Les soins sans consentement en psychiatrie
À retenir
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine A, UE A.2 « Législation, déontologie, éthique ». Correspond à l'ex-UE 1.3 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : l'infirmier en psychiatrie, ou tout IDE confronté à une décompensation psychiatrique aiguë, doit connaître les fondements légaux des soins sans consentement pour agir dans le respect du droit tout en protégeant le patient et la collectivité.
01Cadre légal général
1.1 La loi du 5 juillet 2011 et la loi du 27 septembre 2013
Le régime des soins psychiatriques sans consentement est organisé principalement par la loi du 5 juillet 2011 relative aux droits et à la protection des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques, modifiée par la loi du 27 septembre 2013. Ces textes sont codifiés au Code de la santé publique.
La loi de 2013 a notamment :
- Étendu et précisé les droits des patients sous soins sans consentement
- Renforcé le contrôle du juge des libertés et de la détention (JLD)
- Assoupli les modalités des soins (possibilité de soins ambulatoires sous contrainte)
1.2 Principes fondateurs
Tout soin psychiatrique sans consentement repose sur la tension entre deux impératifs :
- La protection du patient dont les troubles altèrent le jugement et dont l'état nécessite des soins immédiats.
- La protection de la liberté individuelle : l'hospitalisation sous contrainte est une atteinte grave aux libertés fondamentales, encadrée par la Constitution et la Convention européenne des droits de l'homme.
À retenir
Point clé : les soins psychiatriques sans consentement ne sont pas une sanction. Ce sont des soins médicaux imposés dans l'intérêt du patient, soumis à un contrôle juridictionnel strict.
02Les formes de soins sans consentement
2.1 Les soins à la demande d'un tiers (SPDT)
Conditions d'admission (les deux doivent être réunies) :
- Les troubles mentaux de la personne rendent impossible son consentement (altération du jugement).
- L'état de la personne impose des soins immédiats assortis d'une surveillance constante en milieu hospitalier.
Procédure d'admission :
- Deux certificats médicaux sont nécessaires : l'un rédigé par un médecin extérieur à l'établissement, l'autre par un médecin de l'établissement d'accueil (dans les 24 heures). Ces deux médecins ne doivent pas être de la même famille ni avoir de lien hiérarchique entre eux.
- Une demande écrite d'un tiers (membre de la famille, toute personne entretenant des relations avec le patient) formulée de façon manuscrite ou via un formulaire.
En cas d'urgence (SPDT urgence) :
- Un seul certificat médical suffit.
- La demande peut être faite par le directeur de l'établissement.
À retenir
Mnémo : SPDT = Soins à la demande d'un Tiers. Deux conditions : pas de consentement possible + soins immédiats nécessaires.
2.2 Les soins sur décision du représentant de l'État (SPDRE)
Quand : lorsque les troubles mentaux du patient compromettent la sûreté des personnes ou portent atteinte de façon grave à l'ordre public.
Autorité décisionnaire : le préfet (ou à Paris, le préfet de police), sur la base de certificats médicaux.
Différence avec le SPDT : le SPDRE peut être prononcé même sans demande d'un tiers, et il vise la protection d'autrui (ordre public) en plus de celle du patient lui-même.
Procédure :
- Un ou deux certificats médicaux circonstanciés selon les situations.
- Décision préfectorale (arrêté préfectoral).
- Contrôle du juge des libertés et de la détention.
| SPDT | SPDRE | |
|---|---|---|
| Critère principal | Impossibilité de consentir + soins immédiats nécessaires | Atteinte à la sûreté des personnes ou à l'ordre public |
| Demandeur | Un tiers (famille, entourage) ou directeur d'établissement | Préfet (ou représentant de l'État) |
| Certificats médicaux | 2 (1 extérieur + 1 établissement) ou 1 en urgence | 1 ou 2 selon le cas |
| Contrôle judiciaire | JLD dans les 12 jours | JLD dans les 12 jours |
2.3 Les soins pour péril imminent (SPI)
Lorsqu'il est impossible d'obtenir une demande de tiers et que l'état du patient présente un péril imminent, l'admission peut être prononcée par le directeur de l'établissement sur la base d'un seul certificat médical (sans demande de tiers). Le juge des libertés et de la détention doit être informé.
2.4 Les modalités de soins sans consentement
Les soins sans consentement ne se limitent plus à l'hospitalisation complète. Depuis la loi de 2011, il est possible de réaliser des soins sous forme de :
- Hospitalisation complète : en service fermé ou ouvert selon l'évaluation clinique.
- Programme de soins (soins ambulatoires sous contrainte) : le patient est hospitalisé initialement, puis peut bénéficier de soins en ambulatoire (consultations, injections en CMP) sous la contrainte juridique, sans hospitalisation permanente.