La revue de mortalité et de morbidité (RMM)
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.4 « Démarche qualité et gestion des risques ».
Pourquoi c'est central pour l'IDE : l'IDE est un acteur essentiel de la RMM car il ou elle est souvent le premier témoin des complications et des décès inattendus ; sa participation à la RMM contribue à l'analyse systémique non punitive et à l'amélioration de la prise en charge.
01Définition et objectifs de la RMM
1.1 Définition
La revue de mortalité et de morbidité (RMM) est une analyse systémique, collective et non punitive des cas de décès, de complications graves ou d'événements indésirables graves survenus dans un service ou une unité de soins, avec pour but d'identifier des pistes d'amélioration.
La morbidité désigne les complications, séquelles et hospitalisations prolongées non attendues (sans décès) ; la mortalité désigne les décès. Une RMM peut porter sur l'une ou l'autre, ou sur les deux.
1.2 Objectifs
Les objectifs d'une RMM sont :
- Analyser les circonstances et les causes des décès et complications évitables.
- Identifier les facteurs contributifs (organisationnels, humains, liés au patient...).
- Proposer et mettre en place des actions d'amélioration ciblées.
- Développer la culture de sécurité et l'apprentissage collectif sans culpabilisation.
- Valoriser l'analyse réflexive des équipes soignantes.
Key takeaway
Attention : la RMM n'est pas un tribunal. Son objectif est d'améliorer les soins, pas de désigner un coupable.
1.3 Cadre réglementaire
La RMM est recommandée par la HAS pour tous les établissements de santé dans le cadre de la certification et de l'évaluation des pratiques professionnelles. Elle est obligatoire dans certaines spécialités à risque (chirurgie, anesthésie, obstétrique) et fortement recommandée dans toutes les unités de soins.
02Organisation d'une RMM
2.1 Qui participe ?
La RMM est une réunion pluridisciplinaire réunissant tous les professionnels impliqués dans la prise en charge analysée :
- Médecins (praticien hospitalier, chef de service, interne).
- Infirmiers (IDE référents du patient).
- Cadre de santé.
- Pharmaciens (si problème médicamenteux).
- Autres professionnels concernés (kinésithérapeutes, assistants sociaux, si pertinent).
Un coordinateur ou animateur formé à la méthode non punitive est indispensable. Il structure les débats et s'assure que la séance n'évolue pas vers la recherche d'un responsable individuel.
2.2 Fréquence et sélection des cas
- Fréquence recommandée : au minimum mensuelle dans les services à activité élevée.
- Sélection des cas : peuvent être analysés les décès inattendus, les complications graves, les réadmissions non programmées, les transferts imprévus en réanimation. Tout professionnel peut proposer un cas.
Key takeaway
En pratique : l'IDE peut (et doit) proposer un cas pour la RMM lorsqu'il ou elle a le sentiment qu'un décès ou une complication aurait pu être évité ou atténué.
2.3 Déroulement type d'une RMM
| Étape | Contenu |
|---|---|
| 1. Présentation du cas | Récit anonymisé et factuel de la prise en charge (chronologie, actes réalisés, résultat) |
| 2. Questions de clarification | L'équipe pose des questions factuelles, sans jugement |
| 3. Analyse des causes | Identification des facteurs contributifs (méthode ALARM, arbre des causes ou 5 Pourquoi) |
| 4. Points forts | Identification de ce qui a bien fonctionné dans la prise en charge |
| 5. Axes d'amélioration | Propositions d'actions correctives concrètes |
| 6. Plan d'actions | Actions, responsables, délais |
| 7. Compte-rendu | Rédaction d'un compte-rendu anonymisé, diffusion à l'équipe et archivage |
2.4 Anonymisation et confidentialité
Le cas présenté est anonymisé : ni le nom du patient ni les noms des professionnels impliqués ne sont divulgués lors de la séance. L'objectif est de libérer la parole et d'analyser les faits sans crainte de jugement.
Le compte-rendu de la RMM est un document de travail interne. Il ne peut pas être utilisé à des fins judiciaires (protection spécifique des documents de la démarche d'amélioration continue, dans les limites précisées par la réglementation en vigueur).