IFSI Système digestif

La digestion dans l'intestin grêle

Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), UE B.1 « Sciences biomédicales », socle « Fonctionnement du corps humain » (système digestif). Correspond à l'ex-UE 2.2 « Cycles de la vie et grandes fonctions » (référentiel 2009, S1).

Pourquoi c'est central pour l'IDE : l'intestin grêle est le siège principal de la digestion et de l'absorption. Sa compréhension éclaire la surveillance des patients en nutrition entérale, les conséquences d'une résection intestinale et les signes de malabsorption.

1. L'arrivée du chyme dans le duodénum

Après le brassage gastrique, le chyme (bouillie acide, pH environ 1,5 à 2) quitte l'estomac par le pylore et arrive dans le duodénum. Deux mécanismes neutralisent immédiatement l'acidité :

  1. Glandes de Brunner (sous-muqueuse duodénale) : sécrètent un mucus alcalin riche en bicarbonates, première ligne de défense.
  2. Suc pancréatique : riche en bicarbonates, neutralise rapidement le chyme et porte le pH duodénal à 7 à 8 (légèrement alcalin), conditions optimales pour les enzymes pancréatiques et intestinales.

Au niveau de la partie descendante du duodénum, l'ampoule de Vater est l'orifice commun par lequel débouchent le canal cholédoque (bile) et le canal de Wirsung (suc pancréatique). Son ouverture est contrôlée par le sphincter d'Oddi, qui se relâche sous l'influence de la sécrétine et de la CCK.

Lien clinique : un calcul biliaire coincé à l'ampoule de Vater peut obstruer simultanément la voie biliaire et le canal pancréatique, associant ictère obstructif et pancréatite aiguë. C'est une urgence médicale.

2. Le rôle de la bile dans la digestion

La bile est produite en continu par le foie (600 à 1 000 ml/jour), stockée dans la vésicule biliaire, déversée dans le duodénum lors des repas sous l'effet de la CCK.

Composants essentiels :

  • Sels biliaires : émulsifient les graisses (rôle clé).
  • Bilirubine : pigment issu de la dégradation de l'hémoglobine, colore les selles en brun.
  • Phospholipides, cholestérol, bicarbonates.

Emulsification par les sels biliaires : les lipides forment de grosses gouttelettes insolubles dans l'eau. Les sels biliaires (amphiphiles, comme un détergent) fragmentent ces gouttelettes en microgouttelettes, multipliant la surface de contact avec la lipase pancréatique.

Mnémo : les sels biliaires = les détergents du tube digestif. Ils émulsifient les graisses pour que la lipase puisse agir.

Lien clinique : sans bile (insuffisance hépatique, cholestase), les graisses ne sont pas émulsifiées ni absorbées : stéatorrhée (selles grasses, malodorantes) et malabsorption des vitamines liposolubles (A, D, E, K).

3. Le suc pancréatique et ses enzymes

Produit à raison d'environ 1 à 2 litres par jour, pH alcalin (7,5 à 8,5).

3.1 Les enzymes pancréatiques

EnzymeSubstratProduits
Lipase pancréatiqueTriglycéridesAcides gras et monoglycérides
Amylase pancréatiqueAmidonMaltose, oligosaccharides
Trypsine (issue du trypsinogène)Protéines, peptidesPeptides courts
ChymotrypsineProtéines, peptidesPeptides courts
CarboxypeptidaseAcides aminés terminauxAcides aminés libres

Mécanisme de protection du pancréas : les enzymes protéolytiques sont sécrétées sous forme de zymogènes inactifs (trypsinogène, chymotrypsinogène). L'activation ne se produit que dans la lumière duodénale grâce à l'entérokinase (enzyme de la bordure en brosse). Le pancréas ne peut ainsi pas se digérer lui-même.

Lien clinique : en cas de pancréatite aiguë, les enzymes s'activent prématurément à l'intérieur du pancréas (autodigestion). Douleur épigastrique intense irradiant dans le dos, élévation de la lipase sanguine : urgence médicale.

3.2 Les bicarbonates

Sécrétés par les cellules canalaires du pancréas sous l'influence de la sécrétine, ils neutralisent le chyme acide et créent le milieu alcalin indispensable aux enzymes.

4. Les enzymes de la bordure en brosse intestinale

La muqueuse de l'intestin grêle porte des enzymes de surface sur les microvillosités des entérocytes :

EnzymeSubstratProduit
EntérokinaseTrypsinogèneTrypsine (active la cascade)
MaltaseMaltose2 glucose
SucraseSaccharoseGlucose + fructose
LactaseLactoseGlucose + galactose
PeptidasesDi- et tripeptidesAcides aminés

Lien clinique : le déficit en lactase est fréquent. Le lactose non digéré passe dans le côlon, fermenté par les bactéries, et provoque ballonnements, douleurs et diarrhée osmotique après ingestion de produits laitiers.

5. Digestion des trois macronutriments

5.1 Glucides

  1. Bouche : amylase salivaire hydrolyse partiellement l'amidon.
  2. Estomac : pas de digestion (amylase inactivée à pH acide).
  3. Intestin grêle : amylase pancréatique continue la digestion de l'amidon ; disaccharidases (maltase, sucrase, lactase) terminent la digestion en monosaccharides absorbables (glucose, fructose, galactose).

5.2 Lipides

  1. Les sels biliaires émulsifient les graisses.
  2. La lipase pancréatique (avec la colipase) hydrolyse les triglycérides en acides gras libres et monoglycérides.
  3. Ces produits s'associent aux sels biliaires pour former des micelles (structures hydrosolubles) qui transportent les acides gras jusqu'aux entérocytes.

5.3 Protéines

  1. Estomac : la pepsine fragmente les protéines en peptides.
  2. Intestin grêle : les protéases pancréatiques (trypsine, chymotrypsine) poursuivent la fragmentation en di- et tripeptides ; les peptidases de la bordure en brosse et du cytoplasme finalisent la digestion en acides aminés libres.

Mnémo : produits finaux absorbables : G.A.A. (Glucose pour les glucides, Acides gras/monoglycérides pour les lipides, Acides Aminés pour les protéines).

6. Rôles des segments de l'intestin grêle

  • Duodénum : neutralisation de l'acidité, arrivée de bile et suc pancréatique, début intense de la digestion chimique.
  • Jéjunum : absorption massive (glucides, acides aminés, acides gras, eau, vitamines hydrosolubles).
  • Iléon : absorption de la vitamine B12 (liée au facteur intrinsèque) et recyclage des sels biliaires vers le foie (circulation entéro-hépatique).

Vocabulaire essentiel

  • Chyme : bouillie acide provenant de l'estomac.
  • Ampoule de Vater : orifice commun du canal cholédoque et du canal de Wirsung dans le duodénum.
  • Sphincter d'Oddi : régule l'ouverture de l'ampoule de Vater.
  • Sels biliaires : émulsifient les graisses pour faciliter l'action des lipases.
  • Emulsification : fragmentation des grosses gouttelettes de graisse en microgouttelettes.
  • Zymogène : précurseur enzymatique inactif (trypsinogène, chymotrypsinogène).
  • Entérokinase : enzyme intestinale activant le trypsinogène en trypsine.
  • Micelles : structures formées par sels biliaires + produits de la digestion des graisses, solubles dans l'eau.
  • Monosaccharides : formes finales absorbables des glucides.
  • Acides aminés : formes finales absorbables des protéines.
  • Lactase : enzyme intestinale hydrolysant le lactose.
  • Stéatorrhée : selles grasses par malabsorption des lipides.

Points clés à retenir

  1. Le chyme acide est neutralisé dans le duodénum par les bicarbonates pancréatiques (pH porté à 7 à 8) : condition indispensable aux enzymes.
  2. La bile émulsifie les graisses grâce aux sels biliaires. Sans bile : stéatorrhée et carence en vitamines liposolubles.
  3. Les enzymes protéolytiques pancréatiques sont sécrétées sous forme de zymogènes pour protéger le pancréas de l'autodigestion.
  4. Produits finaux de la digestion : monosaccharides (glucides), acides aminés (protéines), acides gras et monoglycérides (lipides).
  5. La bordure en brosse intestinale porte les enzymes qui terminent la digestion (maltase, sucrase, lactase, peptidases).
  6. L'iléon est indispensable pour l'absorption de la vitamine B12 et le recyclage des sels biliaires.

Pièges fréquents

  1. Croire que la digestion des glucides commence dans l'estomac : l'amylase salivaire est inactivée par le pH acide gastrique. Elle reprend dans l'intestin grêle avec l'amylase pancréatique.
  2. Confondre émulsification et digestion des lipides : les sels biliaires émulsifient (fragmentation physique) mais ne digèrent pas chimiquement. C'est la lipase pancréatique qui réalise la coupure chimique des triglycérides.
  3. Croire que la trypsine est directement sécrétée : le pancréas sécrète du trypsinogène inactif. L'entérokinase duodénale le convertit en trypsine, qui active ensuite les autres zymogènes (cascade).
  4. Confondre bile et suc pancréatique : la bile vient du foie (contient des sels biliaires, pas d'enzymes actives) ; le suc pancréatique vient du pancréas (contient enzymes et bicarbonates). Les deux arrivent dans le duodénum par l'ampoule de Vater.
  5. Oublier le rôle de l'iléon : une iléectomie entraîne une carence en B12 et une diarrhée par malabsorption des sels biliaires.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Pourquoi les enzymes protéolytiques sont-elles sécrétées sous forme inactive, et que se passe-t-il en cas de perturbation ? R : Les protéases digèrent les protéines. Si elles étaient actives dans le pancréas, elles dégraderaient les cellules pancréatiques elles-mêmes. La sécrétion sous forme de zymogènes (trypsinogène, chymotrypsinogène) inactifs évite cette autodigestion. Quand ce mécanisme est dépassé (calcul biliaire obstruant le canal, alcoolisme), les enzymes s'activent à l'intérieur du pancréas : pancréatite aiguë (douleur intense, élévation de la lipase), urgence médicale.

Q : Quelles sont les conséquences d'un déficit en bile sur la digestion ? R : Sans bile, les graisses ne sont pas émulsifiées. La surface de contact entre lipase et graisses est infime : les lipides transitent non digérés et non absorbés jusqu'au côlon, provoquant une stéatorrhée. Parallèlement, les vitamines liposolubles (A, D, E, K) ne sont pas absorbées. La carence en vitamine K entraîne des troubles de la coagulation (facteurs II, VII, IX, X vitamine K-dépendants), visibles par des saignements prolongés.

Q : Qu'est-ce que l'intolérance au lactose et comment se manifeste-t-elle ? R : Le déficit en lactase empêche l'hydrolyse du lactose (sucre du lait) en glucose et galactose. Le lactose non digéré passe intact dans le côlon, fermenté par les bactéries qui produisent du gaz (ballonnements) et des acides organiques (appel osmotique d'eau, diarrhée). Manifestations : ballonnements, crampes, diarrhée 30 à 120 minutes après ingestion de produits laitiers. Prise en charge : réduction du lactose ou supplémentation en lactase.

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