IFSI Psychologie : développement et apprentissage

Le langage

Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.2 « Sciences humaines et sociales ». Correspond à l'ex-UE 1.1 (référentiel 2009).

Pourquoi c'est central pour l'IDE : le langage est le principal vecteur de la relation soignant-soigné ; reconnaître ses étapes de développement et ses troubles permet d'adapter la communication, d'évaluer des signes cliniques et d'orienter les patients vers une prise en charge adaptée.

1. Définition et fonctions du langage

Le langage est un système de signes conventionnels (sons, gestes, graphèmes) permettant la communication, la représentation du monde et la pensée.

1.1 Les fonctions du langage (Jakobson, 1960)

FonctionDescriptionExemple
RéférentielleTransmettre une information sur le monde« La tension est à 140/90. »
ExpressiveExprimer les états affectifs du locuteur« J'ai peur. »
ConativeAgir sur l'interlocuteur (ordre, demande)« Prenez votre traitement. »
PhatiqueÉtablir ou maintenir le contact« Vous m'entendez bien ? »
MétalinguistiqueParler du langage lui-même« Que voulez-vous dire par là ? »
PoétiqueMettre en valeur la forme du messageMétaphores dans le discours soignant

1.2 Composantes du système linguistique

  • Phonologie : système des sons de la langue.
  • Morphologie : structure interne des mots (préfixes, suffixes, flexions).
  • Syntaxe : règles d'organisation des mots en phrases.
  • Sémantique : sens des mots et des phrases.
  • Pragmatique : usage du langage en contexte (sous-entendus, tours de parole).

2. Développement du langage

2.1 Les étapes chez l'enfant

ÂgeÉtapeCaractéristiques
0-2 moisCris et vocalises réflexesPleurs différenciés (faim, inconfort)
2-6 moisBabillage (gazouillis)Productions vocaliques, interaction avec l'adulte
6-12 moisBabillage canoniqueSyllabes répétées (ba-ba, ma-ma), imitation des intonations
10-12 moisProto-mots / jargonVocalises avec intonation intentionnelle
12 moisPremiers mots~10 mots ; mot-phrase (holophrase : « Eau » = « Donne-moi de l'eau »)
18-24 moisExplosion du vocabulaire50 à 200 mots ; associations de 2 mots (« maman dodo »)
2-3 ansPhrases simples3 mots, négation, questions ; ~900 mots à 3 ans
3-5 ansAcquisition de la syntaxePhrases complexes, pluriels, conjugaisons ; 1500-2000 mots à 4 ans
6-7 ansLangage écritDécodage graphophonologique, lecture débutante

Mnémo : 1 an / 1 mot / 10 kg (jalons approximatifs du développement : vers 1 an, l'enfant dit son premier mot et pèse environ 10 kg).

2.2 Facteurs favorisant le développement du langage

  • Interactions précoces (bain de langage, imitation réciproque).
  • Lectures partagées, richesse du vocabulaire de l'entourage.
  • Qualité de l'attachement (voir la fiche « Développement cognitif et psychosocial »).
  • Absence de troubles auditifs (dépistage néonatal obligatoire en France).

2.3 Théories du développement du langage

ThéorieAuteurIdée centrale
InnéisteNoam ChomskyDispositif d'acquisition du langage (LAD) inné ; l'enfant est pré-câblé pour le langage
BehavioristeB.F. SkinnerLe langage s'acquiert par renforcement et imitation
CognitivisteJean PiagetLe langage suit le développement cognitif ; il dépend de la pensée symbolique
Socio-interactionnisteLev VygotskiLe langage se développe dans l'interaction sociale ; zone proximale de développement

3. Les principaux troubles du langage (notions)

3.1 Troubles du développement du langage chez l'enfant

TroubleDescriptionSignaux d'alerte
Retard de paroleMauvaise articulation, intelligibilité réduitePas de mots à 18 mois
Retard de langageDélai dans l'acquisition du lexique et de la syntaxePas d'associations de mots à 2 ans
Dysphasie (trouble développemental du langage)Trouble spécifique et durable du développement linguistiqueLangage incohérent, jargon persistant après 3 ans
BégaiementDysfluence : répétitions, blocages, prolongationsDébut vers 2-5 ans, impact sur la communication
Mutisme sélectifIncapacité à parler dans certains contextes (anxiété)Parle à la maison, silencieux à l'école

3.2 Troubles acquis du langage chez l'adulte (aphasies)

L'aphasie est une perte ou altération du langage (oral et/ou écrit) due à une lésion cérébrale acquise, sans atteinte motrice isolée.

TypeLésionCaractéristiques
Aphasie de Broca (non fluente)Aire de Broca (F3 gauche)Production laborieuse, pauvreté syntaxique, compréhension préservée
Aphasie de Wernicke (fluente)Aire de Wernicke (T1 gauche)Flot verbal abondant mais incompréhensible (paraphasies), compréhension altérée
Aphasie globaleLésion étendueAtteinte sévère de la production et de la compréhension

Étiologies : accident vasculaire cérébral (cause principale), traumatisme crânien, tumeur, encéphalite.

3.3 Dysarthrie

La dysarthrie est un trouble de l'articulation lié à une atteinte motrice (muscles de la parole) sans atteinte du langage lui-même. Le patient sait ce qu'il veut dire, mais l'exécution motrice est perturbée (parkinson, SLA, AVC du tronc cérébral).

Ne pas confondre aphasie (trouble du langage) et dysarthrie (trouble de la parole motrice).

4. Communication soignant-soigné et troubles du langage

4.1 Principes d'adaptation de la communication

En pratique : face à un patient aphasique ou dysarthrique :

  • Utiliser des phrases courtes, un vocabulaire simple, une intonation claire.
  • Laisser le temps de réponse sans finir les phrases à la place du patient.
  • Proposer des supports alternatifs : pictogrammes, tableaux de communication, gestes.
  • Valider la compréhension par des questions fermées (oui/non) plutôt qu'ouvertes.
  • Orienter vers l'orthophoniste pour la rééducation.

4.2 Communication non verbale

La communication ne se réduit pas au langage verbal. Albert Mehrabian (1967) a proposé, dans un contexte spécifique d'expression d'attitudes, que les messages émotionnels passent par :

  • 55 % via le langage non verbal (posture, regard, expression faciale).
  • 38 % via le para-verbal (ton de la voix, rythme, volume).
  • 7 % via les mots eux-mêmes.

Important : ces proportions ne s'appliquent qu'à l'expression d'émotions dans des contextes particuliers, pas à toute communication. Elles soulignent néanmoins l'importance de la posture et du ton du soignant.

4.3 Communication avec le patient sourd

  • Prioriser la langue des signes française (LSF) si le patient est sourd signeur.
  • En l'absence d'interprète LSF, utiliser le français écrit ou les pictogrammes.
  • Ne pas masquer son visage (lecture labiale).
  • Vérifier la compréhension des documents écrits : les sourds profonds de naissance peuvent avoir une maîtrise limitée du français écrit.

Vocabulaire essentiel

  • Langage : système de signes permettant la communication et la pensée.
  • Phonologie : étude des sons d'une langue.
  • Syntaxe : règles d'organisation des mots en phrases.
  • Sémantique : étude du sens des mots et des phrases.
  • Pragmatique : usage du langage en contexte social.
  • Holophrase : mot unique valant une phrase entière (stade 12 mois).
  • Dysphasie : trouble spécifique et durable du développement du langage.
  • Aphasie : perte ou altération du langage due à une lésion cérébrale acquise.
  • Aphasie de Broca : aphasie non fluente, production laborieuse.
  • Aphasie de Wernicke : aphasie fluente, compréhension altérée.
  • Dysarthrie : trouble moteur de la parole (articulation), sans atteinte du langage.
  • Paraphasie : substitution d'un mot ou d'un son par un autre (signe d'aphasie).
  • Communication alternative et augmentée (CAA) : systèmes compensant un trouble de la communication (pictogrammes, synthèse vocale).

Points clés à retenir

  1. Le langage se développe selon des jalons précis : premiers mots vers 12 mois, associations à 18-24 mois, phrases simples à 2-3 ans. Tout retard significatif nécessite une évaluation orthophonique.
  2. Les théories du développement s'opposent sur le rôle de l'inné (Chomsky), de l'expérience (Skinner) et de l'interaction sociale (Vygotski) : en pratique, les trois facteurs interagissent.
  3. Aphasie (trouble du langage par lésion cérébrale) et dysarthrie (trouble moteur de l'articulation) sont deux entités distinctes : ne pas les confondre dans les transmissions.
  4. L'aphasie de Broca : production réduite, compréhension souvent préservée. L'aphasie de Wernicke : production fluente mais incompréhensible, compréhension altérée.
  5. Face à un trouble du langage, adapter la communication (phrases courtes, supports alternatifs, temps de réponse) et orienter vers l'orthophoniste.
  6. La communication non verbale (regard, posture, ton) est essentielle dans la relation soignant-soigné, surtout chez les patients dont le langage verbal est altéré.

Pièges fréquents

  1. Confondre aphasie et dysarthrie : l'aphasie touche le langage (le patient ne trouve pas les mots ou ne comprend pas) ; la dysarthrie touche l'articulation motrice (le patient sait ce qu'il veut dire mais sa parole est altérée). Un patient avec SLA peut avoir une dysarthrie sévère sans aphasie.
  2. Croire qu'un patient aphasique ne comprend pas : dans l'aphasie de Broca, la compréhension est souvent préservée. Parler devant lui comme s'il était absent est une faute relationnelle.
  3. Confondre mutisme et aphasie : le mutisme peut être d'origine psychiatrique (catatonie, mutisme sélectif) ou psychogène, sans lésion cérébrale.
  4. Appliquer la règle des 7/38/55 % de Mehrabian à toute communication : ces proportions sont issues d'expériences sur l'expression d'émotions dans un contexte précis. Elles ne signifient pas que les mots ne comptent que pour 7 % dans toutes les situations.
  5. Omettre le dépistage auditif chez l'enfant : un retard de langage peut être la première manifestation d'une surdité partielle. Le bilan ORL et audiométrique est prioritaire avant tout bilan orthophonique chez un enfant de moins de 3 ans.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Comment communiquer avec un patient présentant une aphasie de Wernicke à la suite d'un AVC ? R : L'aphasie de Wernicke se caractérise par une production verbale fluente mais incohérente (paraphasies, jargon) et une compréhension altérée. Stratégies : (1) utiliser des phrases très courtes et simples (une idée par phrase) ; (2) accompagner les mots de gestes et de supports visuels (photos, pictogrammes) ; (3) poser des questions fermées (réponse oui/non) plutôt qu'ouvertes ; (4) observer les réactions non verbales pour valider la compréhension ; (5) ne pas feindre de comprendre une production incohérente : reformuler doucement ; (6) associer l'orthophoniste dès que possible pour la rééducation.

Q : À quel âge un enfant devrait-il dire ses premiers mots et quand s'inquiéter ? R : Les premiers mots (mots porteurs de sens, prononcés de façon intentionnelle) apparaissent généralement vers 12 mois (± 3 mois). Des signaux d'alerte justifiant une orientation vers un médecin ou un orthophoniste : pas de babillage à 6 mois, pas de geste de pointage à 12 mois, pas de mots à 18 mois, pas d'association de deux mots à 24 mois. Le bilan auditif est systématiquement prescrit avant le bilan orthophonique pour éliminer une surdité partielle.

Q : Quelle différence entre retard de parole et retard de langage ? R : Le retard de parole concerne exclusivement l'articulation et la phonologie (l'enfant dit des mots mais les prononce incorrectement, son discours est peu intelligible) ; le langage (vocabulaire, syntaxe) est en revanche dans les normes pour l'âge. Le retard de langage touche le vocabulaire, la syntaxe et la compréhension : l'enfant produit peu de mots, construit peu de phrases, même si son articulation peut être claire. Les deux peuvent coexister. La prise en charge orthophonique est indiquée dans les deux cas.

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