IFSI Soins d'urgence (AFGSU)

Le chariot d'urgence

Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.3 « Pratiques et interventions infirmières » (soins d'urgence). Correspond à l'ex-UE 4.3 (référentiel 2009) et à l'AFGSU.

Pourquoi c'est central pour l'IDE : le chariot d'urgence est le premier dispositif matériel utilisé lors d'un arrêt cardiorespiratoire ou d'une détresse vitale en service ; connaître son contenu, sa vérification et sa traçabilité conditionne la rapidité et l'efficacité de la réanimation.

1. Rôle et principes généraux

Le chariot d'urgence (ou chariot de réanimation) est un dispositif standardisé, présent dans chaque unité de soins, permettant de disposer en un seul endroit de l'ensemble du matériel et des médicaments nécessaires à la prise en charge immédiate d'une détresse vitale.

1.1 Principes fondamentaux

PrincipeSignification pratique
Disponibilité immédiateLocalisé dans un endroit connu de toute l'équipe, accessible en moins d'une minute
Complétude garantieVérification régulière (généralement quotidienne, selon protocole de service)
OpérationnalitéMatériel fonctionnel, médicaments non périmés, batteries chargées
TraçabilitéToute vérification est tracée et signée sur une fiche dédiée
Remplacement immédiatAprès utilisation, le chariot doit être reconstitué immédiatement et signalé disponible

En pratique : dès la première journée dans un nouveau service, l'IDE doit localiser le chariot d'urgence et le DAE. C'est une priorité de sécurité non négociable.

2. Organisation et contenu du chariot

La composition exacte varie selon les établissements et les services (service adulte, pédiatrique, réanimation). Le contenu présenté ci-dessous est la référence habituelle en médecine-chirurgie adulte.

2.1 Matériel de voies aériennes et ventilation

MatérielRôle
Canules oro-pharyngées (Guedel) de tailles variéesMaintient la perméabilité des voies aériennes chez l'inconscient en repoussant la langue vers l'avant
Masques faciaux de différentes taillesInterface pour la ventilation au BAVU
BAVU (ballon auto-gonflable) avec valve et réservoirVentilation assistée manuelle en cas d'apnée ou de détresse sévère
Sondes d'intubation de différentes taillesIntubation orotrachéale par le médecin
Laryngoscope avec lames de différentes taillesVisualisation du larynx pour l'intubation
Mandrin (guide malléable)Facilite la mise en place de la sonde d'intubation
Seringue de 10 mL (pour gonfler le ballonnet)Gonfle le ballonnet de la sonde d'intubation
Sparadrap ou fixationFixation de la sonde d'intubation
Aspiration électrique ou à venturiAspiration des sécrétions, vomissements
Sondes d'aspirationInterface pour l'aspiration
Masques à haute concentrationOxygénothérapie d'urgence
Lunettes nasalesOxygénothérapie de confort ou BPCO
Débitmètre et tuyau O2Connexion à la source d'O2 murale ou en bouteille

2.2 Matériel de voie veineuse et remplissage

MatérielRôle
Cathéters veineux périphériques (plusieurs calibres)Voie d'abord veineux pour médicaments et perfusion
Seringues et aiguilles de différents calibresPréparation et injection des médicaments
Garrot veineuxFacilite le repérage des veines
Compresses, antiseptique, pansementsPréparation cutanée et sécurisation de la VVP
Tubulures de perfusionConnexion entre la poche et le patient
Robinets 3 voiesMulti-administrations simultanées
Désinfectant pour mains (SHA)Hygiène rapide avant le geste

2.3 Matériel de monitoring et surveillance

MatérielRôle
Électrodes et câbles ECGMonitoring cardiaque et réalisation d'un ECG 12 dérivations
Oxymètre de pouls (SpO2)Surveillance continue de la saturation
Brassard à tensionMesure de la pression artérielle
ThermomètreTempérature (urgence infectieuse, hypothermie)
Glucomètre (dextro)Glycémie capillaire en urgence
Plateau et matériel de prélèvementBilan sanguin d'urgence (NFS, bilan de coagulation, ionogramme, lactates, groupe sanguin)

2.4 Matériel de défibrillation

MatérielLocalisation
DAE ou défibrillateur semi-automatiqueChariot d'urgence ou à proximité immédiate
Électrodes de défibrillation adulte (et pédiatriques si service concerné)Dans le chariot
Rasoir jetablePour raser une pilosité thoracique
Compresses sèchesPour sécher le thorax avant défibrillation

2.5 Médicaments d'urgence (classes, noms et rôles, sans posologies)

IMPORTANT : aucune posologie n'est indiquée ci-dessous. Les doses sont prescrites par le médecin et adaptées à chaque patient.

Classe thérapeutiqueExemple(s) de médicament(s)Rôle principal en urgence
Vasoconstricteur / sympathomimétiqueAdrénaline (épinéphrine)ACR (tonus vasculaire et chronotropisme) ; choc anaphylactique
AntiarythmiqueAmiodaroneFibrillation ventriculaire ou TV résistante au choc
AtropiniqueAtropineBradycardie symptomatique (augmente la fréquence cardiaque)
Antihyperglycémiant / hypoglycémiantGlucosé à 30 %Hypoglycémie sévère
AnticonvulsivantDiazépam injectable ou midazolamÉtat de mal épileptique
CorticoïdeHydrocortisone hémisuccinateChoc anaphylactique (adjuvant), insuffisance surrénalienne
Antihistaminique H1DexchlorphéniramineRéaction allergique modérée (adjuvant choc anaphylactique)
BronchodilatateurSalbutamol nébulisé ou injectableBronchospasme sévère (asthme, anaphylaxie)
Diurétique de l'anseFurosémideOAP cardiogénique
Antidouleur opioïde d'urgenceMorphine injectableDouleur intense (infarctus, traumatisme)
Antiagrégant plaquettaireAspirine (si prescription)Syndrome coronarien aigu
Sérum physiologique (NaCl 0,9 %) et soluté de remplissageCristalloïdes (NaCl, Ringer lactate)Remplissage vasculaire
Eau pour préparation injectable (EPPI)Reconstitution des poudres injectables

Mnémo des médicaments clés : « A² C² D² » = Adrénaline, Atropine, Amiodarone, Anticonvulsivant, Corticoïde, Glucosé 30 % (médicaments prioritaires à localiser).

En pratique : l'IDE ne prépare ni n'administre aucun médicament du chariot d'urgence sans prescription médicale, sauf protocoles d'urgence écrits et validés par l'établissement (ex. : glucosé en hypoglycémie sévère, adrénaline en choc anaphylactique selon protocole).

2.6 Divers

MatérielUtilité
Planche à masserRigidité sous le patient pour les compressions thoraciques sur un lit ou un brancard
Ciseaux à bandagesDéshabillage rapide
Stylos et étiquettesAnnotation (heure de garrot, heure de pose de VVP, heure des médicaments)
Fiche de traçabilité du chariotDocument de vérification et d'enregistrement

3. Vérification du chariot d'urgence

3.1 Fréquence et protocole

  • La fréquence de vérification est définie par le protocole de service (habituellement quotidienne en unité de soins, après chaque utilisation).
  • La vérification est réalisée par l'IDE responsable selon un protocole écrit et formalisé.
  • Elle est tracée et signée sur la fiche de vérification (date, heure, initiales).

3.2 Éléments vérifiés

Point de vérificationCe qui est contrôlé
MédicamentsPrésence, date de péremption, intégrité des flacons et ampoules
MatérielPrésence, intégrité des emballages, fonctionnement (laryngoscope, BAVU, aspiration)
DAE / défibrillateurCharge de la batterie, présence des électrodes, date de péremption des électrodes, témoin de bon fonctionnement (voyant vert)
GlucomètreFonctionnement, bandelettes non périmées, pile
Câbles et connexionsIntégrité, connexion correcte au scope si présent
Fiche de traçabilitéRemplie, signée, datée

3.3 Après une utilisation

  1. Signaler immédiatement l'utilisation à la cadre de santé ou au responsable de service.
  2. Reconstituer le chariot dans les plus brefs délais (médicaments et matériels consommés remplacés).
  3. Recharger le défibrillateur si utilisé.
  4. Tracer l'utilisation dans le dossier du patient et sur la fiche du chariot.
  5. Vérification complète avant de remettre le chariot en service.

En pratique : un chariot d'urgence doit être reconstitué et disponible aussi rapidement que possible après utilisation. Signaler toute indisponibilité à l'équipe soignante.

4. Traçabilité et responsabilité infirmière

  • La traçabilité de la vérification du chariot est une obligation réglementaire et engage la responsabilité de l'IDE.
  • Toute anomalie (médicament périmé, matériel manquant, batterie déchargée) doit être signalée immédiatement et corrigée avant de remettre le chariot en service.
  • La check-list de vérification est conservée dans le dossier de service ou dans un classeur dédié.
  • En cas de contrôle qualité ou d'événement indésirable, la traçabilité permet de prouver que le chariot était conforme.

Vocabulaire essentiel

  • Chariot d'urgence : dispositif mobile regroupant le matériel et les médicaments nécessaires à la prise en charge d'une urgence vitale en service.
  • BAVU : ballon auto-gonflable avec valve unidirectionnelle pour la ventilation assistée manuelle.
  • Canule de Guedel : canule oro-pharyngée maintenant la perméabilité des voies aériennes chez l'inconscient.
  • Laryngoscope : instrument permettant la visualisation du larynx pour guider l'intubation.
  • Adrénaline (épinéphrine) : vasoconstricteur et inotrope positif, traitement de l'ACR et du choc anaphylactique.
  • Amiodarone : antiarythmique utilisé en cas de FV ou de TV réfractaire aux chocs.
  • Glucosé 30 % : soluté hypertonique pour le traitement de l'hypoglycémie sévère.
  • Planche à masser : support rigide placé sous le thorax pour rendre les compressions thoraciques efficaces sur un lit souple.
  • Check-list : fiche de vérification structurée permettant de s'assurer de la conformité du chariot.

Points clés à retenir

  1. Le chariot d'urgence doit être localisé, disponible et complet en permanence : c'est une priorité absolue de sécurité en service.
  2. La vérification est quotidienne et tracée sur la fiche dédiée (signature + date + heure).
  3. Médicaments clés à localiser en priorité : adrénaline, atropine, amiodarone, anticonvulsivant (diazépam ou midazolam), glucosé 30 %, corticoïde.
  4. Aucun médicament du chariot n'est administré sans prescription médicale (sauf protocoles d'urgence institutionnels validés).
  5. Après utilisation, le chariot est reconstitué immédiatement et la disponibilité est signalée à l'équipe.
  6. Toute anomalie détectée lors de la vérification est signalée immédiatement et corrigée avant remise en service.

Pièges fréquents

  1. Ne pas vérifier le chariot quotidiennement sous prétexte « qu'il n'a pas été utilisé » : les médicaments périment, les batteries se déchargent.
  2. Ne pas signer la fiche de traçabilité après vérification : en cas d'événement indésirable, l'absence de traçabilité est une faute.
  3. Prendre un médicament du chariot pour une utilisation courante (ex. : adrénaline pour une anesthésie dentaire de service) sans le remplacer immédiatement.
  4. Oublier de vérifier le DAE : un DAE avec batterie déchargée ou des électrodes périmées est inutilisable lors de l'ACR.
  5. Ne pas signaler l'utilisation du chariot à la cadre ou au responsable de service, laissant le chariot incomplet pour les collègues.
  6. Méconnaître la localisation du chariot dans le service dès le premier jour de stage ou de poste.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Pourquoi la vérification quotidienne du chariot d'urgence est-elle obligatoire et tracée ? R : Le chariot d'urgence doit être opérationnel à tout moment car une urgence vitale peut survenir sans préavis. Les médicaments ont des dates de péremption, les batteries du défibrillateur se déchargent, les électrodes vieillissent, et du matériel peut être emprunté sans être remplacé. La vérification quotidienne garantit la complétude et l'opérationnalité. La traçabilité engage la responsabilité professionnelle de l'IDE : en cas d'événement indésirable, la preuve que le chariot a été vérifié et était conforme protège le soignant et garantit la qualité de la prise en charge.

Q : Quelle est la différence entre adrénaline et atropine en contexte d'urgence ? R : L'adrénaline (épinéphrine) est un agoniste alpha et bêta-adrénergique. En urgence, elle est indiquée dans l'ACR (maintient la pression artérielle et améliore le débit coronaire) et dans le choc anaphylactique (vasoconstricteur, bronchodilatateur, inotrope). L'atropine est un anticholinergique (antagoniste muscarinique) qui bloque l'action du nerf vague sur le coeur. Elle est utilisée dans les bradycardies symptomatiques (coeur trop lent) pour accélérer la fréquence cardiaque. Ces deux médicaments ont des indications distinctes et ne sont jamais interchangeables.

Q : Que doit faire l'IDE après l'utilisation du chariot d'urgence ? R : Après utilisation, l'IDE doit : (1) signaler immédiatement l'utilisation à la cadre ou au responsable de service ; (2) reconstituer le chariot dans les plus brefs délais en remplaçant tous les médicaments et matériels consommés ; (3) recharger le défibrillateur s'il a été utilisé ; (4) réaliser une vérification complète avant de remettre le chariot en service ; (5) tracer l'utilisation dans le dossier du patient et sur la fiche du chariot. L'objectif est que le chariot soit de nouveau disponible et complet le plus rapidement possible.

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