) et s'applique, dans une logique similaire, à l'ensemble des professions de santé au titre de leur obligation de développement professionnel continu (DPC).
1.2 Cadre légal et institutionnel
- Obligation de développement professionnel continu (DPC) : la loi du 21 juillet 2009 (loi HPST) a introduit le DPC comme obligation pour tous les professionnels de santé. L'EPP en est une composante majeure.
- HAS : produit les référentiels, les grilles d'audit et les outils méthodologiques utilisés dans les EPP.
- Établissements de santé : doivent organiser des EPP dans le cadre de leur programme d'amélioration continue de la qualité, exigé par la certification HAS.
1.3 Objectifs de l'EPP
- Identifier les écarts entre les pratiques réelles et les recommandations de bonne pratique.
- Mettre en place des actions correctives ciblées sur ces écarts.
- Réévaluer les pratiques après les actions pour mesurer l'amélioration.
- Développer la compétence individuelle et collective.
02Les méthodes d'EPP
2.1 L'audit clinique
L'audit clinique est la méthode d'EPP la plus répandue. Elle consiste à mesurer les pratiques réelles (sur dossiers, par observation directe ou par questionnaire) par rapport à des critères de référence issus des recommandations.
Étapes d'un audit clinique :
- Choix du thème (ex. : hygiène des mains, prévention des escarres, évaluation de la douleur).
- Définition des critères de référence (indicateurs mesurables tirés des recommandations).
- Recueil de données : grille d'audit remplie à partir des dossiers ou par observation.
- Analyse des résultats : taux de conformité pour chaque critère.
- Identification des écarts entre les pratiques réelles et les recommandations.
- Plan d'actions correctives : formation, réorganisation, création ou révision d'un protocole.
- Ré-audit (audit de réévaluation) : mesure de l'impact des actions après un délai défini.
Exemple : un audit sur l'hygiène des mains mesure le pourcentage de fois où les soignants effectuent une friction hydro-alcoolique avant et après chaque soin, par observation directe.
Key takeaway
En pratique : l'IDE peut être à la fois observé(e) lors d'un audit et observateur lors d'un audit de pratiques de collègues. Les deux rôles sont formateurs.
2.2 Le chemin clinique (ou clinical pathway)
Le chemin clinique est une EPP qui consiste à définir, pour une pathologie ou une intervention donnée, la séquence optimale et chronologiquement organisée des soins et des interventions multiprofessionnelles. Toute déviation par rapport au chemin est analysée pour identifier les causes.
Utilisation : chirurgie programmée (arthroplastie, coloscopie), pathologies chroniques (insuffisance cardiaque, AVC...).
2.3 La revue de pertinence des soins
La revue de pertinence des soins est une EPP centrée sur la question : « Ce soin était-il nécessaire et adapté à ce patient ? ». Elle évalue l'adéquation entre les actes réalisés et les indications médicales reconnues.
Exemples :
- Revue de pertinence des hospitalisations (journées d'hospitalisation inutilement prolongées).
- Revue de pertinence des examens biologiques prescrits.
- Revue de pertinence de la pose de sonde urinaire (indication, durée).
Key takeaway
En pratique : la revue de pertinence des sondes urinaires est une EPP infirmière classique. Elle permet de vérifier que chaque sonde est posée sur indication médicale documentée et retirée dès que l'indication disparaît, réduisant ainsi les infections urinaires associées aux soins.