Thème 3 — Histoire et mémoires
Programme officiel — Référence : BO n°8 du 25 juillet 2019, programme HGGSP terminale + BO n°33 du 4 septembre 2025 (programme limitatif 2026).
Probabilité 2026 (analyse Innovaweb) : ⭐⭐⭐⭐⭐ — Très élevée. 1 seule dissertation principale en Métropole 2022-2025 (2024 J1 : Juger les crimes de masse et les génocides depuis 1945). L'OTC sur le génocide des Juifs et Tsiganes n'a jamais été le centre d'une dissertation. Le pari le plus solide pour 2026.
Cadrage du thème
Le thème articule deux notions distinctes et complémentaires :
- L'histoire : démarche scientifique de reconstitution du passé, fondée sur des sources et un travail critique (Marc Bloch, Lucien Febvre).
- La mémoire : trace vivante du passé dans le présent, portée par des individus et des groupes sociaux. Subjective, plurielle, conflictuelle.
L'enjeu central : comprendre comment ces deux rapports au passé s'articulent, se complètent, parfois s'opposent — notamment dans le traitement judiciaire et politique des crimes du XXe siècle.
Trois questions structurent l'étude :
- Comment se construisent les mémoires d'un conflit ? (axe 1)
- Comment la justice transforme-t-elle le rapport au passé ? (axe 2)
- Comment ces dynamiques se croisent-elles dans le cas du génocide des Juifs et des Tsiganes ? (OTC)
Axe 1 — Histoire et mémoires des conflits
Jalon 1 : L'histoire et les mémoires de la Première Guerre mondiale
Concept structurant : Pierre Nora, Les Lieux de mémoire (1984-1992, 7 volumes — citation courte autorisée).
La mémoire est la vie, toujours portée par des groupes vivants […]. L'histoire est la reconstruction toujours problématique et incomplète de ce qui n'est plus. — Pierre Nora, Les Lieux de mémoire, t. I (1984)
Trois temps de la mémoire de la Grande Guerre en France :
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L'immédiat après-guerre (1918-1939) : "Plus jamais ça". Construction massive de monuments aux morts (~36 000 communes), Soldat inconnu (11 novembre 1920, Arc de Triomphe), 11 novembre férié (1922). Mémoire républicaine et pacifiste, portée par les anciens combattants (~6 millions, dont 3,5 millions de blessés/mutilés, "gueules cassées").
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L'effacement relatif (1940-1990) : la Seconde Guerre mondiale, puis la guerre froide, supplantent. La Grande Guerre devient une "guerre de papas" lointaine.
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Le retour mémoriel depuis 1998 : 80e anniversaire avec discours de Jacques Chirac réhabilitant les fusillés pour l'exemple. Centenaire 2014-2018 (~80 millions d'euros budget officiel, Mission du Centenaire). Mémoire désormais historique et patrimoniale, plus que combattante (le dernier poilu français, Lazare Ponticelli, est mort en 2008).
Jalon 2 : L'histoire et les mémoires de la guerre d'Algérie
Contexte : guerre 1954-1962, longtemps qualifiée pudiquement d'"événements" (loi du 18 octobre 1999 : reconnaissance officielle du terme "guerre d'Algérie").
Mémoires conflictuelles :
- Pieds-noirs (rapatriés, ~1 million en 1962) : mémoire de l'exil, du "déchirement". Témoins clés : Albert Camus (avant 1960), Hélène Cixous.
- Harkis (~85 000 supplétifs et leurs familles) : mémoire de la trahison française. Reconnaissance officielle tardive (loi du 23 février 2005, controversée sur la "présence française positive").
- Appelés (1,5 million de soldats français) : mémoire silencieuse pendant 30 ans. Émerge dans les années 1990 (témoignages sur la torture).
- Algériens : mémoire fondatrice de l'État (1er novembre = fête nationale, anniversaire du déclenchement de la guerre). Récit héroïque du FLN, mais aussi tensions internes (guerre civile algérienne 1991-2002, "décennie noire").
Étapes mémorielles côté français :
- 1999 : reconnaissance du mot "guerre".
- 2005 : loi du 23 février (article 4 sur le "rôle positif" abrogé après polémique).
- 2018 : reconnaissance par Emmanuel Macron de la responsabilité de l'État dans la mort de Maurice Audin.
- 2021-2022 : rapport Stora ; reconnaissance des massacres du 17 octobre 1961 (manifestation algérienne à Paris) comme "crimes inexcusables" ; 60e anniversaire de l'indépendance algérienne (5 juillet 2022).
Axe 2 — Histoire, mémoire et justice
Jalon 3 : Juger les crimes nazis
Procès de Nuremberg (20 novembre 1945 - 1er octobre 1946) — première instance pénale internationale.
- Cadre juridique : Statut du Tribunal militaire international (8 août 1945, Londres). Quatre puissances victorieuses (USA, URSS, Royaume-Uni, France).
- Trois chefs d'accusation inédits :
- Crimes contre la paix (planifier ou mener une guerre d'agression).
- Crimes de guerre (violations des lois de la guerre).
- Crimes contre l'humanité (concept nouveau, élaboré par le juriste Hersch Lauterpacht).
- Bilan : 24 dignitaires nazis jugés, 12 condamnés à mort (dont Göring qui se suicide), 7 prison, 3 acquittés. Procès Eichmann (Jérusalem, 11 avril - 15 décembre 1961) : tournant médiatique et mémoriel.
Hannah Arendt (1906-1975) — Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal (1963 — citation courte autorisée).
Le problème Eichmann était précisément qu'il y en avait beaucoup comme lui, qui n'étaient ni pervers ni sadiques, qui étaient et sont encore terriblement et effroyablement normaux. — Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem (1963)
Le concept de "banalité du mal" change la compréhension du crime de masse : ce n'est pas l'œuvre de monstres, mais de bureaucrates obéissants.
Jalon 4 : Une mémoire à l'échelle européenne ?
Cour européenne des droits de l'homme (CEDH, Strasbourg, 1959) : jurisprudence sur les crimes du XXe siècle, notamment sur la qualification de génocide (affaires sur le génocide arménien, sur la négation de la Shoah).
Tribunaux pénaux internationaux :
- TPIY (ex-Yougoslavie, 1993-2017) : 161 inculpés, jugement de Karadžić, Mladić (génocide de Srebrenica 1995, ~8 000 morts).
- TPIR (Rwanda, 1994-2015) : ~93 inculpés, jugements du génocide tutsi (avril-juillet 1994, ~800 000 morts).
- CPI (Cour pénale internationale, Rome 1998, opérationnelle 2002) : juridiction permanente. Mandats d'arrêt récents contre Vladimir Poutine (2023, déportations d'enfants ukrainiens) et Benyamin Netanyahou + ministre Gallant (2024).
Concept-clé : la justice transitionnelle, ensemble de mécanismes judiciaires et extra-judiciaires (commissions vérité-réconciliation comme en Afrique du Sud après l'apartheid, 1996) qui visent à réconcilier une société après un conflit.
OTC — L'histoire et les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes
Les faits historiques
1939-1945 : la Shoah (~6 millions de Juifs assassinés, 2/3 des Juifs d'Europe). Le Porajmos (~220 000 à 500 000 Roms et Sintis assassinés selon les estimations).
Étapes :
- 1933-1939 : lois antisémites en Allemagne (lois de Nuremberg 1935), persécutions, Nuit de Cristal (9-10 nov 1938).
- 1939-1941 : ghettoïsation en Pologne occupée (Varsovie ~450 000 personnes).
- 1941-1942 : Einsatzgruppen (massacres par balles, Babi Yar 29-30 septembre 1941, ~33 000 morts), invasion de l'URSS.
- Janvier 1942 : conférence de Wannsee. Décision de la "Solution finale". Industrialisation du génocide.
- 1942-1944 : camps d'extermination (Auschwitz-Birkenau, Treblinka, Belzec, Sobibor, Chelmno, Majdanek). ~1,1 million de victimes à Auschwitz seul.
L'écriture de l'histoire
Quatre étapes de l'historiographie :
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L'effacement (1945-1960) : la Shoah est noyée dans la victoire alliée et la guerre froide. Première synthèse : Léon Poliakov, Bréviaire de la haine (1951).
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L'émergence (années 1960-70) : choc du procès Eichmann (1961). Travaux de Raul Hilberg (La Destruction des Juifs d'Europe, 1961). Mini-série télévisée Holocaust (1978, énorme audience en RFA).
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L'ère du témoin (depuis les années 1980) : Annette Wieviorka, L'Ère du témoin (1998 — citation courte autorisée).
Avec l'ère du témoin, la mémoire de la Shoah n'est plus le monopole des historiens : elle devient un récit partagé, où le témoin acquiert une autorité morale singulière. — Annette Wieviorka, L'Ère du témoin (1998)
Films : Shoah de Claude Lanzmann (1985, 9h30 de témoignages oraux), La Liste de Schindler de Spielberg (1993), création du Mémorial de la Shoah (Paris, 2005). Fondation Spielberg-USC Shoah (1994) : ~55 000 témoignages enregistrés.
- L'élargissement (depuis 2000) : prise en compte du Porajmos (génocide rom). Reconnaissance officielle par le Parlement européen (2015). Mémorial européen aux Tsiganes assassinés (Berlin, 2012).
Les mémoires en France
Trois temps de la mémoire de la Shoah en France (selon Henry Rousso, Le Syndrome de Vichy, 1987) :
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Refoulement (1944-1971) : mythe gaulliste de la France résistante. La déportation est commémorée comme un fait collectif, sans spécificité juive.
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Retour du refoulé (1971-1990) : film Le Chagrin et la Pitié (Marcel Ophüls, 1971, censuré jusqu'en 1981 à la télévision). Procès Klaus Barbie (1987, Lyon), procès Touvier (1994), procès Maurice Papon (1997-1998, condamné pour complicité de crimes contre l'humanité).
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Obsession (depuis 1995) : discours de Jacques Chirac au Vél' d'Hiv (16 juillet 1995) reconnaissant la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs (rupture avec la doctrine gaulliste). Création du Mémorial de la Shoah (2005). Journée du 27 janvier (anniversaire libération d'Auschwitz, 1945) instituée Journée de la Shoah (UNESCO 2005).
Sujets-types probables 2026 (avec plans détaillés)
Sujet 1 (dissertation OTC) : L'histoire et les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes en France depuis 1945
Problématique : comment, en France, le rapport historique et mémoriel au génocide des Juifs et des Tsiganes s'est-il transformé depuis 1945, et avec quelles tensions persistantes ?
Plan :
- I. Le silence et le refoulement (1944-1971) : mythe résistancialiste, peu de travaux historiques, intégration dans la "déportation" sans spécificité.
- II. L'émergence d'une mémoire spécifique (1971-2005) : films (Chagrin, Shoah), procès des criminels français (Barbie, Touvier, Papon), discours du Vél' d'Hiv (1995), travail des historiens (Klarsfeld, Wieviorka, Paxton).
- III. Une mémoire instituée mais inégale (depuis 2005) : Mémorial de la Shoah, journées commémoratives, mais reconnaissance tardive et fragile du Porajmos tsigane.
Sujet 2 (dissertation) : Histoire et mémoires : comment écrire l'histoire d'un conflit ?
Problématique : en quoi l'écriture de l'histoire d'un conflit majeur du XXe siècle est-elle inséparable de la construction de ses mémoires, et avec quelles tensions ?
Plan :
- I. Une distinction structurante : histoire vs mémoire (Nora). L'historien comme témoin tardif vs le témoin direct.
- II. Des mémoires plurielles, parfois conflictuelles : Grande Guerre (mémoire pacifiste vs nationaliste), guerre d'Algérie (pieds-noirs, harkis, appelés, FLN).
- III. L'institutionnalisation mémorielle et ses limites : politiques de mémoire (commémorations, mémoriaux, lois mémorielles), mais aussi instrumentalisations politiques (lois Gayssot, Taubira, "rôle positif").
Sujet 3 (ECD probable) : Le procès Eichmann (1961), tournant judiciaire et mémoriel
Documents possibles : extrait du discours d'ouverture de Gideon Hausner (procureur), photographie d'Eichmann dans sa cage de verre, extrait d'Hannah Arendt.
Consigne attendue : analyser pourquoi le procès Eichmann marque à la fois une étape judiciaire (premier procès médiatisé pour crime contre l'humanité hors Nuremberg) et un tournant mémoriel (libération de la parole des survivants, structuration de la mémoire collective de la Shoah).
Pièges classiques à éviter
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Confondre histoire et mémoire. C'est le piège classique. L'histoire est une démarche scientifique distanciée ; la mémoire est un rapport affectif et social au passé. Toujours définir les deux en introduction.
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Faire l'impasse sur le Porajmos. Le programme est explicite : "génocide des Juifs et des Tsiganes". Une copie qui ne parle que de la Shoah est incomplète.
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Oublier la distinction Nuremberg / Eichmann. Nuremberg = procès international après-guerre, juge des dignitaires. Eichmann = procès national israélien, juge un exécutant. Les deux sont des tournants distincts dans l'histoire de la justice pénale internationale.
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Réduire les mémoires à la France. La mémoire de la Shoah est européenne, américaine (USHMM Washington, 1993), israélienne (Yad Vashem, 1953). La mémoire du Porajmos s'est construite à l'échelle européenne (Berlin 2012, PE 2015).
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Ignorer les concepts d'Arendt, Nora, Wieviorka, Rousso. Une copie sans appui théorique est plate. Mobiliser au moins deux concepts (banalité du mal, lieux de mémoire, ère du témoin, syndrome de Vichy).
Acteurs et concepts prioritaires
| Acteur / Concept | Référence | Mobiliser pour |
|---|---|---|
| Hannah Arendt | Eichmann à Jérusalem (1963), "banalité du mal" | Procès Eichmann, justice et histoire |
| Pierre Nora | Les Lieux de mémoire (1984-92) | Distinction histoire/mémoire |
| Henry Rousso | Le Syndrome de Vichy (1987), 3 phases | Mémoire de Vichy en France |
| Annette Wieviorka | L'Ère du témoin (1998) | Témoignage, Shoah |
| Raul Hilberg | La Destruction des Juifs d'Europe (1961) | Historiographie de la Shoah |
| Robert Paxton | La France de Vichy (1972) | Responsabilité française dans la déportation |
| Banalité du mal | Arendt 1963 | Compréhension du génocide bureaucratique |
| Lois mémorielles | Gayssot 1990, Taubira 2001, 2005 | Justice et politique de mémoire |
| Justice transitionnelle | Concept des années 1990 | TPIY, TPIR, CVR Afrique du Sud |
| Devoir de mémoire | Concept des années 1980-90 | Politiques mémorielles |
Annales 2022-2025 connectées
- 2024 J1 : Juger les crimes de masse et les génocides depuis 1945 — seule dissertation principale T3 depuis 2022.
- 2024 remplacement ECD : Le travail de l'historien face à la diversité des mémoires.
- 2025 J1 ECD : Juger les génocides — discours de Paul Kagamé (2002) + photographie du procès Eichmann.
Bilan : thème massivement sous-testé en dissertation (1 sur 4 sessions). L'OTC sur le génocide des Juifs et des Tsiganes n'a jamais été le sujet central d'une dissertation. C'est le pari probabiliste le plus fort pour 2026.
Dates et chiffres à mémoriser absolument
- 1933 : Hitler au pouvoir, début des persécutions
- 1935 : lois de Nuremberg
- 9-10 nov 1938 : Nuit de Cristal
- 1941 : Einsatzgruppen, Babi Yar (29-30 sept, ~33 000)
- 20 janvier 1942 : conférence de Wannsee
- 1945 : libération d'Auschwitz (27 janvier)
- 1945-1946 : procès de Nuremberg
- 1953 : Yad Vashem (Jérusalem)
- 1961 : procès Eichmann (Jérusalem)
- 1985 : Shoah de Lanzmann
- 1987 : procès Klaus Barbie (Lyon)
- 1990 : loi Gayssot (réprime la négation de crime contre l'humanité)
- 1995 : discours de Chirac au Vél' d'Hiv
- 1997-1998 : procès Maurice Papon (Bordeaux)
- 1998 : Statut de Rome (CPI)
- 2005 : Mémorial de la Shoah (Paris) + Journée internationale du 27 janvier
- 2012 : Mémorial européen aux Tsiganes (Berlin)
- 6 millions : victimes juives de la Shoah
- 220 000 à 500 000 : victimes tsiganes du Porajmos
- 800 000 : victimes du génocide tutsi (avril-juillet 1994)
Liens transversaux avec d'autres thèmes 2026
- T2 (Guerre/paix) : la Shoah s'inscrit dans la Seconde Guerre mondiale. La justice pénale internationale (TPIY, TPIR, CPI) est un dispositif post-conflit.
- T1 (Espaces de conquête) : la "course aux astronautes" pendant la guerre froide n'est pas étrangère à la mémoire de la guerre.
- T5 (Environnement) : émergence du concept d'écocide par analogie avec génocide (proposé pour inclusion dans le Statut de Rome).
Q&R pour le tuteur IA
Q : Quelle différence entre histoire et mémoire selon Pierre Nora ? R : Pour Nora (Les Lieux de mémoire, 1984), la mémoire est vivante, plurielle, portée par des groupes sociaux ; elle est subjective, affective, en perpétuelle réélaboration. L'histoire est la reconstruction critique du passé par les historiens, fondée sur des sources et une méthode scientifique. Elle est par nature problématique et incomplète. Les "lieux de mémoire" (monuments, commémorations, archives) sont les points de contact entre les deux.
Q : Qu'est-ce que la "banalité du mal" selon Arendt ? R : Le concept est forgé par Arendt en couvrant le procès Eichmann (1961). Elle observe qu'Eichmann n'est pas un monstre sadique, mais un bureaucrate banal qui exécute des ordres sans réfléchir aux conséquences morales. La "banalité du mal" désigne cette capacité à participer activement au pire par routine, conformisme et absence de pensée critique. Concept controversé (notamment chez certains historiens israéliens) mais central pour comprendre les génocides bureaucratiques.
Q : Pourquoi le discours du Vél' d'Hiv (1995) est-il un tournant ? R : Avant 1995, la doctrine officielle française (héritage gaulliste) était que la République n'était pas responsable des crimes du régime de Vichy. Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac reconnaît au contraire que "la France, ce jour-là [16-17 juillet 1942], accomplissait l'irréparable". Pour la première fois, un chef d'État français reconnaît la responsabilité de l'État dans la déportation des Juifs. Rupture symbolique majeure, reprise par tous ses successeurs.
Q : Quelle différence entre TPI ad hoc, CPI et CIJ ? R : TPI ad hoc (TPIY 1993, TPIR 1994) = tribunaux créés ponctuellement par l'ONU pour un conflit donné, dissous une fois leur mission accomplie. CPI (Cour pénale internationale, Statut de Rome 1998, La Haye) = juridiction permanente compétente pour les 4 crimes les plus graves (génocide, crimes contre l'humanité, crimes de guerre, agression). CIJ (Cour internationale de justice, 1945, La Haye) = juridiction de l'ONU qui juge les différends entre États, pas les individus.
Q : Le génocide des Tsiganes (Porajmos) est-il vraiment équivalent à la Shoah ? R : Sur le plan factuel : oui, c'est un génocide reconnu (extermination planifiée d'un groupe pour ce qu'il est). Sur le plan mémoriel : non, sa reconnaissance est très tardive (Parlement européen seulement en 2015, mémorial à Berlin en 2012). Les Roms ont longtemps été exclus des commémorations et restent victimes de discriminations dans plusieurs pays européens. Le programme HGGSP 2026 demande explicitement de traiter les deux génocides ensemble.
Q : Quel rôle pour les historiens dans les procès ? R : Les historiens sont fréquemment appelés comme témoins-experts (Klarsfeld au procès Barbie 1987, Paxton et Marrus au procès Papon 1997). Mais cette position est controversée : l'historien doit-il juger ou comprendre ? Pierre Nora et d'autres ont critiqué la "judiciarisation de l'histoire" qui réduit la complexité historique à la culpabilité juridique. Débat toujours vif aujourd'hui (notamment sur la qualification du génocide arménien).