Installation et positionnement du patient
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.3 « Pratiques et interventions infirmières ».
Pourquoi c'est central pour l'IDE : une installation correcte prévient les complications de l'alitement (escarres, contractures, phlébites, pneumonies d'inhalation) et conditionne le confort, la respiration et la sécurité du patient.
1. Principes généraux d'une bonne installation
Une bonne installation :
- Respecte l'alignement anatomique : le corps est positionné de façon à ne pas créer de contraintes articulaires ni vasculaires.
- Répartit les pressions sur les zones de contact.
- Prévient les attitudes vicieuses (équin du pied, flexum du genou, flessum du coude).
- Favorise la respiration (position adaptée chez le patient dyspnéique).
- Facilite les soins (accès aux voies d'abord, surveillance des drainages).
- Respecte le confort et la dignité de la personne.
En pratique : après chaque installation, demander au patient si sa position est confortable. Une bonne position peut être inconfortable pour une personne donnée (douleur préexistante, raideur articulaire) : l'adaptation est individuelle.
2. Les positions fondamentales au lit
2.1 Le décubitus dorsal
Définition : le patient est allongé sur le dos, face vers le plafond.
Indications : position de repos standard, post-opératoire (sauf contre-indication), examen clinique.
Installation correcte :
- Tête en alignement avec le rachis, oreiller de hauteur adaptée (pas trop haut : hyperkyphose, risque de compression des jugulaires).
- Membres supérieurs allongés le long du corps ou légèrement fléchis.
- Membres inférieurs allongés.
- Talons en décharge : coussin sous les mollets pour que les talons flottent (prévention des escarres talonnières).
- Pied en équerre (90°) : appui-pied ou rouleau pour prévenir l'équin (chute du pied en extension plantaire), surtout chez les patients alités prolongés ou hémiplégiques.
Complications prévenues par cette installation :
- Escarre du sacrum, des talons, des omoplates (si matelas adapté et retournements).
- Équin (si appui-pied ou rouleau).
- Phlébite (si kinésithérapie respiratoire et mobilisation précoce).
Mnémo : en décubitus dorsal, on pense à T.P. = Talons flottants, Pieds à 90°.
2.2 Le décubitus latéral
Définition : le patient est allongé sur le côté (droit ou gauche).
Indications : alternance de position pour la prévention des escarres, patient portant une stomie ou un drain latéral, soins du dos.
Installation correcte à 30° (inclinaison recommandée) :
- Incliner à 30° (et non 90° pour éviter la compression du grand trochanter).
- Oreiller de taille adaptée sous la tête.
- Bras inférieur : légèrement fléchi devant soi pour éviter la compression.
- Bras supérieur : soutenu par un oreiller pour éviter la traction sur l'épaule.
- Genou supérieur fléchi, coussin entre les deux genoux et entre les deux chevilles (prévention des escarres malléolaires et des points de compression osseux).
- Dos soutenu par un coussin ou un oreiller dans le dos.
- Vérifier que le pied inférieur n'est pas en équin.
Côté de rotation : alterner droite et gauche selon le planning de retournement.
2.3 Le décubitus ventral
Définition : le patient est allongé sur le ventre.
Indications médicales (en réanimation principalement) : syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) pour améliorer les échanges gazeux. En soins courants, peu utilisé sauf en kinésithérapie respiratoire.
Points de vigilance :
- Position jamais réalisée sans prescription médicale en dehors de la réanimation.
- Risques : compression des yeux (cornée), du thorax, des artères brachiales, des nerfs cubitaux.
- Soutien de la tête de façon à ne pas comprimer les yeux (systèmes dédiés en réanimation).
- Organes génitaux masculins : vérifier l'absence de compression.
2.4 La position demi-assise (ou semi-Fowler)
Définition : le dos est relevé entre 30 et 45° (et au-delà pour la position assise haute dite de Fowler).
Indications :
- Patient dyspnéique (facilite l'expansion thoracique).
- Patient présentant des troubles de la déglutition ou à risque de fausse route.
- Alimentation (toujours en position semi-assise ou assise).
- Patient en insuffisance cardiaque.
- Patient porteur d'une sonde naso-gastrique en nutrition entérale.
Angles et nomenclature :
| Angle | Appellation |
|---|---|
| 15 à 30° | Position anti-Trendelenburg modérée |
| 30 à 45° | Semi-Fowler (demi-assis) |
| 45 à 60° | Position de Fowler |
| 90° | Position assise |
Complications à surveiller :
- Glissement vers le bas : cisaillement sacré et risque d'escarre. Remettre le patient en position correcte régulièrement. Ne jamais installer à moins de 30° si positionnement prolongé.
- Flexum des genoux (coussin sous les genoux pour prévenir le glissement et maintenir la position).
En pratique : pour limiter le glissement, plier légèrement les genoux avec un coussin (ou articuler le lit électrique à la hauteur des genoux) avant de relever la tête de lit.
2.5 La position de Trendelenburg et anti-Trendelenburg
Trendelenburg : corps incliné, tête basse et membres inférieurs en haut. Rarement utilisée en soins courants (indications historiques remises en question). Contre-indiquée en cas d'hypertension intracrânienne, de dyspnée.
Anti-Trendelenburg : tête haute et pieds bas. Utilisée pour réduire le reflux gastro-œsophagien chez le patient en nutrition entérale.
3. La position latérale de sécurité (PLS) : notions essentielles
La PLS est une position d'urgence, non une position de soin courant. Elle est utilisée chez une personne inconsciente qui respire, pour :
- Maintenir le dégagement des voies aériennes supérieures.
- Permettre l'évacuation des sécrétions et vomissements sans fausse route.
Technique simplifiée (version adulte) :
- Patient en décubitus dorsal.
- Le bras du côté vers lequel on va faire tourner est écarté à 90°.
- L'autre bras est replié, main paume vers le bas placée sous la joue.
- Plier le genou opposé au côté de retournement et s'en servir comme levier.
- Faire pivoter le patient sur le côté.
- Tête en légère extension pour dégager les voies aériennes.
- Surveiller la respiration.
En pratique : la PLS est enseignée dans tous les programmes de secourisme (PSC1, AFGSU). En tant qu'IDE, la maîtrise de la PLS est une exigence de base.
4. Prévention des complications de l'alitement prolongé
| Complication | Mécanisme | Prévention |
|---|---|---|
| Escarre | Pression prolongée sur saillie osseuse | Retournements, supports, décharge talonnière |
| Équin du pied | Raccourcissement du tendon d'Achille par hypergravité en extension | Appui-pied, rouleau, mobilisation passive |
| Flexum | Rétraction en flexion des genoux ou des hanches | Positionnement en extension, kiné |
| Pneumonie | Atélectasies par immobilité thoracique | Kinésithérapie respiratoire, position semi-assise |
| Thrombose veineuse profonde (TVP) | Stase veineuse, immobilité | Lever précoce, bas de contention, anticoagulation préventive |
| Constipation | Immobilité, réflexe gastro-colique réduit | Hydratation, mobilisation, alimentation riche en fibres |
| Dépression/régression | Perte d'autonomie, isolement | Stimulation, communication, sorties de chambre |
Mnémo : ESPACE = Escarre, Squames/peau, Pneumonie, Acidose musculaire/atrophie, Constipation, Embolie veineuse.
5. Matériel d'aide au positionnement
| Matériel | Usage |
|---|---|
| Oreiller | Soutien de la tête, séparation des membres, cale dorsale |
| Coussin de positionnement en mousse ou en air | Calage du côté, séparation des membres |
| Appui-pied ou rouleau en mousse | Prévention de l'équin |
| Cale anti-rotation | Maintien du membre inférieur en position neutre (hanche) |
| Arceau de lit | Soulève la literie pour éviter le poids des draps sur les pieds ou des zones sensibles |
6. Surveillance et traçabilité
- Planning de retournement : document traçant les changements de position et l'état cutané observé (voir la fiche « La prévention des escarres »).
- Réévaluation régulière de la tolérance à chaque position (douleur, inconfort, modifications respiratoires).
- Adaptation du positionnement en collaboration avec le médecin, le kinésithérapeute et l'ergothérapeute.
Vocabulaire essentiel
- Décubitus dorsal : position allongée sur le dos.
- Décubitus latéral : position allongée sur le côté.
- Décubitus ventral : position allongée sur le ventre (rarement en soins courants).
- Semi-Fowler : position demi-assise à 30 à 45°.
- Fowler : position assise à 45 à 60°.
- Trendelenburg : tête basse, membres inférieurs surélevés.
- Anti-Trendelenburg : tête haute, pieds bas.
- PLS : position latérale de sécurité (personne inconsciente qui respire).
- Équin : attitude vicieuse en extension plantaire (pied tombant).
- Flexum : attitude vicieuse en flexion d'une articulation.
- Décharge talonnière : positionnement avec coussin sous les mollets, talons flottants.
- Appui-pied : dispositif maintenant le pied en position neutre (90°).
Points clés à retenir
- Chaque position a ses indications et ses contre-indications ; le positionnement est une prescription infirmière raisonnée, pas un acte routinier.
- En décubitus dorsal : talons en décharge, pieds en appui à 90°.
- En décubitus latéral : incliner à 30° (pas 90°), coussin entre les genoux et les chevilles.
- La position semi-assise (30 à 45°) est obligatoire lors de l'alimentation et chez les patients à risque de fausse route.
- Le glissement vers le bas en position semi-assise génère du cisaillement sacré : il faut corriger la position régulièrement.
- Les complications de l'alitement (escarre, équin, TVP, pneumonie) sont évitables par un positionnement rigoureux et des mobilisations précoces.
Pièges fréquents
- Installer en décubitus latéral à 90° : comprime le grand trochanter et crée une escarre trochantérienne.
- Relever la tête de lit à 20° pour nourrir un patient à risque de fausse route : insuffisant ; il faut au moins 30 à 45°.
- Oublier le coussin sous les genoux en position semi-assise : le patient glisse, le cisaillement sacré augmente.
- Oublier l'appui-pied chez un patient alité prolongé : l'équin s'installe progressivement et peut devenir irréversible en quelques semaines.
- Laisser les draps appuyer sur les pieds : aggrave le risque d'équin ; l'arceau de lit y remédie.
- Confondre PLS et décubitus latéral de soin : la PLS est une position d'urgence, pas une position de confort ; elle maintient les voies aériennes ouvertes chez un inconscient.
Q&R pour le tuteur IA
Q : Pourquoi le patient doit-il être à au moins 30° lors d'une nutrition entérale ? R : La position semi-assise à au moins 30 à 45° utilise la gravité pour favoriser la progression du contenu gastrique vers l'intestin, réduisant le risque de reflux gastro-œsophagien et d'inhalation du contenu gastrique dans les voies respiratoires. Chez un patient allongé à plat, le contenu de l'estomac peut remonter passivement dans l'œsophage et être inhalé, entraînant une pneumonie d'aspiration potentiellement grave. La position anti-Trendelenburg (tête haute) est recommandée en continu pendant et après la nutrition entérale.
Q : Comment prévenir l'équin chez un patient hémiplégique alité ? R : Dès l'installation, positionner le pied en position neutre (flexion dorsale à 90°) à l'aide d'un appui-pied ou d'un coussin placé sous la plante. Éviter le poids du drap sur les pieds (arceau de lit). Réaliser des mobilisations passives quotidiennes de la cheville (flexion-extension). Le kinésithérapeute peut prescrire une orthèse de cheville pour maintenir la position neutre nuit et jour. Un équin installé est difficile à corriger ; la prévention précoce est essentielle.
Q : Quelle position choisir pour un patient dyspnéique et comment l'installer correctement ? R : La position de Fowler (assise à 45 à 60°) ou semi-Fowler (30 à 45°) est la position de référence pour améliorer le confort respiratoire. En position assise, le diaphragme s'abaisse, permettant une meilleure expansion pulmonaire. Concrètement : relever la tête de lit à l'angle choisi, placer un coussin dans le dos pour combler le vide, fléchir légèrement les genoux (coussin ou articulation du lit) pour éviter le glissement. Si le patient est très dyspnéique, la position assis penché en avant (position du tripode, coudes sur une table de lit) peut améliorer encore l'efficacité respiratoire en mobilisant les muscles accessoires.