Dysfonctionnements et coûts cachés
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 11 « Contrôle de gestion », partie 4 « Exploiter les outils du contrôle de gestion pour améliorer les performances de l'organisation », sous-partie 4.2 « Analyser les causes de non-performance » : identifier les causes des problèmes de performance d'une organisation ou d'une chaîne de valeur, analyser les causes d'un dysfonctionnement, analyser un tableau de bord de suivi des dysfonctionnements, conseiller le décideur. Notion du programme : coûts cachés.
Pourquoi c'est central à l'examen : dans l'épreuve écrite de 4 h, un contexte de tensions (absentéisme, rebuts, retards, départs) est suivi d'une demande de chiffrage des coûts cachés, de hiérarchisation des causes, puis d'une recommandation argumentée. Le correcteur attend des calculs maîtrisés, une analyse des causes et un jugement sur les limites de la méthode, pas un simple catalogue de définitions.
01Les dysfonctionnements
1.1 Définition
Un dysfonctionnement est un écart entre le fonctionnement attendu d'une organisation (ce qui était prévu, ce qui est normal) et son fonctionnement réel. Il peut concerner une personne, un service ou un processus entier. Il ne se voit pas toujours dans les comptes, car les entreprises s'adaptent : elles compensent les dysfonctionnements (heures supplémentaires, intérim, reprises, temps passé à corriger) au lieu de les supprimer. Ces compensations, appelées régulations, ont un coût.
1.2 Les domaines de dysfonctionnement
Les travaux de Savall et Zardet (approche socio-économique) regroupent les dysfonctionnements en six domaines.
| Domaine | Exemples de dysfonctionnements |
|---|---|
| Conditions de travail | Locaux, matériel, sécurité, charge physique |
| Organisation du travail | Rôles flous, tâches mal réparties, procédures non respectées |
| Communication, coordination, concertation | Consignes contradictoires, informations tardives, réunions inutiles |
| Gestion du temps | Urgences permanentes, délais irréalistes, attentes |
| Formation intégrée | Compétences non adaptées, nouveaux arrivants mal accompagnés |
| Mise en œuvre stratégique | Objectifs non relayés, priorités changeantes |
1.3 Les indicateurs de dysfonctionnement
Cinq indicateurs révèlent les dysfonctionnements et servent de point d'entrée à la mesure.
| Indicateur | Calcul usuel |
|---|---|
| Absentéisme | Heures d'absence non programmées / heures théoriques |
| Accidents du travail et maladies | Nombre, taux de fréquence, taux de gravité (cours 21) |
| Rotation du personnel | Départs / effectif moyen |
| Non-qualité | Rebuts, reprises, retours, réclamations (cours 24) |
| Écarts de productivité directe | Écart entre temps réel et temps prévu, quantité réelle et quantité prévue |
02Les coûts cachés
2.1 Définition
Un coût caché est le coût d'un dysfonctionnement qui n'apparaît pas distinctement dans les systèmes d'information habituels : il est dilué dans plusieurs comptes (charges de personnel, achats) ou absent des comptes parce qu'il s'agit d'un manque à gagner. On parle de coûts visibles pour ceux que la comptabilité isole (salaires, achats, amortissements) et de coûts cachés pour tout ce qui est consommé ou perdu à cause des dysfonctionnements. L'image est celle de l'iceberg : la partie émergée est visible, la plus grande part reste dessous.
2.2 Les composantes des coûts cachés
Savall et Zardet les regroupent en composantes. Le programme demande de savoir les identifier et les chiffrer.
| Composante | Définition | Nature | Valorisation usuelle |
|---|---|---|---|
| Sursalaires | Rémunération supérieure au niveau normal pour compenser un dysfonctionnement | Déjà dans les comptes (dilué) | (Salaire versé - salaire normal) x heures |
| Surtemps | Temps supplémentaire passé à corriger, attendre, recommencer, encadrer | Déjà dans les comptes (dilué) | Heures x CHMCV dans la méthode d'origine (le temps de régulation aurait pu être productif) ; certains énoncés retiennent le coût horaire chargé |
| Surconsommations | Matières, énergie, fournitures consommées en plus de la norme | Déjà dans les comptes (dilué) | Quantité en excès x coût unitaire |
| Non-production | Production ou ventes perdues du fait du dysfonctionnement | Coût d'opportunité (absent des comptes) | Heures perdues x contribution horaire à la marge sur coût variable |
| Non-création de potentiel | Investissements immatériels non réalisés (formation, innovation, développement) faute de temps | Coût d'opportunité | Estimation de la valeur de l'avenir sacrifié |
| Risques | Probabilité d'événements défavorables aggravés par le dysfonctionnement (perte d'un client, accident) | Coût potentiel | Estimation prudente |
La contribution horaire à la marge sur coût variable (CHMCV) rapporte la marge sur coût variable de l'exercice au nombre d'heures de travail attendues : si l'entreprise dégage 1 000 000 € de marge sur coût variable pour 25 000 heures attendues, chaque heure perdue ou consacrée à réguler un dysfonctionnement vaut en moyenne 40 €. Dans la méthode de Savall et Zardet, la CHMCV valorise le temps humain (surtemps et non-production) ; sursalaires et surconsommations se valorisent à leur coût effectif. Beaucoup d'énoncés valorisent le surtemps au coût horaire chargé : appliquer la convention de l'énoncé et la rappeler.
2.3 Cohérence avec la comptabilité
Les coûts cachés ne sont pas des charges supplémentaires à ajouter au résultat comptable. Les trois premières composantes sont déjà dans les comptes (mais ne sont pas isolées). Les suivantes sont des pertes d'opportunité. Leur total mesure l'enjeu financier des dysfonctionnements, c'est-à-dire ce qui pourrait être gagné ou évité en les réduisant.