L'entretien infirmier
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.3 « Pratiques et interventions infirmières ».
Pourquoi c'est central pour l'IDE : l'entretien est l'outil structuré du recueil de données et de la relation thérapeutique ; sa maîtrise conditionne la qualité du diagnostic infirmier et du projet de soins personnalisé.
1. Définition et types d'entretiens infirmiers
L'entretien infirmier est une rencontre verbale intentionnelle, structurée et centrée sur les besoins du patient, conduite par l'infirmier(e) dans un cadre professionnel.
1.1 Principaux types d'entretiens en pratique infirmière
| Type | Objectif | Moment |
|---|---|---|
| Entretien d'accueil et d'admission | Recueillir les données initiales, évaluer les besoins | Entrée dans le service |
| Entretien de recueil de données | Renseigner le dossier de soins infirmiers | Bilan infirmier complet |
| Entretien de relation d'aide | Soutenir le patient en souffrance | À la demande ou à l'initiative de l'IDE |
| Entretien d'éducation thérapeutique | Transmettre des savoirs, vérifier la compréhension | Lors de la prise en charge d'une maladie chronique |
| Entretien de sortie / suivi | Évaluer la préparation au retour à domicile | Avant la sortie |
2. La préparation de l'entretien
Une préparation rigoureuse conditionne la qualité de l'entretien. Elle comporte plusieurs dimensions.
2.1 Préparation du cadre
- Lieu : espace calme, préservant la confidentialité (chambre individuelle ou espace prévu à cet effet). Éviter les couloirs ou les zones de passage.
- Durée : informer le patient du temps disponible en début d'entretien.
- Absence de perturbations : fermer la porte, désactiver les alarmes non prioritaires dans la mesure du possible, prévenir les collègues.
2.2 Préparation du soignant
- Consulter le dossier du patient (antécédents, motif d'hospitalisation, éléments déjà connus).
- Identifier l'objectif précis de l'entretien.
- Mettre de côté ses propres préoccupations (disponibilité psychique).
- S'assurer de ne pas être en retard sur un acte urgent qui nuirait à sa présence.
2.3 Préparation du patient
- L'informer de l'objectif et de la durée de l'entretien.
- Vérifier qu'il est dans un état permettant l'entretien (pas de douleur aiguë incontrôlée, état de conscience suffisant).
- Lui préciser la confidentialité des informations.
3. La conduite de l'entretien : les phases
L'entretien infirmier se déroule en phases successives dont chacune a une fonction précise.
3.1 Phase d'ouverture
- Accueil chaleureux, présentation de l'IDE si nécessaire.
- Rappel de l'objectif et de la durée.
- Vérification du confort du patient (position, douleur).
- Installation favorable à l'échange : être assis au même niveau que le patient si possible.
En pratique : commencer par une question ouverte d'invitation : « Comment vous sentez-vous depuis hier ? » plutôt qu'une série de questions fermées.
3.2 Phase d'exploration
Phase centrale de l'entretien : recueil des informations, expression du patient.
- Utiliser prioritairement les questions ouvertes.
- Laisser des silences.
- Reformuler pour vérifier la compréhension.
- Ne pas interrompre.
- Prendre des notes de façon non intrusive si nécessaire (en informer le patient).
3.3 Phase de compréhension et de synthèse
- Récapituler les informations recueillies.
- Nommer les émotions perçues si pertinent.
- Valider avec le patient : « Ai-je bien compris votre situation ? »
3.4 Phase de clôture
- Annoncer la fin de l'entretien (ne pas clore brusquement).
- Résumer les points essentiels et les décisions prises ou à transmettre.
- Ouvrir sur la suite : « Je vais transmettre ces informations au médecin » ou « Nous en reparlerons lors de notre prochaine rencontre. »
- Remercier le patient pour sa confiance et sa participation.
Mnémo : O.E.C.C. (Ouverture, Exploration, Compréhension, Clôture) : les quatre phases de l'entretien infirmier.
4. Les types de questions
Le type de question conditionne la qualité et la quantité des informations recueillies.
4.1 Questions ouvertes
Invitent à une réponse libre et développée. Elles favorisent l'expression et l'exploration.
- « Pouvez-vous me décrire votre douleur ? »
- « Comment vivez-vous votre hospitalisation ? »
Avantages : richesse des informations, respect de l'autonomie de parole. Inconvénients : prennent du temps, peuvent disperser.
4.2 Questions fermées
Appellent une réponse brève, souvent « oui/non » ou une valeur.
- « Avez-vous dormi cette nuit ? »
- « Sur une échelle de 0 à 10, à combien évaluez-vous votre douleur ? »
Avantages : précision, rapidité. Inconvénients : réduisent l'espace d'expression, risquent d'orienter la réponse.
4.3 Questions inductives (à éviter)
Orientent implicitement la réponse : « Vous n'avez pas eu de douleur, n'est-ce pas ? » À éviter car elles biaisent les données recueillies.
4.4 Questions à choix multiples
Proposent plusieurs options : « La douleur est-elle plutôt brûlante, lancinante ou en coup de couteau ? » Utiles lorsque le patient a du mal à qualifier spontanément.
4.5 Question en écho (relance)
Répéter le dernier mot ou la dernière phrase du patient pour l'inviter à poursuivre : Patient : « Je suis vraiment fatigué. » IDE : « Vraiment fatigué... »
| Type de question | Usage principal |
|---|---|
| Ouverte | Exploration, expression libre |
| Fermée | Précision, confirmation |
| Inductive | À éviter |
| À choix multiples | Aide à la qualification |
| En écho (relance) | Invitation à approfondir |
5. Le cadre de l'entretien
5.1 Cadre physique
Un cadre physique sécurisant comprend : un espace clos ou semi-clos, une disposition sans obstacle entre soignant et patient (éviter les tables ou chariots interposés), une distance adaptée (voir la fiche « La communication non verbale »).
5.2 Cadre éthique et déontologique
- Confidentialité : les informations recueillies sont couvertes par le secret professionnel.
- Consentement : le patient doit accepter librement de participer à l'entretien.
- Non-jugement : posture bienveillante et neutre.
- Honnêteté : ne pas promettre ce que l'on ne peut pas tenir.
5.3 Cadre temporel
Annoncer la durée et la tenir. Un entretien tronqué par une urgence doit être explicitement reporté et non simplement interrompu sans explication.
6. Traçabilité et transmission
Les informations recueillies lors de l'entretien infirmier sont consignées dans le dossier de soins infirmiers de façon objective, datée et signée. Elles alimentent le diagnostic infirmier et le projet de soins. Les éléments de nature psychologique sont transmis à l'équipe pluridisciplinaire selon le principe du « secret partagé ».
Vocabulaire essentiel
- Entretien infirmier : rencontre verbale intentionnelle et structurée entre l'IDE et le patient ou ses proches.
- Question ouverte : question invitant à une réponse libre et développée.
- Question fermée : question appelant une réponse brève ou factuelle.
- Question inductive : question orientant implicitement la réponse (à éviter).
- Reformulation : restitution de ce qui a été compris pour valider.
- Relance : technique invitant le patient à poursuivre ou approfondir.
- Confidentialité : obligation déontologique de protéger les informations recueillies.
- Secret partagé : partage d'informations couvertes par le secret professionnel au sein de l'équipe soignante, dans l'intérêt du patient.
- Dossier de soins infirmiers : document de traçabilité des données recueillies et des actions réalisées.
Points clés à retenir
- L'entretien infirmier se déroule en quatre phases : ouverture, exploration, compréhension et clôture ; chaque phase a une fonction précise.
- La préparation (cadre, dossier, objectif) est une condition de l'efficacité de l'entretien.
- Les questions ouvertes doivent être privilégiées en phase d'exploration pour favoriser l'expression libre du patient.
- Les questions inductives biaisent les données et doivent être systématiquement évitées.
- La clôture n'est pas une interruption : elle annonce la fin, résume, ouvre sur la suite et remercie.
- Les données recueillies sont soumises au secret professionnel et doivent être consignées dans le dossier de soins infirmiers.
- La disponibilité psychique du soignant est aussi importante que le cadre physique : un IDE préoccupé ou pressé ne peut pas conduire un entretien de qualité.
Pièges fréquents
- Conduire l'entretien en position debout : cela crée un rapport de domination et limite l'expression du patient.
- Poser plusieurs questions en même temps : le patient ne sait pas laquelle répondre et l'entretien se disperse.
- Remplir les silences immédiatement : le silence est un espace d'élaboration pour le patient ; le combler systématiquement le prive de cet espace.
- Prendre des notes de façon intensive sans regarder le patient : la prise de notes trop visible rompt le contact et inhibe l'expression.
- Clore brusquement : interrompre l'entretien sans phase de clôture laisse le patient en suspens et nuit à la relation de confiance.
- Confondre entretien et interrogatoire : un entretien infirmier est une démarche collaborative, pas une série de questions administrées mécaniquement.
- Omettre de consigner les données dans le dossier : une information non tracée n'existe pas pour l'équipe et peut conduire à des erreurs de prise en charge.
Q&R pour le tuteur IA
Q : Pourquoi faut-il annoncer la durée de l'entretien au patient ? R : Annoncer la durée remplit plusieurs fonctions : elle rassure le patient qui sait combien de temps il dispose pour s'exprimer, elle cadre l'entretien et évite les dérives, et elle respecte le droit du patient à être informé de ce qui le concerne. Si l'IDE doit interrompre l'entretien avant la durée annoncée, il doit l'expliquer et proposer un report, pour ne pas rompre la confiance.
Q : Quelle est la différence entre une question ouverte et une relance ? R : Une question ouverte invite le patient à s'exprimer librement sur un sujet : « Comment vivez-vous votre hospitalisation ? » Une relance est une technique qui invite le patient à approfondir ce qu'il vient de dire, sans introduire un nouveau thème. La relance la plus simple est la question en écho : reprendre le dernier mot du patient pour l'inviter à continuer. La relance est utilisée pour ne pas laisser une piste inexplorée sans pour autant imposer une direction nouvelle.
Q : Que faire si un patient révèle une information grave en fin d'entretien (au moment de clore) ? R : Ce phénomène est fréquent et désigné par l'expression « pied dans la porte » ou « main sur la poignée » : le patient attend souvent la dernière minute pour aborder ce qui est le plus difficile. La bonne conduite est de ne pas fermer l'entretien précipitamment, d'accuser réception de l'information avec empathie, et d'ouvrir immédiatement une nouvelle plage de temps si possible, ou de convenir explicitement d'un moment rapproché pour approfondir. Ignorer ou minimaliser une révélation en fin d'entretien est une faute relationnelle grave.
Q : Comment garantir la confidentialité lors d'un entretien en chambre double ? R : La chambre double ne permet pas toujours la confidentialité optimale. L'IDE doit en informer le patient, lui demander s'il souhaite reporter l'entretien ou utiliser un espace dédié, et si l'entretien a lieu malgré tout, parler à voix basse, s'approcher davantage et limiter le recueil des informations les plus sensibles à un entretien dans un espace plus privatif.