La prévention
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine C, UE C.1 « Santé publique, promotion de la santé et éducation thérapeutique ». Correspond à l'ex-UE 1.2 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : la prévention est au cœur du rôle infirmier à tous les niveaux de soins ; l'IDE est l'acteur de santé le plus proche des patients au quotidien, ce qui en fait un vecteur privilégié des actions de prévention primaire, secondaire et tertiaire.
01Définitions et niveaux de prévention
1.1 La prévention : définition générale
La prévention désigne l'ensemble des mesures visant à éviter l'apparition d'une maladie, à la détecter précocement, à en limiter les conséquences ou à éviter les récidives.
On distingue classiquement trois niveaux de prévention (classification de Leavell et Clark, reprise par l'OMS), auxquels s'est ajouté un quatrième niveau plus récent, la prévention quaternaire :
| Niveau | Objectif | Cible | Exemples |
|---|---|---|---|
| Primaire | Empêcher l'apparition de la maladie | Population générale ou groupes à risque, personnes non malades | Vaccination, éducation pour la santé, eau potable, lutte contre le tabac |
| Secondaire | Détecter la maladie à un stade précoce, avant les symptômes | Personnes présymptomatiques | Dépistage organisé des cancers du sein, côlon, col utérin |
| Tertiaire | Limiter les conséquences et les séquelles d'une maladie déclarée ; réduire les récidives | Personnes malades | Rééducation post-AVC, éducation thérapeutique du diabète, prévention des complications |
| Quaternaire | Éviter la surmédicalisation et les interventions inutiles ou nocives | Patients exposés à une sur-prescription ou à un sur-diagnostic | Déprescription, prévention de la iatrogénie, refus d'actes inutiles |
Key takeaway
Mnémo : PSTQ : Primaire (Prévenir), Secondaire (Surprendre tôt), Tertiaire (limiter les séQuelles), Quaternaire (éviter la sur-médicalisation).
02La prévention primaire
2.1 Définition et enjeux
La prévention primaire agit avant l'apparition de la maladie. Elle vise à réduire l'incidence en agissant sur les causes et les déterminants de la santé.
Elle peut être :
- Individuelle : conseils personnalisés à un patient (arrêt du tabac, activité physique, alimentation).
- Collective : campagnes de santé publique, politiques fiscales (taxe tabac), urbanisme favorable à la marche, protection de l'eau.
2.2 Exemples concrets
- Vaccination : prévention de la diphtérie, du tétanos, de la coqueluche, de la rougeole, du méningocoque, de l'HPV (prévention du cancer du col).
- Lutte antitabac : loi Évin (1991), paquet neutre (2017), augmentations de taxes ; le tabac est la première cause de décès évitable en France.
- Activité physique : recommandations OMS (150 min/semaine d'activité modérée pour les adultes).
- Alimentation : recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS), Nutri-score.
- Santé au travail : protection contre les expositions professionnelles (amiante, bruit, produits chimiques).
- Eau potable et assainissement : prévention des maladies infectieuses à transmission hydrofécale.
Key takeaway
En pratique : à chaque consultation, l'IDE peut profiter de l'entretien infirmier pour identifier les facteurs de risque modifiables (tabac, sédentarité, alimentation déséquilibrée) et amorcer une démarche motivationnelle, même brève.
03La prévention secondaire et le dépistage
3.1 Définition
La prévention secondaire consiste à détecter une maladie avant l'apparition des symptômes (stade infraclinique ou asymptomatique) afin d'intervenir plus tôt et d'obtenir de meilleurs résultats.
Son outil principal est le dépistage.
3.2 Conditions d'un dépistage valide
Un programme de dépistage n'est pas automatiquement bénéfique. Il doit remplir les critères de Wilson et Jungner (OMS, 1968), parmi lesquels :
- Le problème de santé doit être important (fréquent ou grave).
- Il doit exister un traitement efficace pour les cas détectés.
- Le test de dépistage doit être simple, sûr, accepté par la population, valide (sensible et spécifique), fiable et peu coûteux.
- Le traitement précoce doit apporter un avantage sur le traitement tardif.
- Le rapport bénéfice/risque du dépistage doit être favorable.
3.3 Sensibilité et spécificité d'un test de dépistage
| Propriété | Définition | Formule | Interprétation |
|---|---|---|---|
| Sensibilité | Capacité à identifier les vrais malades | VP / (VP + FN) | Un test sensible détecte presque tous les malades ; peu de faux négatifs |
| Spécificité | Capacité à identifier les vrais non-malades | VN / (VN + FP) | Un test spécifique génère peu de faux positifs |
(VP = vrais positifs, FN = faux négatifs, VN = vrais négatifs, FP = faux positifs)
Un test de dépistage doit être très sensible (éviter les faux négatifs, qui rassurent à tort). La spécificité est importante pour limiter les examens de confirmation inutiles et les angoisses générées.
Key takeaway
Mnémo : SenSe = Sécurité (ne rate pas les malades) ; SpéCificité = Certitude (ne désigne que les malades).
3.4 Les programmes de dépistage organisé en France
La France organise trois grands programmes de dépistage nationaux, gérés par les centres régionaux de coordination des dépistages des cancers (CRCDC) :
| Cancer | Population cible | Test | Rythme |
|---|---|---|---|
| Cancer du sein | Femmes de 50 à 74 ans | Mammographie bilatérale | Tous les 2 ans |
| Cancer colorectal | Hommes et femmes de 50 à 74 ans | Test immunologique sur les selles (FIT) | Tous les 2 ans |
| Cancer du col de l'utérus | Femmes de 25 à 65 ans | Frottis cervico-utérin (FCU) puis test HPV dès 30 ans | Tous les 3 ans (25-29 ans), tous les 5 ans (30-65 ans) |
D'autres dépistages individuels existent sur prescription : cholestérol, diabète, glaucome, anévrisme de l'aorte abdominale (AAA) chez les hommes de plus de 65 ans fumeurs ou ex-fumeurs.
Key takeaway
En pratique : l'IDE vérifie lors de chaque contact si le patient est à jour de ses dépistages organisés et l'encourage à y participer. Le taux de participation est un indicateur de santé publique.