Le diagnostic éducatif
À retenir
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine C, UE C.1 « Santé publique, promotion de la santé et éducation thérapeutique ». Correspond à l'ex-UE 1.2 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : le diagnostic éducatif est la première étape de tout programme d'ETP ; c'est l'infirmier qui le conduit le plus souvent, et sa qualité conditionne la pertinence de l'ensemble du parcours éducatif du patient.
01Définition et place dans la démarche ETP
1.1 Définition
Le diagnostic éducatif partagé est un entretien approfondi entre un professionnel de santé formé et le patient (et, si le patient le souhaite, son entourage proche). Il permet de :
- Cerner la situation globale du patient : sa maladie, sa vie, ses ressources, ses freins.
- Identifier ses besoins en matière d'apprentissage.
- Formuler, en accord avec lui, des objectifs personnalisés pour le programme d'ETP.
Il est distinct d'une consultation médicale ou d'un entretien de soin : son objectif n'est ni de diagnostiquer la maladie, ni de prescrire un traitement, mais de comprendre comment le patient vit avec sa maladie.
1.2 Place dans les quatre étapes de l'ETP (HAS)
Le diagnostic éducatif est l'étape 1 de la démarche ETP (voir la fiche « L'éducation thérapeutique du patient (ETP) »). Il précède obligatoirement la définition du programme personnalisé (étape 2).
Il est :
- Individualisé : il ne peut pas être remplacé par un questionnaire standardisé rempli seul.
- Partagé : le patient est co-constructeur, pas simplement interrogé.
- Évolutif : il peut être actualisé en cours de programme si la situation du patient change (complications, changement familial, perte d'emploi).
02Le recueil des données : le modèle des « cinq questions »
La HAS propose d'explorer cinq dimensions, souvent mémorisées comme les cinq questions posées au patient :
| Question | Ce qu'on explore | Exemples concrets |
|---|---|---|
| Ce qu'il a | La maladie, les traitements, les complications déjà présentes | Diabète de type 2 depuis 5 ans, HTA associée, pied diabétique à risque |
| Ce qu'il sait | Ses connaissances sur la maladie | « Je sais que le sucre est mauvais » (représentation partielle) |
| Ce qu'il fait | Ses comportements de santé actuels | Alimentation, activité physique, automesure glycémique ou non |
| Ce qu'il ressent | Son vécu émotionnel, ses représentations, ses peurs | Peur des complications, déni, fatigue morale, sentiment de honte |
| Ce qu'il est | Son projet de vie, son contexte social, professionnel, culturel | Cuisinier en restauration collective, faibles revenus, entourage aidant |
À retenir
Mnémo : les cinq questions = A.S.F.R.E. (A ce qu'il A, S ce qu'il Sait, F ce qu'il Fait, R ce qu'il Ressent, E ce qu'il Est). Ou : « La maladie a un histoire, un savoir, des actes, des émotions et un contexte ».
2.1 Approfondir le vécu émotionnel
Le vécu de la maladie chronique est souvent empreint de :
- Choc lors de l'annonce (processus d'adaptation selon Kübler-Ross : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation).
- Peur des complications, de la mort, de la dépendance.
- Honte liée à la stigmatisation de certaines maladies (obésité, diabète, VIH, addictions).
- Fatigue de la gestion permanente de la maladie (concept de « burden of treatment »).
L'IDE accueille ces émotions sans les minimiser ni les résoudre immédiatement.
2.2 Le contexte socio-culturel
Bourdieu et Durkheim ont montré l'importance du milieu social et des normes collectives dans la santé. Au diagnostic éducatif, explorer :
- La culture alimentaire (certains aliments sont symboliquement chargés de sens).
- Les contraintes pratiques (horaires de travail décalés, ressources financières limitées).
- Le réseau de soutien (famille aidante ou au contraire déstructurante).
- Les croyances religieuses ou culturelles pouvant interagir avec les traitements.
À retenir
En pratique : une femme d'origine maghrébine ménopausée avec un diabète de type 2 qui jeûne pendant le Ramadan doit voir son programme ETP adapté à cette réalité, pas ignorée.