De l'infection locale à l'infection générale
À retenir
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (processus pathologiques). Correspond à l'ex-UE 2.5 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : identifier les signes de dissémination infectieuse permet à l'infirmier de détecter précocement le passage d'une infection localisée à une infection générale potentiellement vitale, et d'alerter sans délai.
01Les étapes de l'infection
Une infection suit un enchaînement logique que l'on peut décrire par les étapes suivantes :
- Contamination : présence de l'agent infectieux sur ou dans l'hôte.
- Colonisation : multiplication de l'agent sans symptômes ni réponse immunitaire notable (portage).
- Infection : franchissement des défenses de l'hôte, multiplication et réaction de l'organisme.
- Dissémination : extension de l'infection au-delà du foyer initial.
À retenir
En pratique : le portage colonisateur (ex. portage nasal de SAMS ou SARM) ne doit pas être traité par antibiothérapie sauf indication spécifique (décolonisation avant chirurgie). La confusion entre colonisation et infection est une source d'antibiothérapie inappropriée.
02La porte d'entrée
La porte d'entrée est le site par lequel l'agent infectieux pénètre dans l'organisme. Son identification est cruciale pour orienter le diagnostic et la prise en charge.
| Porte d'entrée | Exemples d'agents | Exemples d'infections initiales |
|---|---|---|
| Cutanée (plaie, escarre, piqûre) | Staphylocoque, streptocoque | Érysipèle, cellulite, abcès |
| Respiratoire | Pneumocoque, Haemophilus, virus grippaux | Pneumonie, bronchite |
| Urinaire | E. coli, Klebsiella | Cystite, pyélonéphrite |
| Digestive | Salmonella, E. coli entéropathogène | Gastro-entérite, colite |
| Oro-pharyngée | Streptocoque A, méningocoque | Angine, méningite |
| Génitale / sexuelle | Gonocoque, Treponema pallidum, VIH | IST, vaginite |
| Cathéter / dispositif invasif | Staphylocoque, Candida, BGN | Bactériémie sur cathéter |
À retenir
En pratique : lors de toute infection avérée, l'IDE doit contribuer à identifier la porte d'entrée probable : état cutané, aspect des urines, signes respiratoires, présence d'un cathéter ou d'une sonde. Cette information guide la prescription des examens complémentaires.
03L'infection localisée
3.1 Définition et caractéristiques
L'infection localisée est confinée à un organe ou un territoire précis. Les défenses de l'organisme (barrières, immunité locale) contiennent l'agent infectieux au foyer d'entrée. Les signes sont essentiellement locaux (rougeur, chaleur, douleur, tuméfaction, pus), éventuellement accompagnés d'une réaction systémique légère (fébricule, discrète augmentation de la CRP).
Exemples cliniques : abcès cutané délimité, cystite simple, érysipèle localisé, conjonctivite bactérienne.
3.2 Infection localisée à risque de dissémination
Certaines infections localisées présentent un risque élevé de dissémination, notamment :
- Infections des tissus mous (cellulite, fasciite nécrosante) : progression rapide le long des fascias.
- Endocardite : colonisation des valves cardiaques avec embolies septiques à distance.
- Infections d'os (ostéomyélite) : difficile à stériliser, risque de dissémination hématogène.
- Infections sur matériel étranger (prothèse, cathéter) : le biofilm protège les bactéries de l'immunité et des antibiotiques.
04La dissémination infectieuse
Lorsque les défenses locales sont débordées, l'agent infectieux peut se propager :
- Par contiguïté : extension directe à partir du foyer (sinusite → ostéite de la base du crâne, infection pulmonaire → empyème pleural).
- Par voie lymphatique : drainage des agents infectieux vers les ganglions régionaux (lymphangite, adénite satellite).
- Par voie hématogène : passage dans le sang circulant.