L'arrêt cardiorespiratoire et la RCP
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.3 « Pratiques et interventions infirmières » (soins d'urgence). Correspond à l'ex-UE 4.3 (référentiel 2009) et à l'AFGSU.
Pourquoi c'est central pour l'IDE : l'arrêt cardiorespiratoire est la première cause de mort évitable ; l'IDE formé et immédiatement présent est le premier maillon humain capable d'initier une RCP efficace et de doubler les chances de survie de la victime.
1. Reconnaître l'arrêt cardiorespiratoire (ACR)
1.1 Définition
Un arrêt cardiorespiratoire (ACR) est la cessation brutale de toute activité mécanique efficace du coeur, entraînant l'arrêt de la circulation sanguine et de la ventilation. Sans prise en charge immédiate, des lésions cérébrales irréversibles surviennent en moins de 5 minutes après l'arrêt.
1.2 Les signes de reconnaissance
Le diagnostic d'ACR repose sur deux signes simultanés, sans nécessiter de matériel :
| Signe | Comment le vérifier |
|---|---|
| Absence de réponse (inconscience) | Appeler la victime, la secouer doucement par les épaules |
| Absence de ventilation normale | Observer le thorax pendant 10 secondes maximum : pas de soulèvement, ou gasps (halètements agoniques brefs, irréguliers) |
Attention : les gasps (agonal breathing) sont une respiration inefficace observée dans les premières minutes d'un ACR. Ils ne doivent PAS être confondus avec une respiration normale : en présence de gasps, la RCP doit être démarrée immédiatement.
Mnémo : « Pas de réponse + pas de ventilation normale = ACR = agir immédiatement ».
1.3 Ce qu'il ne faut PAS faire
- Ne pas chercher le pouls (la recherche du pouls par des non-médecins est peu fiable et fait perdre du temps).
- Ne pas attendre la confirmation médicale pour démarrer la RCP.
- Ne pas déplacer la victime sauf danger immédiat.
2. La conduite à tenir immédiate : la séquence ABCDE initiale
2.1 Sécuriser et évaluer
- Sécurité : s'assurer que la scène est sans danger pour le sauveteur et la victime.
- Stimulation : appeler, secouer doucement.
- Crier à l'aide pour attirer l'attention sans quitter la victime.
2.2 Alerter
- En dehors de l'hôpital : demander à un témoin d'appeler le 15 (ou le 112) et d'aller chercher un DAE. Si seul, appeler le 15 avant de commencer (le médecin régulateur guide).
- En milieu hospitalier : déclencher l'alarme interne (code bleu ou équivalent) et demander le chariot d'urgence et le DAE.
En pratique : envoyer quelqu'un d'autre téléphoner pour ne pas interrompre la RCP. Désigner une personne précise : « Vous, appelez le 15 maintenant ».
3. La RCP de base (BLS : Basic Life Support)
3.1 Principe physiologique
Les compressions thoraciques créent un flux sanguin artificiel vers le cerveau et le coeur en comprimant le coeur entre le sternum et la colonne vertébrale (mécanisme de pompe thoracique). Les insufflations apportent de l'oxygène aux poumons.
3.2 Les compressions thoraciques
Technique chez l'adulte (recommandations ERC/ILCOR en vigueur) :
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Position des mains | Talon de la main dominante sur le centre du sternum (moitié inférieure), seconde main par-dessus, doigts entrecroisés et relevés |
| Bras | Tendus et verticaux (perpendiculaires au sternum) |
| Fréquence | 100 à 120 compressions par minute |
| Profondeur | 5 à 6 cm (adulte) |
| Relâchement | Complet entre chaque compression (ne pas laisser le poids sur la poitrine) |
Mnémo : « 100-120 / minute, 5-6 cm » : rythme d'une chanson à tempo rapide (environ 2 par seconde). On peut s'aider mentalement du rythme de « Stayin' Alive » (103 bpm) ou de « Macarena ».
En pratique : se relayer toutes les 2 minutes pour maintenir la qualité des compressions (fatigue rapide). La pause pour rotation doit être inférieure à 10 secondes.
3.3 Les insufflations
Technique :
- Basculer la tête en arrière et soulever le menton (bascule tête-menton) pour ouvrir les voies aériennes.
- Pincer le nez, faire une prise hermétique sur la bouche.
- Insuffler régulièrement en 1 seconde en observant le soulèvement du thorax.
- Laisser le thorax redescendre avant la 2e insufflation.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Volume insufflé | Suffisant pour voir le thorax se soulever (environ 500-600 mL chez l'adulte) |
| Durée de chaque insufflation | Environ 1 seconde |
| Nombre par cycle | 2 insufflations consécutives |
3.4 L'alternance compressions / insufflations
Séquence universelle adulte : 30 compressions / 2 insufflations (30:2)
| Étape | Action | Durée approximative |
|---|---|---|
| Compressions | 30 compressions à 100-120 / min | Environ 18 secondes |
| Insufflations | 2 insufflations de 1 seconde chacune | Environ 5 secondes |
| Total d'un cycle | 30:2 | Environ 23 secondes |
En pratique : la pause totale pour les insufflations ne doit pas dépasser 10 secondes. Si les insufflations sont difficiles (vomissements, obstacles), on peut réaliser une RCP sans insufflations (compressions seules) dans les premières minutes.
3.5 RCP uniquement par compressions (Compression-Only CPR)
Chez l'adulte victime d'une mort subite cardiaque d'origine cardiaque, si le sauveteur ne souhaite pas ou ne peut pas réaliser les insufflations, les compressions thoraciques seules restent efficaces dans les premières minutes. Le sang contient encore suffisamment d'oxygène pour alimenter le cerveau.
En pratique : ne jamais refuser de faire la RCP à cause des insufflations. Des compressions seules valent infiniment mieux que rien.
4. Spécificités de la RCP pédiatrique
| Âge | Adaptations principales |
|---|---|
| Nourrisson (< 1 an) | 2 doigts (index et majeur) sur le sternum, profondeur 4 cm, fréquence 100-120/min, ratio 30:2 (ou 15:2 en présence de 2 sauveteurs formés en pédiatrie) |
| Enfant (1 an à puberté) | Talon d'une ou deux mains selon la taille, profondeur 5 cm, fréquence 100-120/min, ratio 30:2 |
Différence clé : chez l'enfant, l'ACR est souvent secondaire à une détresse respiratoire (noyade, corps étranger). Les 5 insufflations initiales sont recommandées avant de démarrer les compressions. Chez l'adulte, l'ACR est le plus souvent d'origine cardiaque et les compressions passent en premier.
5. La RCP dans le contexte hospitalier
5.1 L'appel à l'équipe de réanimation
En milieu hospitalier, l'IDE doit :
- Démarrer la RCP immédiatement.
- Envoyer quelqu'un déclencher l'alarme interne (code bleu) et apporter le chariot d'urgence + DAE.
- Accueillir l'équipe médicale et transmettre un bilan précis.
5.2 La transmission à l'arrivée du médecin
Utiliser le format SBAR (Situation, Background, Assessment, Recommendation) :
- S : « M. X, 68 ans, en arrêt cardiorespiratoire depuis environ 4 minutes. »
- B : « Antécédents cardiaques, sous anticoagulant. »
- A : « RCP en cours, 3 cycles réalisés, DAE en charge. »
- R : « Prêt pour défibrillation si choc indiqué. »
5.3 Durée de la RCP
La décision d'arrêter la RCP est médicale. L'IDE poursuit la RCP jusqu'à :
- L'arrivée du médecin qui prend la décision.
- La reprise d'une circulation spontanée (RACS).
- L'épuisement total du sauveteur sans relève possible (cas exceptionnel).
6. Après la RCP : soins post-réanimation
En cas de reprise d'activité circulatoire spontanée (RACS) :
- Mettre en position latérale de sécurité si la victime est inconsciente mais respire.
- Surveiller les fonctions vitales en continu (conscience, respiration, pouls, tension artérielle, SpO2).
- Préparer le transfert en unité de soins intensifs.
- Assurer des transmissions complètes et tracer tous les gestes et horaires dans le dossier de soins.
Vocabulaire essentiel
- ACR : arrêt cardiorespiratoire, cessation de toute activité mécanique efficace du coeur.
- RCP : réanimation cardio-pulmonaire, ensemble des gestes (compressions + insufflations) visant à suppléer le coeur et les poumons.
- BLS (Basic Life Support) : RCP de base réalisée sans matériel spécialisé.
- Gasps (respiration agonique) : halètements irréguliers inefficaces présents dans les premières minutes d'un ACR, ne doivent pas être pris pour une respiration normale.
- Bascule tête-menton : manoeuvre d'ouverture des voies aériennes par extension de la tête et élévation du menton.
- RACS : reprise d'une activité circulatoire spontanée (retour du pouls).
- Code bleu : appel d'urgence interne en établissement de soins signalant un ACR.
- SBAR : outil de transmission structurée (Situation, Background, Assessment, Recommendation).
Points clés à retenir
- L'ACR se diagnostique sur 2 signes : absence de réponse ET absence de ventilation normale (les gasps = ACR).
- La RCP doit démarrer immédiatement, sans attendre la confirmation médicale.
- Compressions thoraciques adulte : 100 à 120 par minute, profondeur 5 à 6 cm, relâchement complet, mains au centre du sternum.
- Séquence universelle adulte : 30 compressions / 2 insufflations, en continu jusqu'au DAE ou à l'arrivée des secours.
- Se relayer toutes les 2 minutes pour maintenir la qualité des compressions.
- Chez l'enfant, commencer par 5 insufflations initiales avant les compressions (ACR souvent respiratoire).
- La décision d'arrêter la RCP est médicale : l'IDE ne prend pas cette décision seul.
Pièges fréquents
- Confondre les gasps avec une respiration normale : les halètements agoniques signent l'ACR. S'ils sont présents, démarrer la RCP sans délai.
- Comprimer trop superficiellement : une profondeur insuffisante (moins de 5 cm) ne génère pas de débit sanguin efficace. Peser sur les mains, bras tendus.
- Ne pas relâcher complètement entre chaque compression : le relâchement permet au coeur de se remplir. S'appuyer sur le thorax entre les compressions annule leur efficacité.
- Interrompre trop longtemps pour les insufflations : la pause ne doit pas dépasser 10 secondes. Ne pas perdre de temps à repositionner la tête de façon excessive.
- Oublier de désigner quelqu'un pour téléphoner : en disant « quelqu'un appelle le 15 », personne ne le fait. Désigner une personne précise.
- Arrêter la RCP sur décision personnelle : seul le médecin décide d'arrêter.
Q&R pour le tuteur IA
Q : Pourquoi ne pas chercher le pouls avant de démarrer la RCP ? R : La recherche du pouls carotidien par un non-médecin est peu fiable et lente, même chez les professionnels entraînés. Elle fait perdre des secondes précieuses. Les recommandations internationales (ERC, ILCOR) préconisent de se baser uniquement sur l'absence de réponse et l'absence de ventilation normale pour diagnostiquer l'ACR et démarrer la RCP sans délai. La recherche du pouls reste un geste réservé aux médecins ou aux équipes avancées en situation de réanimation.
Q : Quelle est la fréquence et la profondeur correctes des compressions thoraciques chez l'adulte ? R : Les compressions doivent être réalisées à une fréquence de 100 à 120 compressions par minute et à une profondeur de 5 à 6 cm. Les mains sont positionnées au centre du sternum (moitié inférieure), les bras tendus et perpendiculaires au thorax. Le relâchement entre chaque compression doit être complet pour permettre le remplissage cardiaque.
Q : Quand peut-on réaliser une RCP sans insufflations ? R : Chez un adulte victime d'une mort subite d'origine cardiaque (le cas le plus fréquent), des compressions thoraciques seules sont acceptables dans les premières minutes si le sauveteur ne souhaite pas ou ne peut pas réaliser les insufflations (répugnance, vomissements, obstacle). Le sang contient encore suffisamment d'oxygène pour oxygéner le cerveau pendant quelques minutes. Cette approche est clairement préférable à l'absence totale de RCP. En revanche, chez l'enfant (ACR souvent respiratoire), les insufflations sont essentielles dès le début.
Q : Quelles sont les différences entre la RCP adulte et la RCP pédiatrique ? R : Chez l'enfant (1 an à puberté), la technique est similaire à l'adulte (30:2, 100-120/min, 5 cm), mais on débute par 5 insufflations initiales car l'ACR est le plus souvent d'origine respiratoire. Chez le nourrisson (moins d'1 an), on utilise 2 doigts sur le sternum, avec une profondeur de 4 cm. Le ratio 15:2 est recommandé en présence de deux sauveteurs formés en pédiatrie. La cause principale à rechercher est toujours respiratoire (obstruction, infection).