IFSI Promotion de la santé et éducation thérapeutique

La promotion de la santé

Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine C, UE C.1 « Santé publique, promotion de la santé et éducation thérapeutique ». Correspond à l'ex-UE 1.2 (référentiel 2009).

Pourquoi c'est central pour l'IDE : l'infirmier n'est pas seulement soignant curatif ; il agit aussi sur les déterminants de la santé de ses patients et de la population, en mobilisant les cinq axes de la Charte d'Ottawa pour favoriser le pouvoir d'agir (empowerment) à tous les niveaux d'intervention.

1. Définitions fondamentales

1.1 La santé selon l'OMS (1948)

L'Organisation mondiale de la santé définit la santé en 1948 comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ».

Trois dimensions indissociables :

  • Physique : intégrité corporelle, absence de pathologie.
  • Mentale : équilibre psychologique, capacité à gérer les émotions.
  • Sociale : capacité à s'intégrer, à entretenir des relations, à participer à la vie collective.

Cette définition a été complétée au fil du temps par des notions de bien-être subjectif et de capacité d'adaptation face aux maladies chroniques.

En pratique : lors d'une évaluation initiale, l'IDE ne se limite pas aux données biomédicales ; il explore le ressenti, les relations familiales et la situation sociale du patient.

1.2 La promotion de la santé : définition

La promotion de la santé est définie par la Charte d'Ottawa (1986) comme « le processus qui confère aux populations les moyens d'assurer un plus grand contrôle sur leur propre santé et d'améliorer celle-ci ».

Elle se distingue de la prévention des maladies par son orientation positive : au lieu de chercher uniquement à éviter la maladie, elle vise à renforcer les ressources individuelles et collectives.

ApprocheObjectifExemples
PréventionRéduire les risques et les maladiesVaccination, dépistage
Promotion de la santéRenforcer les capacités et le bien-êtreLittératie en santé, participation communautaire

2. La Charte d'Ottawa (1986) : le texte fondateur

2.1 Contexte

La Charte d'Ottawa est adoptée lors de la première conférence internationale pour la promotion de la santé, à Ottawa (Canada), le 21 novembre 1986, organisée par l'OMS. Elle constitue le texte fondateur de la promotion de la santé moderne.

Elle établit que la santé est un droit fondamental et identifie des prérequis (conditions préalables) : paix, logement, éducation, alimentation, revenu, écosystème stable, ressources durables, justice sociale et équité.

Mnémo : les prérequis de la santé = P.L.E.A.R.É.R.J.É. (Paix, Logement, Éducation, Alimentation, Revenu, Écosystème, Ressources, Justice, Équité). À retenir sous forme de liste plutôt que d'acronyme.

2.2 Les cinq axes (stratégies) de la Charte d'Ottawa

AxeIntitulé exactCe que cela signifie concrètement
1Élaborer des politiques publiques sainesIntégrer la santé dans toutes les politiques (logement, transport, fiscalité)
2Créer des environnements favorablesAménager les milieux de vie et de travail pour faciliter les comportements sains
3Renforcer l'action communautaireSoutenir la participation des populations à la définition et à la mise en œuvre des priorités
4Acquérir des aptitudes individuellesDévelopper les compétences en santé (life skills), l'information, l'éducation pour la santé
5Réorienter les services de santéDépasser le seul rôle curatif et intégrer la promotion de la santé dans les soins

Mnémo : les cinq axes = P.E.A.A.R. (Politiques, Environnements, Action communautaire, Aptitudes, Réorientation des services).

2.3 Évolutions postérieures

Les conférences suivantes ont enrichi la Charte d'Ottawa :

  • Déclaration de Jakarta (1997) : insiste sur les partenariats intersectoriels et le rôle du secteur privé.
  • Déclaration de Bangkok (2005) : mondialisation et déterminants sociaux.
  • Conférence de Nairobi (2009) : appel à l'action pour combler le fossé entre théorie et pratique.

3. L'empowerment : le pouvoir d'agir

3.1 Définition

L'empowerment (ou « pouvoir d'agir ») désigne le processus par lequel les individus et les communautés acquièrent les compétences, les ressources et la confiance nécessaires pour prendre des décisions concernant leur santé.

Il comporte deux dimensions :

  • Individuelle : capacité de la personne à comprendre sa situation, à faire des choix éclairés et à agir (lien avec l'éducation thérapeutique du patient).
  • Collective : capacité d'une communauté à identifier ses besoins, à mobiliser des ressources et à influencer les décisions politiques.

3.2 Conditions de l'empowerment

Pour que l'empowerment soit possible, il faut :

  1. L'information : la personne doit avoir accès à des données compréhensibles sur sa santé.
  2. La participation : elle doit pouvoir s'exprimer et être entendue.
  3. La compétence : elle doit disposer des savoir-faire nécessaires (savoir autogérer une maladie chronique).
  4. Le soutien social : entourage familial, associations, pairs.

En pratique : un IDE qui demande à un patient diabétique « Que pensez-vous pouvoir changer dans votre alimentation cette semaine ? » favorise l'empowerment. Un IDE qui dit « Vous devez arrêter le sucre » ne l'y aide pas.

3.3 Lien avec les déterminants sociaux de la santé

Les déterminants de la santé sont l'ensemble des facteurs (biologiques, comportementaux, sociaux, économiques, environnementaux) qui influencent l'état de santé. L'empowerment agit principalement sur les déterminants modifiables (comportements, accès aux ressources).

Type de déterminantExemples
BiologiquesÂge, sexe, génétique
ComportementauxAlimentation, activité physique, consommation de tabac
Sociaux et économiquesRevenus, éducation, emploi, réseau social
EnvironnementauxQualité de l'air, logement, accès aux soins

4. Les niveaux d'intervention en promotion de la santé

4.1 Trois niveaux complémentaires

NiveauCibleExemples
IndividuelLa personne et ses comportementsConsultation infirmière, entretien motivationnel, éducation thérapeutique
CommunautaireUn groupe, un quartier, une écoleAteliers collectifs en maison de santé, programmes CPAM en entreprise
Structurel (politique)Les lois, les environnements, les institutionsLoi HPST (2009), plans nationaux santé, taxation sur le tabac

En pratique : un IDE travaillant en CLSC, en PMI, en EHPAD ou en milieu scolaire peut intervenir aux trois niveaux.

4.2 La logique populationnelle et la logique individuelle

La promotion de la santé implique de conjuguer :

  • L'approche universelle : actions bénéficiant à l'ensemble de la population (ex. : enrichissement de la farine en acide folique pour réduire les malformations du tube neural).
  • L'approche ciblée : interventions intensifiées vers les populations les plus vulnérables pour réduire les inégalités sociales de santé.

5. Cadre institutionnel français

5.1 La loi HPST (2009)

La loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires (loi HPST) du 21 juillet 2009 fait de la promotion de la santé et de la prévention des priorités de la politique de santé française. Elle crée les Agences régionales de santé (ARS), chargées de décliner les politiques nationales au niveau territorial.

5.2 La stratégie nationale de santé

La France développe des plans nationaux en lien direct avec la promotion de la santé : Plan national nutrition santé (PNNS), Plan national de lutte contre le tabac, Programme national de réduction des inégalités en santé, etc.

5.3 Rôle de Santé publique France

Santé publique France est l'agence nationale de santé publique chargée de la surveillance épidémiologique, de la promotion de la santé et de la réponse aux crises sanitaires. Elle produit les campagnes nationales (Mois sans tabac, journée mondiale de lutte contre le VIH, etc.).

Vocabulaire essentiel

  • Santé : état de complet bien-être physique, mental et social (OMS, 1948).
  • Promotion de la santé : processus donnant aux populations les moyens de contrôler et d'améliorer leur santé (Charte d'Ottawa, 1986).
  • Charte d'Ottawa : document fondateur de 1986 définissant les cinq axes stratégiques de la promotion de la santé.
  • Prérequis à la santé : conditions indispensables (paix, logement, éducation, alimentation, revenu, équité, etc.).
  • Empowerment : pouvoir d'agir ; capacité d'un individu ou d'une communauté à prendre le contrôle de sa santé.
  • Déterminants de la santé : facteurs biologiques, comportementaux, sociaux, économiques et environnementaux influençant la santé.
  • Inégalités sociales de santé (ISS) : différences injustes et évitables de l'état de santé selon la position sociale.
  • ARS : Agence régionale de santé, opérateur territorial de la politique de santé.
  • Loi HPST : loi du 21 juillet 2009 structurant le système de santé français.
  • Life skills : compétences psychosociales (OMS) permettant de faire face aux défis de la vie quotidienne.
  • Littératie en santé : capacité à trouver, comprendre et utiliser l'information santé pour prendre des décisions éclairées.

Points clés à retenir

  1. La santé est définie par l'OMS en 1948 comme un état de bien-être physique, mental et social, pas seulement une absence de maladie.
  2. La Charte d'Ottawa (1986) est le texte fondateur de la promotion de la santé moderne : elle définit cinq axes stratégiques (politiques saines, environnements favorables, action communautaire, aptitudes individuelles, réorientation des services).
  3. La promotion de la santé va au-delà de la prévention : elle vise à renforcer les ressources et le pouvoir d'agir, pas seulement à éviter les maladies.
  4. L'empowerment est le fil conducteur : l'IDE accompagne, il ne prescrit pas les comportements.
  5. Les interventions opèrent à trois niveaux complémentaires : individuel, communautaire, structurel.
  6. La loi HPST (2009) inscrit la promotion de la santé dans le droit français et crée les ARS pour territorialiser l'action.
  7. Réduire les inégalités sociales de santé est un objectif explicite de la promotion de la santé ; l'approche universelle seule ne suffit pas.

Pièges fréquents

  1. Confondre prévention et promotion de la santé : la prévention cible une maladie précise ; la promotion de la santé agit sur l'ensemble des ressources et des déterminants, même en l'absence de maladie identifiée.
  2. Réduire la santé à l'absence de maladie : la définition OMS est plus large. Une personne vivant avec une maladie chronique peut être « en bonne santé » au sens de bien-être global.
  3. Oublier la dimension collective de l'empowerment : l'empowerment n'est pas seulement individuel ; il s'exerce aussi à l'échelle d'un groupe ou d'une communauté.
  4. Citer la Charte d'Ottawa avec une mauvaise date : c'est 1986, pas 1948 (date de l'OMS) ni 2009 (date de la loi HPST).
  5. Assimiler ARS et Santé publique France : les ARS sont des opérateurs régionaux de la politique de santé ; Santé publique France est l'agence nationale de surveillance et de promotion de la santé.
  6. Ignorer les déterminants sociaux : une approche uniquement comportementale (« le patient doit faire des efforts ») occulte les contraintes structurelles (pauvreté, logement insalubre) sur lesquelles l'individu n'a pas de prise directe.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Quels sont les cinq axes de la Charte d'Ottawa et comment un IDE peut-il s'en emparer ? R : Les cinq axes sont : (1) élaborer des politiques publiques saines, (2) créer des environnements favorables, (3) renforcer l'action communautaire, (4) acquérir des aptitudes individuelles, (5) réorienter les services de santé. Un IDE intervient surtout sur les axes 4 et 5 : en développant les compétences des patients (éducation thérapeutique, entretien motivationnel) et en réorientant son propre rôle vers la promotion et la prévention plutôt que le seul curatif. Il peut aussi contribuer à l'axe 3 en participant à des actions collectives en maison de santé ou en milieu scolaire.

Q : Quelle est la différence entre un déterminant de la santé et un facteur de risque ? R : Un déterminant de la santé est un facteur large influençant positivement ou négativement la santé (ex. : niveau d'éducation, qualité du logement). Un facteur de risque est plus ciblé : il augmente la probabilité de développer une maladie précise (ex. : le tabac est un facteur de risque du cancer du poumon). Tout facteur de risque est un déterminant, mais tous les déterminants ne sont pas des facteurs de risque pathologiques (un réseau social solide est un déterminant protecteur, pas un facteur de risque).

Q : Pourquoi la promotion de la santé doit-elle cibler aussi les populations les plus vulnérables et pas seulement la population générale ? R : Si on n'applique qu'une approche universelle, les personnes les plus éduquées et les plus aisées bénéficient davantage des programmes (elles ont plus les ressources pour s'approprier les messages). Les inégalités sociales de santé se creusent alors. Une approche dite « universelle proportionnée » consiste à intensifier les interventions auprès des groupes les plus défavorisés pour que les écarts se réduisent, tout en maintenant des actions pour l'ensemble de la population.

Q : En quoi la réorientation des services de santé (5e axe) concerne-t-elle directement l'IDE ? R : Le 5e axe demande que le système de soins ne soit plus centré uniquement sur le traitement des maladies mais intègre la prévention, l'éducation et la promotion de la santé dans chaque contact avec le patient. Concrètement, l'IDE peut systématiquement aborder les habitudes de vie lors d'une hospitalisation, orienter vers des ressources communautaires, pratiquer le dépistage opportuniste ou animer des séances d'éducation thérapeutique, transformant chaque soin en occasion de renforcer les compétences en santé du patient.

Cette fiche fait partie du kit

IFSI Promotion de la santé et éducation thérapeutique

Tu as lu la fiche. La science est claire : se tester multiplie par 3 ta rétention. Active le Kit pour générer quiz, flashcards et chatter avec le Tuteur IA sur cette fiche.

Réviser ce Kit · 15 jetons