Les soins liés à l'élimination
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.3 « Pratiques et interventions infirmières ».
Pourquoi c'est central pour l'IDE : l'élimination urinaire et intestinale est une fonction vitale intime ; son accompagnement préserve la dignité du patient, prévient les complications infectieuses et cutanées, et fait appel à une surveillance clinique fine.
01Rappel physiologique : élimination urinaire
1.1 La miction normale
La miction (action d'uriner) résulte d'une coordination entre :
- Le remplissage vésical (capacité normale : 300 à 500 mL ; première envie vers 150 à 200 mL).
- Le système nerveux central (contrôle volontaire par le cortex).
- Le système nerveux autonome (parasympathique : contraction du détrusor ; sympathique : contraction du sphincter).
Un adulte urine 4 à 8 fois par jour, avec une diurèse quotidienne de 1 à 1,5 litre (variable selon les apports hydriques).
1.2 Surveillance de la diurèse
L'IDE surveille :
- Quantité (diurèse quotidienne ou horaire si bilan hydrique prescrit).
- Aspect : clair (bien hydraté), foncé (déshydratation), trouble (infection), hématurique (rose à rouge).
- Odeur : suspecte si ammoniacale forte (infection).
- Fréquence : pollakiurie (urines fréquentes en petites quantités), nycturie (levers nocturnes pour uriner).
Valeurs normales à connaître :
- Diurèse normale adulte : 1 à 1,5 L/24 h.
- Oligurie : diurèse inférieure à 500 mL/24 h (ou inférieure à 0,5 mL/kg/h).
- Anurie : diurèse inférieure à 100 mL/24 h.
- Polyurie : diurèse supérieure à 3 L/24 h.
Key takeaway
En pratique : une oligurie est un signal d'alarme sérieux (insuffisance rénale aiguë, déshydratation sévère, choc). À signaler immédiatement au médecin.
02Accompagnement de l'élimination urinaire
2.1 Respect de la dignité
L'élimination est une fonction intime et souvent source de honte en cas de dépendance. L'IDE :
- Garantit l'intimité (rideau, porte fermée, absence de commentaire dévalorisant).
- Répond rapidement aux appels pour éviter l'incontinence par urgence.
- N'exprime jamais d'impatience face à une demande répétée.
- Ne laisse pas un patient sur le bassin plus longtemps que nécessaire.
2.2 Aide à l'élimination en chambre
Bassin de lit (urinal pour les hommes, bassin plat pour les femmes) :
- Chauffer légèrement le bassin (eau chaude) avant de le placer pour éviter le choc thermique.
- Placer en décubitus dorsal ou légèrement relevé.
- Laisser intimité si possible, sonnette à portée.
- Après la miction : retirer le bassin, essuyage de la région périnéale de l'avant vers l'arrière, soins d'hygiène intimes.
- Mesurer le volume si bilan hydrique prescrit.
- Ne pas laisser un bassin souillé dans la chambre (hygiène, dignité).
Chaise percée :
- Utilisée quand le patient peut s'asseoir mais ne peut pas se déplacer aux toilettes.
- Stabiliser la chaise, s'assurer du confort du siège.
- Accompagnement ou surveillance selon la stabilité du patient.
2.3 Incontinence urinaire
L'incontinence urinaire (IU) est la perte involontaire d'urine. Elle n'est pas une fatalité : elle peut être traitée et améliorée.
Types :
- IU d'effort : perte à la toux, au rire, à l'effort physique (insuffisance sphinctérienne).
- IU par urgence (urgenturie) : envie soudaine et impérieuse, incontinence avant d'atteindre les toilettes (hyperactivité vésicale).
- IU mixte : combinaison des deux.
- IU par regorgement : rétention urinaire chronique avec fuites par trop-plein (obstruction).
- IU fonctionnelle : incapacité physique ou cognitive de se rendre aux toilettes à temps.
Rôle de l'IDE :
- Évaluer le type et la fréquence des fuites (calendrier mictionnel).
- Proposer des mictions régulières planifiées (horaires).
- Adapter l'environnement (réduire la distance aux toilettes, mobilier facilitant le lever rapide).
- Utiliser les protections adaptées.
- Ne jamais poser une sonde vésicale à demeure uniquement pour pallier l'incontinence (sauf exception médicale justifiée).
2.4 Rétention urinaire aiguë
Définition : impossibilité d'uriner malgré une vessie pleine. Urgence médicale.
Signes : douleur hypogastrique, envie intense d'uriner, absence de miction depuis plusieurs heures, globe vésical palpable ou mesurable au bladder-scan.
Causes fréquentes : adénome de la prostate, constipation, post-opératoire (analgésiques opioïdes, rachianesthésie), médicaments (anticholinergiques).
Prise en charge : sondage vésical sur prescription médicale.
03La sonde urinaire (notions essentielles)
3.1 Indications du sondage vésical
- Rétention urinaire aiguë.
- Mesure précise de la diurèse (réanimation, bloc opératoire).
- Chirurgie pelvienne.
- Soins palliatifs ou pansements périnéaux nécessitant un terrain sec.
3.2 Surveillance d'une sonde urinaire
- Vérifier la perméabilité (absence de plicature, de coudure).
- Système clos maintenu en déclive (poche en dessous du niveau de la vessie pour éviter le reflux).
- Ne jamais clamper inutilement.
- Sécuriser la sonde (système de fixation à la cuisse ou à la jambe) pour éviter la traction.
- Surveiller : couleur des urines, volume, aspect (trouble, hématurique), odeur.
- Changer la poche conformément aux recommandations institutionnelles.
- Soins de méat urétral quotidiens (nettoyage doux avec eau et savon lors de la toilette).
Key takeaway
En pratique : le sondage vésical est un facteur de risque majeur d'infection urinaire associée aux soins (IUAS). Chaque jour de sonde est un jour de risque supplémentaire ; la réévaluation de la nécessité de la sonde doit être quotidienne.
3.3 Prévention des infections urinaires sur sonde
- Indication posée et réévaluée quotidiennement.
- Technique aseptique lors de la pose (sonde et matériel stériles).
- Maintien d'un système clos.
- Soins de méat quotidiens.
- Hydratation suffisante pour assurer un débit urinaire satisfaisant.
- Ne jamais déconnecter le système clos sans indication.