IFSI Psychologie : développement et apprentissage

Le développement de l'enfant

Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.2 « Sciences humaines et sociales ». Correspond à l'ex-UE 1.1 (référentiel 2009).

Pourquoi c'est central pour l'IDE : connaître les jalons du développement psychomoteur de l'enfant permet de repérer des retards, d'adapter les soins pédiatriques à chaque âge, et d'accompagner les parents dans la compréhension du développement normal de leur enfant.

1. Principes généraux du développement

1.1 Définitions

  • Développement : ensemble des transformations biologiques, psychologiques et sociales survenant de la naissance à l'âge adulte.
  • Maturation : processus biologique de développement des structures nerveuses et musculaires, largement programmé génétiquement.
  • Développement psychomoteur : évolution conjointe des capacités motrices, cognitives, affectives et sociales.

1.2 Principes directeurs

  • Principe céphalo-caudal : le développement progresse de la tête vers les pieds (le contrôle de la tête précède celui du tronc, puis des membres inférieurs).
  • Principe proximo-distal : le développement progresse du centre vers la périphérie (contrôle du tronc avant des mains, puis des doigts).
  • Principe général-particulier : les mouvements globaux précèdent les mouvements fins.
  • Continuité et discontinuité : le développement est à la fois continu (accumulation progressive) et discontinu (stades qui se succèdent avec des réorganisations qualitatives).

Mnémo : C.P.G. : Céphalo-caudal, Proximo-distal, Général-particulier.

2. Développement psychomoteur de 0 à 6 ans

2.1 Période néonatale et nourrisson (0-12 mois)

Motricité :

ÂgeJalons moteurs
NaissanceRéflexes archaïques (succion, Moro, agrippement, marche automatique)
2-3 moisTient sa tête, suit un objet des yeux
4-5 moisTient assis avec soutien, se retourne ventre-dos
6-7 moisTient assis seul, tient un objet dans chaque main
8-9 moisSe met debout avec appui, rampe ou se déplace à quatre pattes
12 moisMarche seul (± 3 mois)

En pratique : les réflexes archaïques disparaissent progressivement entre 2 et 6 mois (signe de maturation neurologique). Leur persistance au-delà est un signe d'alerte.

Développement sensoriel et cognitif :

  • Dès la naissance : discrimination des visages, préférence pour la voix maternelle (entendue in utero).
  • 2 mois : sourire-réponse social.
  • 6-8 mois : permanence de l'objet en cours d'acquisition (l'objet caché n'est pas encore cherché activement).
  • 8-12 mois : début de la permanence de l'objet (cherche activement l'objet caché), angoisse de l'étranger (vers 8 mois).

Développement affectif et social :

  • Formation de l'attachement (Bowlby) : lien sélectif et durable au donneur de soins principal (voir la fiche « Développement cognitif et psychosocial »).
  • Sourire social : 2 mois.
  • Angoisse de séparation : 8-12 mois.

2.2 Tout-petit (1-3 ans)

Motricité :

ÂgeJalons
15-18 moisMonte les escaliers avec aide, jette un ballon
18-24 moisCourt, empile 3-4 cubes
2 ansMonte et descend les escaliers seul (deux pieds par marche), donne des coups de pied dans un ballon
3 ansMonte les escaliers en alternant les pieds, pédale sur un tricycle, dessine un cercle

Motricité fine :

  • 18 mois : tient un crayon, fait des gribouillages.
  • 2 ans : tourne les pages d'un livre, mange seul à la cuillère.
  • 3 ans : découpe avec des ciseaux, dessine un bonhomme « têtard » (tête avec membres).

Développement cognitif :

  • Stade préopératoire (Piaget, voir la fiche « Développement cognitif et psychosocial ») : pensée symbolique, jeu de faire-semblant, égocentrisme cognitif.
  • Acquisition du langage : explosion lexicale à 18-24 mois, phrases à 2 mots, puis plus complexes (voir la fiche « Le langage »).

Développement affectif et social :

  • Crise d'opposition (2-3 ans) : affirmation de l'identité, « non ! » systématique. Normale et nécessaire.
  • Acquisition de la propreté : en moyenne entre 2 et 3 ans (contrôle sphinctérien maturé).
  • Jeu parallèle : joue à côté des autres enfants sans vraiment interagir.

En pratique : lors d'une hospitalisation d'un enfant de 2-3 ans, anticiper l'angoisse de séparation et la régression (retour à des comportements antérieurs). Favoriser la présence parentale et maintenir les rituels familiers.

2.3 Enfant de 3 à 6 ans (âge préscolaire)

Motricité :

  • 4 ans : saute à cloche-pied, monte et descend les escaliers en alternant, tient en équilibre sur un pied quelques secondes.
  • 5 ans : saut à pieds joints, lance et attrape un ballon, dessine un bonhomme reconnaissable (tête, corps, membres).
  • 6 ans : découpe proprement, écrit les chiffres et les premières lettres.

Développement cognitif :

  • Pensée magique : cause-effet irréelle (« la pluie tombe parce que je suis triste »).
  • Égocentrisme cognitif (Piaget) : difficultés à adopter le point de vue d'autrui (non-conservation des quantités).
  • Développement du dessin : bonhomme têtard (3 ans) → bonhomme avec tronc (4-5 ans) → maison, arbre, soleil (5 ans).

Développement du jeu :

ÂgeType de jeu
1-2 ansJeu d'exploration sensorielle et motrice
2-3 ansJeu symbolique (faire semblant)
3-4 ansJeu parallèle puis jeu associatif
5-6 ansJeu coopératif avec règles

Développement affectif et psychosexuel (Freud) :

  • Stade oral (0-18 mois) : plaisir lié à la bouche.
  • Stade anal (18 mois-3 ans) : plaisir lié au contrôle sphinctérien.
  • Stade phallique (3-6 ans) : curiosité sur les différences anatomiques, complexe d'Oedipe.

3. Signes d'alerte du développement (jalons de dépistage)

ÂgeSignal d'alerte
2 moisPas de sourire-réponse, hypotonie axiale sévère
6 moisAbsence de tenue de tête, pas de saisie volontaire
12 moisPas de marche à 18 mois, pas de mots
18 moisPas de pointage, moins de 10 mots
24 moisPas d'associations de mots, pas de jeu symbolique
3 ansDiscours incompréhensible pour les étrangers, trouble de la socialisation

En pratique : tout signe d'alerte doit être signalé au médecin et aux parents avec tact, sans dramatisation. Le carnet de santé est l'outil de suivi de référence (examens obligatoires : J8, 1 mois, 2 mois, 3 mois, 4 mois, 5 mois, 6 mois, 9 mois, 12 mois, 18 mois, 24 mois, puis annuel).

4. Soins pédiatriques : principes adaptés à l'âge

4.1 Hospitalisation et séparation

  • Nourrisson (0-12 mois) : tolérance relative à la séparation avant 6 mois, angoisse de séparation dès 6-8 mois. Présence du donneur de soins principal primordiale.
  • Tout-petit (1-3 ans) : plus vulnérable à la séparation. Risque de régression (retour au biberon, énurésie). Accueil des parents 24h/24 recommandé.
  • Enfant préscolaire (3-6 ans) : interprétation magique de la maladie (punition). Expliquer avec des mots simples, sans mensonge. Jeu thérapeutique possible.

4.2 Communication adaptée à l'enfant

ÂgeStratégies
0-2 ansVoix douce, contact tactile rassurant, présence parentale
2-4 ansMots simples, images, expliquer juste avant le soin
4-6 ansLaisser du contrôle (choisir le bras), nommer honnêtement la douleur (« ça va piquer »), jeu

En pratique : ne jamais promettre « ça ne fera pas mal » si c'est inexact. Le mensonge détruit la confiance et aggrave l'anxiété anticipatoire lors des soins suivants.

4.3 Évaluation de la douleur pédiatrique

  • 0-1 an : échelle NFCS (Neonatal Facial Coding System), DAN (Douleur Aiguë du Nouveau-né).
  • 1-4 ans : FLACC (Face, Legs, Activity, Cry, Consolability).
  • 4-6 ans : échelle des visages (Faces Pain Scale-Revised, FPS-R).
  • À partir de 6 ans : EVA (échelle visuelle analogique) ou ENS (échelle numérique).

Vocabulaire essentiel

  • Développement : ensemble des transformations progressives de l'enfance à l'âge adulte.
  • Maturation : développement biologique programmé des structures nerveuses.
  • Réflexes archaïques : réflexes innés du nourrisson disparaissant avec la maturation (Moro, succion, agrippement).
  • Permanence de l'objet : compréhension que les objets existent même hors du champ visuel (acquisition vers 8-12 mois, Piaget).
  • Angoisse de l'étranger : réaction de peur face aux personnes non familières (vers 8 mois).
  • Angoisse de séparation : détresse à la séparation du donneur de soins (pic vers 12-18 mois).
  • Crise d'opposition : affirmation de l'autonomie par le « non » systématique (2-3 ans).
  • Jeu symbolique : jeu de faire-semblant (2-3 ans).
  • Pensée magique : causalité non logique propre à l'enfant préscolaire.
  • Égocentrisme cognitif : difficulté à prendre le point de vue d'autrui (Piaget, stade préopératoire).
  • FPS-R : échelle d'évaluation de la douleur par visages (4-6 ans).

Points clés à retenir

  1. Le développement suit des principes ordonnés (céphalo-caudal, proximo-distal) et des jalons universels avec des variations individuelles normales d'environ 3 mois.
  2. Les réflexes archaïques sont normaux à la naissance ; leur persistance au-delà de 6 mois est un signe neurologique d'alerte.
  3. L'angoisse de séparation (pic entre 6 et 18 mois) justifie la présence parentale en hospitalisation pédiatrique.
  4. La crise d'opposition (2-3 ans) est normale et nécessaire à la construction identitaire : l'infirmier doit l'expliquer aux parents et adapter sa communication.
  5. L'évaluation de la douleur de l'enfant nécessite des outils adaptés à l'âge (DAN, FLACC, FPS-R, EVA).
  6. Ne jamais promettre « ça ne fera pas mal » : le mensonge détruit la confiance et amplifie l'anxiété lors des soins ultérieurs.

Pièges fréquents

  1. Appliquer des jalons de façon rigide : les normes sont des moyennes avec une variabilité normale (± 3 mois environ). Un enfant qui marche à 15 mois n'est pas en retard. Un enfant qui ne marche pas à 18 mois mérite une évaluation.
  2. Confondre régression et trouble du développement : la régression (retour à des comportements antérieurs lors d'un stress) est normale et temporaire. Elle ne signale pas un trouble durable.
  3. Négliger la douleur du nourrisson : le nourrisson ne peut pas verbaliser, mais il ressent la douleur. Utiliser les échelles comportementales adaptées (DAN, FLACC) et ne pas sous-estimer la douleur.
  4. Confondre égocentrisme cognitif et égoïsme moral : l'égocentrisme cognitif de Piaget désigne une difficulté structurelle à adopter le point de vue d'autrui (non-compréhension que l'autre voit différemment) ; ce n'est pas de l'égoïsme.
  5. Omettre d'expliquer les soins avant de les réaliser : même à 2-3 ans, une brève explication (mots très simples, images) réduit l'anxiété et améliore la coopération de l'enfant.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Qu'est-ce que la permanence de l'objet et quelle est son importance en pédiatrie ? R : La permanence de l'objet (concept de Piaget) est la compréhension que les objets et les personnes continuent d'exister même lorsqu'ils ne sont plus perçus directement. Elle s'acquiert progressivement entre 6 et 18 mois. Avant cette acquisition (avant 6-8 mois), un bébé ne cherche pas un jouet caché : il est « hors champ, hors existence ». Une fois acquise (vers 12-18 mois), le bébé cherche activement l'objet caché. En pédiatrie, la permanence de l'objet explique l'angoisse de séparation : l'enfant qui a acquis la permanence sait que sa mère existe mais ne la voit pas, ce qui génère une détresse active. La présence parentale en hospitalisation est donc d'autant plus importante entre 8 mois et 3 ans.

Q : Comment expliquer la crise d'opposition à des parents inquiets ? R : La crise d'opposition (ou « crise du non », 2-3 ans) est une étape normale et nécessaire du développement psychologique : l'enfant prend conscience qu'il est une personne distincte de ses parents et explore son autonomie. Le « non » systématique n'est pas une provocation : il signifie « j'existe, j'ai une volonté propre ». Conseils pratiques pour les parents : (1) ne pas engager de bras-de-fer sur les points non essentiels (laisser des choix simples : « tu veux le pull rouge ou bleu ? »), (2) poser des limites claires et constantes sur les points de sécurité, (3) rester calme (l'agitation parentale amplifie la crise), (4) anticiper les transitions (prévenir 5 minutes avant de quitter le parc). La crise se stabilise généralement vers 3-4 ans.

Q : Quels outils utiliser pour évaluer la douleur chez un enfant de 3 ans hospitalisé ? R : À 3 ans, l'enfant est en général trop jeune pour utiliser de façon fiable l'EVA ou l'ENS. On utilise principalement l'échelle FLACC (Face, Legs, Activity, Cry, Consolability) pour l'observation comportementale (cotée 0-10 par le soignant), et à partir de 4 ans, l'échelle des visages (FPS-R) que l'enfant peut pointer lui-même. Tenir compte aussi des signaux parentaux (les parents connaissent les habituels signaux de douleur de leur enfant). La douleur de l'enfant est souvent sous-évaluée : mieux vaut traiter en cas de doute (principe de précaution analgésique).

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