La socialisation
À retenir
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.2 « Sciences humaines et sociales ». Correspond à l'ex-UE 1.1 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : la socialisation façonne les représentations de la santé, les comportements face à la maladie et la relation aux soignants ; l'identifier permet à l'infirmier(e) d'adapter sa communication et son soutien à chaque patient dans sa singularité sociale.
01Définition et enjeux de la socialisation
La socialisation est le processus par lequel un individu intériorise les valeurs, les normes, les croyances et les pratiques de la société dans laquelle il vit, et devient ainsi capable d'interagir avec les autres membres de cette société.
Ce processus est à double sens : il forme l'individu à partir du social, et il reproduit le social à travers les individus. Sans socialisation, il n'y a pas de vie en société possible.
La socialisation est un processus continu : elle commence à la naissance et se poursuit tout au long de la vie, même si ses formes et ses intensités varient.
1.1 Socialisation et identité
La socialisation construit l'identité sociale de l'individu : son sentiment d'appartenir à des groupes, de partager des valeurs communes, de se distinguer d'autres groupes. Elle est à la base de la cohésion sociale et de la transmission culturelle.
02Socialisation primaire
La socialisation primaire se déroule dans les premières années de la vie, principalement au sein de la famille. C'est la plus fondatrice : elle permet à l'enfant d'intérioriser les premières normes sociales, la langue, les représentations du bien et du mal, les attitudes corporelles, les émotions légitimes.
Ses caractéristiques :
- Elle s'opère dans un contexte affectif fort (lien d'attachement aux parents : travaux de Bowlby sur l'attachement).
- Elle laisse des traces durables et souvent inconscientes (construction de l'habitus chez Bourdieu).
- Elle est fortement différenciée selon le milieu social d'origine.
À retenir
En pratique : un enfant socialisé dans un milieu où la douleur ne s'exprime pas (« les hommes ne pleurent pas ») aura du mal, adulte, à verbaliser sa souffrance à l'infirmier(e). Ce n'est pas de la mauvaise volonté : c'est le résultat d'une socialisation primaire.
2.1 Le rôle de la famille
La famille est le premier agent de socialisation : elle transmet la langue, les valeurs morales, les pratiques religieuses ou laïques, les habitudes alimentaires, les représentations du corps et de la santé. Elle constitue le milieu dans lequel se forment les premières normes intériorisées.
2.2 Socialisation différentielle selon le genre
Dès la naissance, des pratiques différenciées selon le sexe orientent la socialisation des filles et des garçons (choix des jouets, encouragements à certaines activités, attitudes tolérées). Ces différences contribuent à la construction des identités de genre et des inégalités futures.
03Socialisation secondaire
La socialisation secondaire intervient après la prime enfance, tout au long de la vie. Elle permet l'apprentissage de rôles et de savoirs spécifiques à des sous-groupes ou institutions : école, groupe de pairs, milieu professionnel, associations, media.
Elle s'appuie sur les acquis de la socialisation primaire mais peut également les modifier ou les remettre en question.
Exemples :
- Intégrer une école infirmière (socialisation professionnelle).
- Rejoindre un groupe religieux.
- S'adapter à la culture d'un pays étranger après migration.
3.1 Comparaison socialisation primaire et secondaire
| Dimension | Socialisation primaire | Socialisation secondaire |
|---|---|---|
| Période | Petite enfance | Tout au long de la vie |
| Lieu principal | Famille | École, pairs, travail, médias |
| Intensité affective | Très forte | Variable |
| Profondeur | Fondatrice, durable | Plus superficielle, réversible |
| Contenu | Valeurs de base, langue, normes | Rôles spécifiques, savoirs professionnels |
3.2 La resocialisation
La resocialisation est un processus de socialisation secondaire intense qui modifie profondément les acquis antérieurs. Elle survient lors de ruptures biographiques majeures : emprisonnement, internement psychiatrique (Goffman : les institutions totales), conversion religieuse, migration.
À retenir
En pratique : un patient hospitalisé pour une longue durée vit une forme de resocialisation partielle : il doit intérioriser les normes de l'institution hospitalière (horaires, règles de vie, rôle du patient) qui peuvent entrer en tension avec ses habitudes antérieures.