L'appareil reproducteur masculin
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), UE B.1 « Sciences biomédicales », socle « Fonctionnement du corps humain » (système reproducteur et cycles de la vie). Correspond à l'ex-UE 2.2 « Cycles de la vie et grandes fonctions » (référentiel 2009, S1).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : connaitre l'anatomie et la physiologie de l'appareil reproducteur masculin permet de comprendre les sondages urinaires, le dépistage du cancer de la prostate et les soins liés à la fertilité masculine.
1. Les testicules : gonades masculines
Les testicules sont deux glandes situées dans les bourses (scrotum), à l'extérieur de la cavité abdominale. Cette situation externe est indispensable : la spermatogenèse requiert une température d'environ 33 à 34 °C, inférieure de 2 à 3 °C à la température corporelle centrale.
Chaque testicule remplit deux fonctions distinctes exercées par des cellules différentes :
| Cellule | Localisation | Fonction |
|---|---|---|
| Cellules de Sertoli | Tubes séminifères | Soutien et nutrition des cellules germinales, sécrétion d'inhibine (frein FSH) |
| Cellules de Leydig | Tissu interstitiel | Sécrétion de testostérone sous stimulation par la LH |
1.1 La spermatogenèse
La spermatogenèse est la production de spermatozoïdes à partir de cellules souches (spermatogonies) dans les tubes séminifères. Elle se déroule en trois phases :
- Phase de multiplication : les spermatogonies se divisent par mitose.
- Phase de croissance et méiose : deux divisions successives réduisent le stock chromosomique de 46 à 23 (spermatides haploïdes).
- Phase de différenciation (spermiogenèse) : les spermatides deviennent des spermatozoïdes matures (tête, pièce intermédiaire, flagelle).
La spermatogenèse dure environ 74 jours chez l'homme adulte et est continue dès la puberté.
Mnémo : M-M-D = Multiplication, Méiose, Différenciation (les 3 phases de la spermatogenèse).
1.2 La testostérone
La testostérone est l'hormone sexuelle masculine principale, sécrétée par les cellules de Leydig. Elle est régulée par l'axe hypothalamo-hypophysaire :
- GnRH (hypothalamus) stimule l'hypophyse.
- L'hypophyse libère LH (qui stimule les cellules de Leydig) et FSH (qui stimule les cellules de Sertoli et la spermatogenèse).
- La testostérone exerce un rétrocontrôle négatif sur l'hypothalamus et l'hypophyse.
Effets de la testostérone : développement des caractères sexuels primaires et secondaires (voir fiche « La puberté »), maintien de la spermatogenèse, anabolisme musculaire, pilosité.
Lien clinique : une cryptorchidie (testicule non descendu) expose à un risque augmenté de tumeur testiculaire et d'infertilité. La correction chirurgicale (orchidopexie) relève de la prescription médicale ; l'IDE participe à la surveillance post-opératoire.
2. Les voies spermatiques
Après production dans les tubes séminifères, les spermatozoïdes transitent par plusieurs structures avant l'éjaculation.
- Épididyme : tube enroulé accolé au testicule. Les spermatozoïdes y séjournent 10 à 14 jours pour acquérir leur mobilité et leur pouvoir fécondant. Ils y sont stockés.
- Canal déférent : conduit musculaire (environ 40 à 45 cm) qui remonte vers le pelvis en passant par le canal inguinal, contourne la vessie et rejoint la prostate. Sectionnée lors de la vasectomie (contraception chirurgicale masculine, relevant de la prescription médicale).
- Canal éjaculateur : formation du canal déférent et du canal de la vésicule séminale, court trajet dans la prostate pour déboucher dans l'urètre.
Mnémo : T-E-D-E = Tubes séminifères → Épididyme → Déférent → Éjaculateur.
3. Les glandes annexes
Les glandes annexes produisent le liquide séminal qui constitue la majeure partie du sperme (les spermatozoïdes n'en représentent qu'une faible fraction en volume).
- Vésicules séminales (2) : situées derrière la vessie, elles produisent environ 60 % du volume séminal, riche en fructose (source d'énergie pour les spermatozoïdes) et en prostaglandines.
- Prostate : glande unique située sous la vessie, entourant l'urètre. Elle sécrète un liquide blanc laiteux légèrement acide qui active les spermatozoïdes. Elle produit le PSA (Prostate-Specific Antigen), utilisé comme marqueur de dépistage du cancer de la prostate.
- Glandes de Cowper (bulbo-urétrales) : petites glandes sécrétant un mucus lubrifiant lors de l'excitation, avant l'éjaculation.
Lien clinique : l'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) est très fréquente après 50 ans. Elle comprime l'urètre et provoque des troubles urinaires (pollakiurie, dysurie). Le sondage urinaire chez l'homme exige une attention particulière à la courbure urétrale et au franchissement prostatique.
4. Le pénis et l'urètre masculin
Le pénis est l'organe de copulation et d'émission de l'urine. Il contient :
- Deux corps caverneux (érection par afflux sanguin sous contrôle nerveux parasympathique).
- Un corps spongieux entourant l'urètre, se terminant par le gland recouvert du prépuce.
L'urètre masculin est commun aux voies urinaires et génitales. Il mesure environ 15 à 20 cm et comporte trois segments : prostatique, membraneux (sphincter externe), spongieux (périnéal et pénien).
⚠️ L'urètre féminin (environ 4 cm) est bien plus court, ce qui explique la plus grande fréquence des infections urinaires ascendantes chez la femme (voir fiche « L'appareil reproducteur féminin »).
Description du schéma type : coupe sagittale du pelvis masculin montrant, de haut en bas : la vessie, la prostate entourant l'urètre prostatique, les vésicules séminales en arrière, le canal déférent remontant depuis l'épididyme et le testicule dans les bourses, le pénis avec ses corps caverneux et le corps spongieux.
Vocabulaire essentiel
- Spermatogenèse : production de spermatozoïdes dans les tubes séminifères.
- Tubes séminifères : structures tubulaires à l'intérieur du testicule où se forment les spermatozoïdes.
- Cellules de Leydig : cellules interstitielles du testicule sécrétant la testostérone.
- Cellules de Sertoli : cellules des tubes séminifères assurant le soutien de la spermatogenèse.
- Testostérone : hormone sexuelle masculine (androgène), produite par les cellules de Leydig.
- Épididyme : lieu de maturation et de stockage des spermatozoïdes.
- Canal déférent : conduit transportant les spermatozoïdes de l'épididyme vers l'urètre.
- Vésicules séminales : glandes productrices du liquide séminal riche en fructose.
- Prostate : glande entourant l'urètre, productrice de liquide prostatique et de PSA.
- PSA (Prostate-Specific Antigen) : marqueur biologique de la prostate, utilisé en dépistage.
- Sperme : mélange de spermatozoïdes et de liquide séminal éjaculé.
- GnRH : hormone hypothalamique déclenchant la libération de FSH et LH.
- LH (Luteinizing Hormone) : stimule les cellules de Leydig (testostérone).
- FSH (Follicle-Stimulating Hormone) : stimule les cellules de Sertoli et la spermatogenèse.
Points clés à retenir
- Les testicules ont deux fonctions : production de spermatozoïdes (tubes séminifères) et sécrétion de testostérone (cellules de Leydig).
- La spermatogenèse nécessite une température de 33 à 34 °C : d'où la position externe des testicules dans les bourses.
- Le trajet des spermatozoïdes : tubes séminifères → épididyme (maturation) → canal déférent → canal éjaculateur → urètre.
- Les glandes annexes (vésicules séminales, prostate, glandes de Cowper) produisent le liquide séminal qui constitue l'essentiel du volume du sperme.
- La régulation est assurée par l'axe GnRH-LH/FSH-testostérone avec rétrocontrôle négatif de la testostérone.
- La prostate entoure l'urètre masculin : son hypertrophie entraîne des troubles mictionnels importants à connaitre pour le sondage urinaire.
Pièges fréquents
- Confondre cellules de Leydig et cellules de Sertoli : Leydig = Leydig produit la testostérone (L comme Libido/androgène) ; Sertoli = Soutien de la spermatogenèse.
- Croire que l'épididyme produit les spermatozoïdes : il ne fait que les stocker et les rendre matures. La production a lieu dans les tubes séminifères.
- Confondre la LH et la FSH : LH → cellules de Leydig (testostérone) ; FSH → cellules de Sertoli (spermatogenèse). Retenir LH-Leydig, même initiale.
- Oublier que l'urètre masculin est commun aux voies urinaire et génitale : ce point est essentiel pour comprendre les complications du sondage urinaire chez l'homme.
- Croire que la spermatogenèse est un processus rapide : elle dure environ 74 jours. Un traitement gonadotoxique peut ainsi altérer la fertilité plusieurs semaines après sa prescription.
- Négliger la prostate lors du sondage urinaire : l'hypertrophie prostatique peut rendre le passage difficile voire impossible ; il faut adapter le matériel et la technique.
Q&R pour le tuteur IA
Q : Pourquoi les testicules sont-ils situés dans les bourses et non dans l'abdomen ? R : La spermatogenèse requiert une température d'environ 33 à 34 °C, soit 2 à 3 °C de moins que la température abdominale centrale. La position externe dans les bourses maintient cette température plus fraîche. Une cryptorchidie (testicule non descendu) expose à un risque augmenté d'infertilité et de cancer testiculaire, car la chaleur abdominale altère la production de spermatozoïdes.
Q : Quel est le rôle du PSA et pourquoi l'IDE doit-il le connaitre ? R : Le PSA (Prostate-Specific Antigen) est une enzyme produite par la prostate, dosée dans le sang. Une élévation peut signaler une hypertrophie bénigne, une prostatite ou un cancer de la prostate. L'IDE doit connaitre ce marqueur car il est prescrit dans le dépistage du cancer de la prostate chez l'homme de plus de 50 ans (ou plus tôt en cas d'antécédents familiaux). Le résultat et son interprétation sont communiqués par le médecin.
Q : Quelles précautions spécifiques l'IDE doit-il prendre lors d'un sondage urinaire chez l'homme ? R : L'urètre masculin mesure environ 15 à 20 cm et comporte une courbure. Il traverse la prostate (souvent hypertrophiée chez le sujet âgé), ce qui peut créer un obstacle. L'IDE doit : choisir une sonde adaptée, exercer une traction douce vers le haut pour redresser la courbure sous-pubienne, ne jamais forcer en cas de résistance et alerter le médecin si le passage est impossible. L'asepsie stricte est indispensable pour prévenir l'infection urinaire.