IFSI Soins d'urgence (AFGSU)

Organisation des secours et alerte

Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.3 « Pratiques et interventions infirmières » (soins d'urgence). Correspond à l'ex-UE 4.3 (référentiel 2009) et à l'AFGSU.

Pourquoi c'est central pour l'IDE : alerter rapidement et efficacement les secours est le premier maillon de la chaîne de survie ; un message d'alerte incomplet ou un numéro d'urgence incorrect peut retarder les secours et engager la responsabilité de l'infirmier.

1. La chaîne de survie

La chaîne de survie est le concept fondateur des soins d'urgence. Elle décrit la suite d'actions interdépendantes dont chaque maillon conditionne l'efficacité du suivant. Une chaîne n'est solide que si aucun maillon ne manque.

1.1 Les quatre maillons classiques (adulte)

MaillonActionActeur principal
1. Alerte précoceReconnaître l'urgence et appeler les secoursTout témoin, y compris l'IDE
2. RCP précoceDémarrer les compressions thoraciques immédiatementTout témoin formé
3. Défibrillation précoceUtiliser le DAE le plus tôt possibleTout témoin (DAE public)
4. Prise en charge médicaliséeRéanimation avancée par les secours professionnelsSMUR, SAMU, pompiers

En pratique : chaque minute perdue sans RCP diminue les chances de survie d'environ 10 %. Chaque minute perdue sans défibrillation après un arrêt cardiaque par fibrillation ventriculaire diminue également les chances de survie de façon significative. La rapidité de l'alerte est donc décisive.

1.2 Extension de la chaîne (recommandations récentes)

Les sociétés savantes (ERC, ILCOR) ont élargi la chaîne à 5 ou 6 maillons pour intégrer la prévention (reconnaître les signes avant-coureurs) et les soins post-réanimation (soins intensifs). En IFSI, la chaîne à 4 maillons reste la référence de base.

2. Les numéros d'urgence à connaître absolument

NuméroServiceCompétence principale
15SAMU (Centre 15)Urgences médicales, régulation médicale
18Sapeurs-pompiersSecours à personnes, incendies
17Police / GendarmerieUrgences d'ordre public
15 et 18(double appel)Accidents graves, victimes multiples
112Numéro européen d'urgenceDepuis tout téléphone fixe ou mobile (fonctionne sans réseau de l'opérateur)
114Urgences pour les sourds et malentendantsPar SMS ou visiophonie
15 ou 116 117Permanence des soins en dehors des heures ouvrablesMédecin de garde

Mnémo : 15 = médical (SAMU), 18 = feu (pompiers), 112 = Europe partout. En cas de doute entre le 15 et le 18, appeler le 15 pour toute urgence médicale.

2.1 La régulation médicale (SAMU, Centre 15)

Le Centre 15 est le centre de régulation médicale. Lorsqu'on appelle le 15 :

  • Un assistant de régulation médicale (ARM) décroche et recueille les premières informations.
  • Il passe l'appel à un médecin régulateur qui évalue la situation à distance et décide de l'envoi ou non des secours.
  • Le médecin régulateur peut guider le premier témoin au téléphone (RCP guidée par téléphone).

En pratique : ne jamais raccrocher avant que le médecin régulateur ou l'ARM n'y autorise. Rester sur place pour guider les secours à leur arrivée si possible.

3. Le message d'alerte

Un message d'alerte efficace doit être bref, précis et structuré. La séquence recommandée peut être mémorisée sous l'acronyme QUOI / OÙ / QUI / COMBIEN / ÉTAT.

3.1 Structure du message d'alerte

InformationContenu à transmettre
Qui appelleNom, qualité (infirmier, passant, etc.), numéro de rappel
Adresse exacte (rue, numéro, étage), point de repère, commune
QuoiNature de l'urgence (malaise, accident, incendie, etc.)
CombienNombre de victimes
État des victimesConscient/inconscient, respiration, saignement abondant, etc.
Ce qui a déjà été faitRCP en cours, garrot posé, position de la victime

Mnémo : « Je suis [qui] au [où], il y a [quoi], [combien] victime(s), [état], j'ai déjà [fait quoi] ».

En pratique : en milieu hospitalier, l'appel interne vers le médecin ou l'équipe d'urgence suit la même logique structurée. En établissement de soins, connaître le numéro interne de l'équipe de réanimation (« code bleu » ou équivalent) est une priorité à l'arrivée dans le service.

3.2 Ce qu'il ne faut pas faire lors de l'alerte

  • Ne pas paniquer ni parler trop vite.
  • Ne pas raccrocher en premier sans autorisation du régulateur.
  • Ne pas envoyer uniquement un SMS (appel vocal obligatoire pour le 15 et le 18 sauf numéro 114).
  • Ne pas oublier de donner un numéro de rappel.

4. L'AFGSU et le rôle de l'IDE dans l'organisation des secours

4.1 L'AFGSU (Attestation de Formation aux Gestes et Soins d'Urgence)

L'AFGSU est une formation obligatoire pour tous les professionnels de santé, instaurée par décret. Elle existe en deux niveaux :

NiveauPublicContenu principal
AFGSU 1Tout professionnel de santéGestes de premiers secours, reconnaissance de l'urgence, alerte, RCP de base, DAE
AFGSU 2Infirmiers, médecins, sages-femmes, etc.Tout le niveau 1 + urgences médicales (détresse vitale, gestes IDE en équipe soignante)

L'AFGSU est délivrée par un organisme de formation habilité par l'ARS et doit être renouvelée tous les 4 ans.

En pratique : en tant qu'IDE, l'AFGSU 2 est obligatoire et figure dans le référentiel de formation. Vérifier la date de renouvellement dès l'entrée en poste.

4.2 Le rôle de l'IDE dans la gestion de l'urgence

PhaseRôle de l'IDE
ReconnaissanceIdentifier les signes de détresse, évaluer rapidement la situation
AlerteDéclencher l'alerte (15, équipe interne, médecin) et donner un message structuré
Premiers gestesMettre en sécurité, réaliser la RCP si nécessaire, utiliser le DAE
Accueil des secoursGuider les secours, présenter un bilan verbal précis
TransmissionsAssurer la continuité des soins par des transmissions orales et écrites

En pratique : en France, l'IDE peut initier la RCP et utiliser le DAE sans prescription médicale. C'est un acte relevant de l'urgence vitale, encadré par le code de la santé publique.

5. Organisation en établissement de soins

5.1 Les dispositifs internes

  • Numéro de code interne (ex. : « code 15 », « code bleu ») : à connaître impérativement dès le 1er jour de stage ou de poste.
  • Chariot d'urgence : localisé dans chaque unité de soins, vérifié selon un protocole écrit (voir la fiche « Le chariot d'urgence »).
  • Plan Blanc : dispositif permettant à un établissement de santé de mobiliser ses ressources internes en cas d'afflux massif de victimes ou d'événement exceptionnel.

5.2 La coordination de crise

En situation d'urgence collective (afflux de victimes, catastrophe), le SAMU coordonne la chaîne médicale de secours. L'IDE doit :

  • Connaître le rôle de son établissement dans le plan ORSAN (Organisation de la Réponse du Système de Santé en situations sanitaires exceptionnelles).
  • Rester à son poste et attendre les consignes de la cellule de crise.
  • Ne pas encombrer les lignes téléphoniques d'urgence avec des appels inutiles.

Vocabulaire essentiel

  • AFGSU : attestation de formation aux gestes et soins d'urgence (2 niveaux, renouvelable tous les 4 ans).
  • Chaîne de survie : succession de quatre maillons (alerte, RCP, DAE, prise en charge médicalisée) dont chacun conditionne le suivant.
  • SAMU : service d'aide médicale urgente, coordonne la régulation médicale via le Centre 15.
  • ARM : assistant de régulation médicale, premier interlocuteur lors d'un appel au 15.
  • Médecin régulateur : médecin qui évalue à distance et décide de l'envoi des secours.
  • 112 : numéro européen d'urgence, fonctionne sans crédit téléphonique depuis tout pays de l'UE.
  • Code bleu : appel d'urgence interne en établissement de santé (terminologie variable selon l'établissement).
  • Plan Blanc : plan d'organisation des soins en cas d'afflux exceptionnel de victimes.
  • ORSAN : organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles.

Points clés à retenir

  1. La chaîne de survie compte 4 maillons : alerte précoce, RCP précoce, défibrillation précoce, prise en charge médicalisée. Chaque minute perdue aggrave le pronostic.
  2. 15 (SAMU) pour toute urgence médicale, 18 (pompiers) pour tout secours à personne, 112 en Europe depuis n'importe quel téléphone.
  3. Un message d'alerte structuré comprend : qui appelle, où, quoi, combien de victimes, leur état et les gestes déjà réalisés.
  4. Ne jamais raccrocher avant que le régulateur ou l'ARM n'y autorise.
  5. L'AFGSU 2 est obligatoire pour l'IDE et se renouvelle tous les 4 ans.
  6. En établissement, connaître le numéro de code interne et la localisation du chariot d'urgence dès le premier jour est une priorité absolue de sécurité.

Pièges fréquents

  1. Confondre le 15 et le 18 : le 15 est médicalisé (régulation), le 18 est opérationnel (intervention). En cas d'urgence médicale, c'est le 15 en premier lieu. En cas d'accident avec incendie ou piégeage, appeler aussi le 18.
  2. Oublier le numéro de rappel : le régulateur doit pouvoir vous recontacter si la communication est coupée.
  3. Raccrocher trop tôt : le médecin régulateur peut guider les gestes en temps réel.
  4. Confondre AFGSU 1 et AFGSU 2 : l'IDE doit impérativement l'AFGSU 2, pas seulement le niveau 1.
  5. Méconnaître le numéro interne d'urgence de l'établissement : c'est la première erreur qui coûte du temps lors d'un arrêt cardiaque en service.
  6. Croire que le 112 ne fonctionne pas en France : si, il redirige vers le service approprié (15 ou 18).

Q&R pour le tuteur IA

Q : Quelle est la différence entre le 15, le 18 et le 112 ? R : Le 15 est le numéro du SAMU, service médical de régulation : un médecin évalue la situation et décide de l'envoi des secours. Le 18 est celui des sapeurs-pompiers, qui interviennent concrètement sur le terrain (secours à personnes, incendies). Le 112 est le numéro européen d'urgence, accessible depuis tout téléphone sans crédit et depuis n'importe quel pays de l'Union européenne ; en France, il redirige vers le 15 ou le 18 selon la situation. Pour une urgence médicale, l'appel prioritaire est le 15.

Q : Quels éléments doit contenir un message d'alerte ? R : Un message d'alerte doit préciser : (1) qui appelle et son numéro de rappel, (2) se trouve la victime (adresse exacte, repères), (3) quoi s'est passé (nature de l'urgence), (4) combien de victimes, (5) l'état de la ou des victimes (conscient, respiration, saignement), et (6) ce qui a déjà été fait (RCP, mise en PLS, etc.). On ne raccroche pas avant l'accord du régulateur.

Q : Qu'est-ce que l'AFGSU et pourquoi est-elle obligatoire pour l'IDE ? R : L'AFGSU (Attestation de Formation aux Gestes et Soins d'Urgence) est une formation réglementaire obligatoire pour tous les professionnels de santé. Le niveau 2, destiné aux infirmiers, couvre la reconnaissance des détresses vitales, la RCP adulte et pédiatrique, l'utilisation du DAE et les gestes infirmiers en équipe soignante. Elle garantit que tout IDE est en mesure d'initier les premiers gestes de survie sans attendre le médecin, ce qui est essentiel dans les premières minutes d'une urgence. Elle se renouvelle tous les 4 ans.

Q : Que faire si l'on ne connaît pas l'adresse exacte lors d'un appel d'urgence ? R : Décrire les points de repère visibles (enseigne, monument, intersection, numéro de parcelle), indiquer la commune et rester visible pour guider les secours à leur arrivée. En intérieur, préciser le bâtiment, l'étage et le numéro de chambre ou de bureau. Si on est en voiture, relever le nom de la route et les bornes kilométriques. Le régulateur peut aussi utiliser la géolocalisation du téléphone sur accord du correspondant.

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