Les soins de support et la douleur cancéreuse
À retenir
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (processus pathologiques). Correspond à l'ex-UE 2.9 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : les soins de support constituent un champ de responsabilité infirmière majeur en oncologie ; évaluer la douleur, prévenir la dénutrition, gérer la fatigue et coordonner les acteurs du soutien font partie du cœur du rôle IDE auprès du patient cancéreux.
01Définition et périmètre des soins de support
Les soins de support (ou soins oncologiques de support) désignent l'ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades tout au long de la maladie cancéreuse, en parallèle des traitements spécifiques (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, thérapies ciblées, immunothérapie).
Ils ne se limitent pas à la fin de vie : ils débutent dès l'annonce du diagnostic et accompagnent le patient à chaque étape de sa trajectoire.
Domaines des soins de support :
- Prise en charge de la douleur.
- Soutien nutritionnel.
- Prise en charge de la fatigue.
- Soutien psychologique et psychiatrique.
- Accompagnement social (assistante sociale, maintien des droits).
- Kinésithérapie et activité physique adaptée (APA).
- Soins palliatifs (intégrés dès que nécessaire, pas uniquement en fin de vie).
- Soins de la bouche et de la peau.
- Prise en charge des nausées-vomissements.
- Soins de fertilité et de sexualité.
- Réinsertion professionnelle et sociale.
À retenir
En pratique : la mise en place des soins de support en parallèle des traitements anticancéreux a démontré une amélioration de la qualité de vie, une meilleure tolérance des traitements et même, dans certaines études, un allongement de la survie. L'IDE coordonne ces soins et oriente vers les différents professionnels.
02La douleur cancéreuse
2.1 Mécanismes de la douleur cancéreuse
La douleur en cancérologie est souvent mixte : plusieurs mécanismes peuvent coexister chez le même patient.
| Type de douleur | Mécanisme | Caractéristiques cliniques |
|---|---|---|
| Nociceptive (par excès de nociception) | Stimulation directe des nocicepteurs par la tumeur (compression, envahissement osseux) | Douleur continue, localisée, aggravée par les mouvements |
| Neuropathique | Lésion ou compression d'un nerf par la tumeur ou séquelle de traitement (chirurgie, chimio, radio) | Brûlures, décharges électriques, allodynie (douleur au contact), fourmillements |
| Psychogène/mixte | Composante psychologique, anxiété, dépression amplifiant la douleur | Retentissement émotionnel majeur, mauvaise réponse aux antalgiques classiques seuls |
Douleurs aiguës particulières :
- Douleurs de fond : persistantes, continues.
- Accès douloureux paroxystiques (ADP) : pics douloureux intenses, souvent brefs, survenant spontanément ou lors de mobilisations.
À retenir
En pratique : les ADP (anciennement appelés « pics douloureux ») sont très fréquents en cancérologie. Ils nécessitent un traitement de secours rapide (antalgique à action courte), prévu par le médecin, et dont l'IDE doit connaître la prescription et les modalités d'administration.
2.2 Évaluation de la douleur
L'évaluation est un préalable indispensable à tout traitement et à tout ajustement. L'IDE évalue :
- L'intensité : échelle numérique (EN 0-10), échelle visuelle analogique (EVA), échelle verbale simple (EVS) pour les patients pouvant s'auto-évaluer. Échelles comportementales (DOLOPLUS, ALGOPLUS) pour les patients non communicants.
- Le type (nociceptive, neuropathique) : le DN4 (questionnaire Douleur Neuropathique en 4 questions) aide à identifier la composante neuropathique.
- Le retentissement sur le sommeil, les activités, l'humeur, la qualité de vie.
- L'efficacité et les effets secondaires des traitements antalgiques en cours.
- Les accès douloureux paroxystiques : fréquence, déclencheurs, intensité, durée.
À retenir
En pratique : l'évaluation de la douleur est une évaluation infirmière à part entière, à tracer dans le dossier de soin à intervalles réguliers. Une douleur mal évaluée est une douleur mal traitée.
2.3 Les paliers de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé)
L'OMS a défini une stratégie d'escalade analgésique en trois paliers, applicable à la douleur cancéreuse. C'est le médecin qui prescrit ; l'IDE administre, surveille et alerte.
| Palier | Niveau de douleur | Classe d'antalgiques | Principes |
|---|---|---|---|
| Palier I | Légère (EN 1-3) | Antalgiques non opioïdes | Paracétamol, anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) si pas de contre-indication |
| Palier II | Modérée (EN 4-6) | Opioïdes faibles | Tramadol, codéine (associations codéine-paracétamol) |
| Palier III | Intense à sévère (EN 7-10) | Opioïdes forts | Morphine (référence), oxycodone, fentanyl, hydromorphone |
Principes de l'OMS pour la prise en charge analgésique :
- Par la bouche : privilégier la voie orale quand c'est possible.
- En suivant l'horloge : administrer à heures fixes, sans attendre que la douleur soit intense.
- Par l'échelle : adapter le palier à l'intensité de la douleur.
- Pour l'individu : adapter la dose à chaque patient (la dose efficace est la dose qui soulage sans effets indésirables inacceptables).
- Avec attention aux détails : prévenir et traiter les effets secondaires des antalgiques.
À retenir
Mnémo : BSPIA : Bouche, Selon l'horloge, Palier, Individu, Attention (aux effets secondaires).
2.4 Rôle infirmier dans la prise en charge des opioïdes forts
L'administration des opioïdes forts est un acte sur prescription médicale. L'IDE :
- Vérifie la prescription (identité, médicament, dose, voie, rythme).
- Administre selon la voie prescrite (orale, IV, sous-cutanée, transdermique, PCA) et à l'heure prévue.
- Évalue l'efficacité (niveau de douleur après administration).
- Surveille les effets indésirables des opioïdes :
| Effet indésirable | Surveillance | Conduite |
|---|---|---|
| Sédation excessive/somnolence | Score de sédation (Ramsay modifié), fréquence respiratoire | Alerter si sédation profonde ou fréquence respiratoire basse |
| Dépression respiratoire | Fréquence respiratoire, saturation en oxygène | Urgence : arrêt de l'opioïde, naloxone selon prescription médicale |
| Nausées-vomissements | Fréquence, intensité | Antiémétiques selon prescription |
| Constipation | Transit (quasi-constante avec les opioïdes) | Laxatifs systématiques selon prescription, à débuter dès l'instauration du traitement |
| Rétention urinaire | Diurèse, globe vésical | Alerter, sondage si nécessaire selon prescription |
| Confusion, hallucinations | État de conscience, orientation | Alerter, évaluation médicale |
| Prurit | Présence et intensité du prurit | Antihistaminiques selon prescription |
À retenir
En pratique : la constipation est un effet indésirable quasi-constant et prévisible des opioïdes. Les laxatifs doivent être prescrits et administrés de façon systématique dès le début du traitement opioïde, sans attendre que la constipation s'installe. C'est une responsabilité de prévention infirmière importante.
2.5 La rotation des opioïdes
Lorsqu'un opioïde fort devient insuffisamment efficace ou induit des effets indésirables trop importants, le médecin peut réaliser une rotation des opioïdes : substitution par un autre opioïde fort à doses équianalgésiques calculées. C'est une décision médicale ; l'IDE surveille étroitement l'efficacité et la tolérance lors du changement.
2.6 Les voies analgésiques spécialisées
| Technique | Principe | Contexte |
|---|---|---|
| PCA (Patient Controlled Analgesia) | Pompe permettant au patient d'auto-administrer des bolus d'opioïde IV ou SC selon prescription | Douleurs intenses, hospitalisation |
| SPICD (Système de Perfusion Intrathécale Continue à Demande) / Pompe intrathécale | Morphine ou autre opioïde dans le LCR via cathéter | Douleurs réfractaires, soins palliatifs |
| Bloc nerveux, cathéter péridural | Analgésie loco-régionale | Douleurs neuropathiques localisées |
| Kétamine (dissociatif, NMDA antagoniste) | Potentialisation des opioïdes, action sur composante neuropathique | Douleurs réfractaires, selon prescription |