IFSI Soins de confort et de bien-être

Soins des yeux, des oreilles et du nez

Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.3 « Pratiques et interventions infirmières ».

Pourquoi c'est central pour l'IDE : les soins des organes des sens préviennent les infections locales, maintiennent le confort sensoriel du patient et permettent une surveillance précoce de complications pouvant affecter la vision, l'audition et la respiration.

1. Soins des yeux

1.1 Rappel anatomique fonctionnel

L'œil est protégé par :

  • Les paupières (clignement mécanique protecteur).
  • Le film lacrymal : lubrifie la cornée, élimine les corps étrangers, apporte des éléments antibactériens (lysozyme).
  • La conjonctive : muqueuse tapissant la face interne des paupières et le blanc de l'œil.

Chez tout patient ne pouvant pas cligner (inconscient, sous sédation, chirurgie), la cornée est exposée et risque une kératite (inflammation/ulcération cornéenne) pouvant conduire à une perte visuelle.

1.2 Objectifs des soins oculaires

  • Éliminer les sécrétions (sécrétions purulentes, croûtes).
  • Prévenir les infections (conjonctivite, kératite).
  • Maintenir la lubrification cornéenne chez le patient à risque.
  • Surveiller les signes d'infection ou d'irritation.

1.3 Technique du soin des yeux

Matériel : compresses stériles (ou non stériles pour simple hygiène), sérum physiologique en unidose, gants non stériles.

Règle fondamentale : un œil à la fois, une compresse par passage, de l'angle interne (proche du nez) vers l'angle externe (côté tempe).

Étapes :

  1. Friction hydro-alcoolique (FHA), port des gants.
  2. Préparer deux compresses distinctes (une par œil) imbibées de sérum physiologique.
  3. Demander au patient de fermer les yeux ou de regarder vers le bas.
  4. Essuyer doucement de l'angle interne vers l'angle externe en un seul passage (ne pas revenir en arrière avec la même compresse).
  5. Si sécrétions importantes, répéter avec une nouvelle compresse jusqu'à propreté complète.
  6. Passer à l'autre œil avec des compresses propres.
  7. Appliquer les soins prescrits (collyre, pommade) si nécessaire.

Mnémo : Dedans vers dehors = de l'angle interne vers l'angle externe, toujours dans ce sens.

1.4 Soins oculaires chez le patient inconscient

Chez le patient dont le réflexe de clignement est aboli (sédation profonde, coma, chirurgie neurologique) :

  • Évaluer le réflexe cornéen et l'occlusion palpébrale à chaque bilan.
  • Réaliser des soins oculaires toutes les 2 à 4 heures (selon protocole institutionnel).
  • Utiliser des larmes artificielles en gouttes ou en gel sur prescription médicale.
  • Protéger les yeux par des coquilles oculaires humidifiées ou des pansements oculaires humides si l'occlusion est impossible.

En pratique : une cornée exposée à l'air séchera en quelques heures. La kératite d'exposition peut survenir sans signes cliniques précoces visibles ; la prévention par lubrification régulière est impérative.

1.5 Surveillance et signes d'alarme oculaires

SigneSignification possible
Rougeur conjonctivaleConjonctivite, irritation, corps étranger
Sécrétions purulentes jaune-verdâtresInfection bactérienne
Larmoiement excessifIrritation, obstruction du canal lacrymal
Sensation de brûlure, photophobieKératite, uvéite
Douleur oculaire intenseGlaucome aigu, kératite sévère (urgence ophtalmologique)
Perte de vision (floue ou totale)Urgence ophtalmologique

En pratique : toute douleur oculaire intense ou modification soudaine de la vision doit être signalée immédiatement au médecin.

1.6 Administration d'un collyre ou d'une pommade oculaire

  • Vérifier la prescription (produit, concentration, fréquence, œil(s) concerné(s)).
  • Demander au patient de regarder vers le haut.
  • Tirer délicatement la paupière inférieure vers le bas pour créer un cul-de-sac conjonctival.
  • Instiller le collyre dans ce cul-de-sac sans toucher la cornée ni les cils avec l'embout.
  • Demander au patient de fermer l'œil doucement pendant 1 minute.
  • Pour une pommade : déposer un fin ruban dans le cul-de-sac conjonctival.
  • Ne jamais partager un flacon de collyre entre deux patients (contamination croisée).

2. Soins des oreilles

2.1 Rappel anatomique

L'oreille externe comprend le pavillon et le conduit auditif externe (CAE). Le conduit est recouvert d'une peau spécialisée qui produit le cérumen (substance sécrétée par des glandes sébacées et apocrines), dont le rôle est protecteur (lubrification, antibactérien, protection contre les corps étrangers).

2.2 Hygiène des oreilles : le seul soin autorisé en rôle propre IDE

À faire : nettoyer l'extérieur du pavillon et l'entrée du conduit avec une compresse ou un gant de toilette humide.

À ne pas faire : introduire un coton-tige dans le CAE. Cette pratique est contre-indiquée car elle tasse le cérumen vers le fond du conduit (bouchon de cérumen), risque de léser le tympan, et crée un cercle vicieux d'irritation et de hypersécrétion.

Mnémo : Les oreilles : nettoyer ce qu'on voit, jamais ce qu'on ne voit pas.

2.3 Bouchon de cérumen

Le bouchon de cérumen est une accumulation de cérumen obstruant le conduit auditif externe. Il provoque une hypoacousie (baisse d'audition), une sensation d'oreille bouchée, parfois des acouphènes ou des vertiges.

Prise en charge : sur prescription médicale, instillation de ceruminolytiques (spray ou gouttes ramollissant le bouchon) ou irrigation (lavage d'oreille) par un médecin ou IDE habilité. L'irrigation est contre-indiquée en cas d'antécédent de perforation tympanique.

2.4 Surveillance des oreilles

Signaler au médecin :

  • Douleur auriculaire (otalgie).
  • Écoulement purulent (otorrhée).
  • Sensation de plénitude auriculaire.
  • Diminution de l'audition (hypoacousie).
  • Tintements, bourdonnements (acouphènes).

En pratique : chez la personne âgée, ne pas confondre hypoacousie et désorientation. Une oreille bouchée peut simuler un syndrome confusionnel. Un appareillage mal entretenu est aussi une source de difficultés de communication.

2.5 Entretien des aides auditives

  • Retirer l'aide auditive la nuit.
  • Nettoyer l'embout auriculaire avec un chiffon doux ; ne pas le tremper dans l'eau.
  • Vérifier le fonctionnement de la pile.
  • Stocker dans un lieu sec et identifié au nom du patient (risque élevé de perte ou d'échange).

3. Soins du nez

3.1 Rappel fonctionnel

Les fosses nasales assurent le réchauffement, l'humidification et l'épuration de l'air inspiré. La muqueuse nasale est très vascularisée et sensible. Les mucus nasal piège les poussières et les agents infectieux ; les cils les évacuent vers l'arrière-gorge.

3.2 Hygiène nasale

Chez le patient autonome : le mouchage est le soin nasal de base. L'IDE enseigne le mouchage doux (pas trop fort, narine par narine) pour éviter les otites de reflux et les épistaxis.

Chez le patient non autonome : nettoyage des narines avec des compresses humides ou des unidoses de sérum physiologique en instillation douce (méthode validée en pédiatrie, applicable à l'adulte dépendant).

3.3 Surveillance et soins particuliers chez le patient porteur d'une sonde nasale

Patients porteurs de :

  • Sonde naso-gastrique (SNG) : vérifier quotidiennement l'absence d'irritation ou d'ulcération de la narine de passage. Changer le point d'appui du sparadrap régulièrement.
  • Lunettes à oxygène ou masque : surveiller les irritations des narines et des ailes du nez. Appliquer des pansements de protection si besoin.
  • Canule nasopharyngée : nettoyer régulièrement selon protocole.

3.4 Épistaxis (saignement de nez)

Cause fréquente chez le patient sous anticoagulants ou avec traitement antiaggrégant, ou en cas de sécheresse muqueuse.

Conduite à tenir en premier secours :

  1. Faire asseoir le patient et lui faire pencher la tête légèrement en avant (évite la déglutition du sang).
  2. Comprimer les deux ailes du nez entre les doigts pendant 10 à 15 minutes (compression manuelle, sans relâcher).
  3. Ne pas mettre la tête en arrière (risque d'inhalation ou de déglutition du sang).
  4. Si le saignement persiste après 15 minutes ou si épistaxis sévère : prévenir le médecin.

Vocabulaire essentiel

  • Kératite : inflammation de la cornée, risque majeur d'ulcération et de perte visuelle chez le patient à paupières ouvertes.
  • Cul-de-sac conjonctival : espace entre la paupière inférieure et le globe oculaire, site d'instillation des collyres.
  • Larmes artificielles : solution de substitution lacrymale pour lubrifier la cornée.
  • Cérumen : sécrétion protectrice du conduit auditif externe.
  • Bouchon de cérumen : accumulation obstruante, traitée par ceruminolytiques ou irrigation médicale.
  • Ceruminolytique : produit ramollissant le cérumen.
  • Otalgie : douleur de l'oreille.
  • Otorrhée : écoulement de l'oreille.
  • Hypoacousie : baisse de l'acuité auditive.
  • Épistaxis : saignement de nez.
  • Sérum physiologique (NaCl 0,9 %) : solution isotonique de référence pour les soins des muqueuses.

Points clés à retenir

  1. Pour les soins des yeux, toujours aller de l'angle interne vers l'angle externe, une compresse par passage, un œil à la fois.
  2. Chez le patient inconscient ou sédaté, la cornée n'est pas protégée par le clignement : lubrification régulière et protection physique sont indispensables.
  3. Ne jamais introduire un coton-tige dans le conduit auditif : seul l'extérieur du pavillon est nettoyé en rôle propre IDE.
  4. L'aide auditive est identifiée, retirée la nuit et stockée soigneusement pour éviter la perte.
  5. Pour l'épistaxis, tête en avant (pas en arrière), compression nasale manuelle 10 à 15 minutes.
  6. Toute douleur oculaire intense, modification de la vision ou otorrhée doit être signalée au médecin.

Pièges fréquents

  1. Essuyer les yeux de l'extérieur vers l'intérieur : risque de contamination du canal lacrymal.
  2. Utiliser le même flacon de collyre pour deux patients : source de contamination croisée ; chaque patient a son propre flacon.
  3. Introduire un coton-tige dans le conduit auditif : tasse le cérumen et risque de léser le tympan.
  4. Pencher la tête en arrière lors d'une épistaxis : fait déglutir le sang, masque l'abondance du saignement et peut provoquer des nausées ou vomissements.
  5. Négliger la surveillance nasale chez un patient porteur de SNG : les irritations de la narine deviennent rapidement des ulcérations douloureuses.
  6. Oublier de surveiller les yeux d'un patient sous sédation : la kératite d'exposition est silencieuse au début et peut aboutir à une cécité si non traitée.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Pourquoi les soins oculaires sont-ils aussi fréquents chez le patient intubé et sédaté ? R : Sous sédation profonde, le réflexe de clignement est aboli et les paupières peuvent rester partiellement ou totalement ouvertes. Sans clignement, la cornée n'est plus lubrifiée par le film lacrymal et s'assèche rapidement. En quelques heures, une kératite d'exposition peut s'installer ; sans traitement, elle évolue vers une ulcération cornéenne, voire une perforation et une perte de la vision. Les soins toutes les 2 à 4 heures (larmes artificielles, protection physique des yeux) sont une mesure préventive indispensable en réanimation.

Q : Un patient se plaint d'hypoacousie depuis son admission. Quelle est la conduite infirmière ? R : Évaluer d'abord si la personne porte une aide auditive et vérifier son fonctionnement (pile, entretien). Inspecter visuellement l'entrée du conduit auditif pour détecter un bouchon de cérumen visible. Signaler au médecin pour examen otoscopique. Si bouchon confirmé, l'IDE peut instiller des ceruminolytiques sur prescription médicale. L'irrigation du CAE est un acte médical ou délégué ; elle est contre-indiquée en cas d'antécédent de perforation tympanique. Adapter la communication avec le patient (face à lui, voix claire et articulée) dans l'attente du traitement.

Q : Comment administrer un collyre sans risque de contamination ni de blessure ? R : Vérifier la prescription (produit, concentration, fréquence, œil(s) concerné(s)), les dates de péremption et l'identité du patient. Réaliser une FHA. Demander au patient de regarder vers le haut. Tirer délicatement la paupière inférieure pour créer le cul-de-sac. Instiller sans jamais toucher la cornée, les cils ni la conjonctive avec l'embout du flacon (contamination et blessure). Demander de garder l'œil fermé 1 minute. Ne jamais partager le flacon entre patients ni entre les deux yeux d'un même patient si infection unilatérale.

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