IFSI Cellule & biologie fondamentale

Les acides nucléiques

Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), UE B.1 « Sciences biomédicales », socle « Fonctionnement du corps humain » (biochimie, biologie cellulaire et moléculaire). Correspond à l'ex-UE 2.1 « Biologie fondamentale » (référentiel 2009, S1).

Pourquoi c'est central pour l'IDE : comprendre la structure de l'ADN et de l'ARN permet d'appréhender les mécanismes de l'hérédité, des mutations, des infections virales, et de la pharmacologie des médicaments qui ciblent les acides nucléiques (antibiotiques, antiviraux, anticancéreux).

1. Définition et localisation

Les acides nucléiques sont les biomolécules qui portent, transmettent et expriment l'information génétique. Il en existe deux types :

  • ADN (acide désoxyribonucléique) : supporte l'information génétique, localisé principalement dans le noyau cellulaire (chromosomes) et en petite quantité dans les mitochondries.
  • ARN (acide ribonucléique) : copie et exprime l'information génétique, présent principalement dans le cytoplasme et transitoirement dans le noyau.

Les acides nucléiques sont des polymères de nucléotides.

2. Le nucléotide : l'unité de base

Un nucléotide est composé de trois éléments :

ComposantRôle
Un sucre (pentose)Désoxyribose (ADN) ou ribose (ARN)
Un groupement phosphateConfère la charge négative, permet la polymérisation
Une base azotéePorte l'information génétique

Le sucre et le phosphate forment le squelette invariant de la chaîne. La base azotée est la partie variable qui porte l'information.

Mnémo : nucléotide = Sucre + Phosphate + Base.

2.1 Les bases azotées

FamilleBasesPrésentes dans
Purines (2 cycles)Adénine (A), Guanine (G)ADN et ARN
Pyrimidines (1 cycle)Thymine (T)ADN uniquement
Cytosine (C)ADN et ARN
Uracile (U)ARN uniquement (remplace la thymine)

Mnémo : Pur As Gagnent (Purines = Adénine, Guanine). Dans l'ARN, la Thymine devient Uracile.

3. L'ADN : structure et propriétés

3.1 La double hélice

L'ADN est constitué de deux brins antiparallèles enroulés en double hélice (Watson et Crick, 1953).

  • Sucre : le désoxyribose.
  • Bases : A, T, G, C (pas d'uracile).
  • Les deux brins sont maintenus ensemble par des liaisons hydrogène entre bases complémentaires.

3.2 La complémentarité des bases (règles de Chargaff)

BaseSe lie avecLiaisons hydrogène
Adénine (A)Thymine (T)2 liaisons hydrogène
Guanine (G)Cytosine (C)3 liaisons hydrogène

Mnémo : A-T (2 liaisons), G-C (3 liaisons). Ou : AT-GC comme deux paires indissociables.

Si on connaît la séquence d'un brin, on peut reconstituer exactement le brin complémentaire : c'est le principe de la réplication et de la transcription.

3.3 Organisation de l'ADN dans la cellule

L'ADN s'enroule autour de protéines appelées histones pour former des nucléosomes, eux-mêmes compactés en chromatine, puis en chromosomes lors de la division cellulaire.

  • L'humain possède 46 chromosomes (23 paires) dans chaque cellule somatique.
  • Si on déroulait tout l'ADN d'une cellule, il ferait environ 2 mètres de long, tenu dans un noyau de 6 micromètres de diamètre.
  • Un gène est un segment d'ADN qui code la séquence d'une protéine. Le génome humain contient environ 20 000 à 25 000 gènes codants.

4. L'ARN : structure et types

L'ARN diffère de l'ADN par trois points fondamentaux :

CaractéristiqueADNARN
SucreDésoxyriboseRibose
BasesA, T, G, CA, U, G, C (uracile remplace la thymine)
StructureDouble brin (hélice)Simple brin
Localisation principaleNoyau (chromosomes)Cytoplasme
StabilitéTrès stableMoins stable (demi-vie variable)
RôleStocker et transmettre l'information génétiqueExprimer l'information génétique

Les trois principaux types d'ARN :

TypeRôle
ARNm (messager)Copie d'un gène, porte l'information vers les ribosomes pour la traduction en protéine
ARNt (transfert)Traduit le code en acides aminés, amène chaque acide aminé spécifique
ARNr (ribosomique)Composant structural et catalytique des ribosomes

Mnémo : ADN = Archives (stable, au noyau). ARN = Action (transitoire, sort au cytoplasme faire le travail).

5. L'expression de l'information génétique

Le dogme central de la biologie moléculaire (Crick, 1958) :

ADN (réplication) → ADN ADN (transcription) → ARNm ARNm (traduction) → Protéine

5.1 La réplication

Avant chaque division cellulaire, l'ADN est dupliqué à l'identique grâce aux ADN polymérases. La complémentarité des bases garantit la fidélité de la copie.

5.2 La transcription

Le gène (segment d'ADN) est copié en ARNm par l'ARN polymérase dans le noyau. L'ARNm est ensuite exporté dans le cytoplasme.

5.3 La traduction

L'ARNm est lu par les ribosomes. Chaque groupe de 3 bases (un codon) code un acide aminé spécifique. La chaîne polypeptidique s'allonge codon par codon jusqu'au codon stop.

Le code génétique est universel (mêmes codons chez presque tous les êtres vivants) et dégénéré (plusieurs codons peuvent coder le même acide aminé).

Lien clinique : les anticancéreux ciblant la réplication (cisplatine) interfèrent avec l'ADN tumoral mais touchent aussi les cellules à renouvellement rapide (moelle, tube digestif) : aplasie, nausées, alopécie. Les antibiotiques anti-ribosomes (aminoglycosides, macrolides, tétracyclines) exploitent les différences entre ribosomes bactériens (70S) et eucaryotes humains (80S).

6. Les mutations

Une mutation est une modification de la séquence nucléotidique de l'ADN.

TypeDescriptionConséquence possible
SubstitutionUn nucléotide remplacé par un autreAcide aminé changé ou non (mutation silencieuse)
InsertionAjout d'un ou plusieurs nucléotidesDécalage du cadre de lecture
DélétionSuppression d'un ou plusieurs nucléotidesDécalage du cadre de lecture

Causes : erreurs de réplication, rayonnements ionisants (UV, rayons X), agents chimiques mutagènes.

Lien clinique : la PCR (réaction en chaîne par polymérase) amplifie une séquence d'ADN en exploitant la complémentarité des bases et les ADN polymérases. Elle est utilisée dans les tests diagnostiques (COVID-19, VIH, tuberculose) et en médecine légale.

7. Les virus et les acides nucléiques

Les virus sont des entités non cellulaires constituées d'un génome (ADN ou ARN) entouré d'une capside protéique.

  • Virus à ADN : herpès, HPV, hépatite B.
  • Virus à ARN : VIH, virus influenza, SARS-CoV-2, hépatite C.

Le cas du VIH (rétrovirus) : son génome est en ARN, mais il code une enzyme unique, la transcriptase inverse, qui convertit son ARN en ADN dans la cellule hôte. Cet ADN viral s'intègre dans le génome humain (provirus) et y persiste. C'est une exception au dogme central (ARN → ADN).

Lien clinique : les antirétroviraux ciblant la transcriptase inverse (inhibiteurs nucléosidiques et non nucléosidiques) bloquent cette étape. Comprendre ce mécanisme est utile pour l'éducation thérapeutique des patients sous traitement antirétroviral.

Vocabulaire essentiel

  • Acide nucléique : polymère de nucléotides, support de l'information génétique (ADN) ou de son expression (ARN).
  • Nucléotide : unité de base composée d'un sucre, d'un groupement phosphate et d'une base azotée.
  • Base azotée : molécule portant l'information. Purines (A, G) et pyrimidines (C, T pour l'ADN ; C, U pour l'ARN).
  • Double hélice : structure de l'ADN formée de deux brins antiparallèles reliés par des liaisons hydrogène.
  • Complémentarité des bases : A s'apparie avec T (ADN) ou U (ARN), G s'apparie avec C.
  • Gène : segment d'ADN codant une protéine ou un ARN fonctionnel.
  • Génome : ensemble du matériel génétique d'un individu.
  • Chromosome : molécule d'ADN condensée associée aux histones.
  • ARNm / ARNt / ARNr : ARN messager (copie d'un gène), de transfert (amène les acides aminés), ribosomique (composant des ribosomes).
  • Codon : triplet de bases de l'ARNm codant un acide aminé.
  • Transcription : synthèse d'ARNm à partir de l'ADN (noyau).
  • Traduction : synthèse d'une protéine à partir de l'ARNm (cytoplasme, ribosomes).
  • Mutation : modification de la séquence nucléotidique de l'ADN.
  • Transcriptase inverse : enzyme du VIH qui convertit l'ARN en ADN.

Points clés à retenir

  1. Les acides nucléiques (ADN et ARN) sont des polymères de nucléotides (sucre + phosphate + base azotée). Les bases azotées portent l'information génétique.
  2. L'ADN est en double hélice antiparallèle : A s'apparie avec T (2 liaisons H), G avec C (3 liaisons H). Cette complémentarité est la base de la réplication et de la transcription.
  3. L'ARN diffère de l'ADN par son sucre (ribose), par l'uracile (remplace la thymine) et par sa structure simple brin.
  4. Trois types d'ARN fonctionnels : ARNm (messager), ARNt (transfert), ARNr (ribosomique).
  5. Le flux d'information : ADN (transcription dans le noyau) → ARNm → Protéine (traduction dans le cytoplasme).
  6. Les médicaments anticancéreux, antibiotiques anti-ribosomes et antiviraux exploitent les différences entre les acides nucléiques humains et ceux des pathogènes pour agir de façon sélective.

Pièges fréquents

  1. Confondre ADN et ARN dans la localisation : l'ADN est dans le noyau (et les mitochondries). L'ARN produit dans le noyau est exporté dans le cytoplasme pour être traduit.
  2. Oublier que l'ARN contient de l'uracile (U) et non de la thymine (T) : la thymine est exclusive à l'ADN. Dans l'ARN, elle est remplacée par l'uracile, qui s'apparie aussi avec l'adénine.
  3. Confondre antiparallélisme et complémentarité : la complémentarité dit quelles bases s'apparient (A-T, G-C). L'antiparallélisme dit que les deux brins courent en sens opposés.
  4. Confondre transcription et traduction : la transcription produit de l'ARNm à partir de l'ADN (noyau). La traduction produit une protéine à partir de l'ARNm (cytoplasme). Deux étapes distinctes dans le temps et dans l'espace.
  5. Croire que toutes les mutations entraînent une maladie : les mutations dans les zones non codantes ou les mutations silencieuses (qui ne changent pas l'acide aminé) peuvent être sans conséquence. Une mutation ne cause une maladie que si la protéine produite est non fonctionnelle.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Pourquoi le test PCR est-il si sensible pour détecter un virus ? R : La PCR exploite la réplication de l'ADN. Des amorces complémentaires des séquences cibles du pathogène guident l'ADN polymérase pour les copier sélectivement. À chaque cycle, le nombre de copies double : après 30 à 40 cycles, une seule molécule initiale génère des milliards de copies détectables par fluorescence. La PCR peut donc détecter une infection avant même l'apparition des symptômes.

Q : Quelle est la différence entre un virus à ARN et un virus à ADN pour la cellule infectée ? R : Un virus à ADN (herpès, HPV) introduit son ADN dans le noyau, où il peut s'intégrer ou se répliquer avec les polymérases de la cellule hôte. Un virus à ARN (grippe, SARS-CoV-2) se réplique directement dans le cytoplasme, sans passer par l'ADN. Les rétrovirus (VIH) constituent un cas particulier : leur ARN est converti en ADN par la transcriptase inverse, puis s'intègre dans le génome. Cette intégration rend l'élimination du VIH particulièrement difficile, car le provirus persiste à vie même sous traitement.

Q : Comment expliquer que toutes nos cellules aient le même ADN mais soient si différentes ? R : Toutes les cellules somatiques ont le même génome. Leur différence vient de la régulation de l'expression génétique : chaque type cellulaire n'active qu'un sous-ensemble de ses gènes. Un neurone exprime des gènes de canaux ioniques. Un hépatocyte exprime des gènes d'enzymes de détoxification. Cette régulation est assurée par des facteurs de transcription et des modifications des histones (épigénétique).

Q : Pourquoi les aminoglycosides peuvent-ils être toxiques pour le rein et l'oreille interne ? R : Les aminoglycosides ciblent les ribosomes bactériens (70S), différents des ribosomes eucaryotes humains (80S). Mais les mitochondries humaines possèdent des ribosomes proches des ribosomes bactériens (héritage évolutif). Les cellules très riches en mitochondries (cellules ciliées de la cochlée, cellules tubulaires rénales) peuvent subir une toxicité mitochondriale : c'est la base de la néphrotoxicité et de l'ototoxicité. La surveillance de la fonction rénale fait partie du suivi infirmier sous aminoglycosides.

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