Prévention et surveillance infirmière du risque infectieux
À retenir
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (contenus organisés par système). Correspond à l'ex-UE 2.5 « Processus inflammatoires et infectieux » (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : l'infirmier est le premier acteur de la prévention des infections associées aux soins ; il assure la surveillance clinique continue, réalise les prélèvements diagnostiques, applique les mesures de prévention et éduque le patient et son entourage.
01Le rôle infirmier dans la prévention du risque infectieux
1.1 Cadre réglementaire
La prévention des infections associées aux soins (IAS) est un impératif légal et éthique. En France, les établissements de santé organisent la lutte contre les infections associées aux soins sous la responsabilité de la commission médicale d'établissement (CME), avec une équipe opérationnelle d'hygiène (EOH) (le comité de lutte contre les infections nosocomiales, CLIN, obligatoire jusqu'en 2010, existe encore dans certains établissements), et mettent en oeuvre un programme de prévention selon les recommandations des autorités sanitaires (ministère, Santé Publique France, SPILF).
L'infirmier est un acteur de premier plan de ce programme.
1.2 Infections associées aux soins (IAS)
Une infection associée aux soins (IAS) est toute infection survenant au cours ou à la suite d'une prise en charge diagnostique ou thérapeutique d'un patient, quelle que soit la structure (hôpital, établissement médico-social, soins à domicile). Elle inclut les infections nosocomiales (contractées dans un établissement de santé) et les infections liées aux soins en ville.
Les IAS représentent un enjeu de santé publique majeur (morbidité, mortalité, coûts, résistances).
Principales IAS (dans l'ordre de fréquence approximative) :
- Infections urinaires (souvent liées à la sonde).
- Infections du site opératoire (ISO).
- Pneumonies (notamment associées à la ventilation mécanique, PAVM).
- Bactériémies (liées aux cathéters vasculaires).
02Les précautions standard
Les précautions standard (PS) sont l'ensemble des mesures de base à appliquer lors de tous les soins, pour tous les patients, quel que soit leur statut infectieux connu ou suspecté. Elles protègent le soignant ET le patient.
2.1 Hygiène des mains
La friction hydro-alcoolique (FHA) est la technique de référence pour l'hygiène des mains (sauf cas particuliers : mains visiblement souillées ou mouillées, gale et Clostridioides difficile : lavage des mains au savon doux, suivi d'une friction pour C. difficile).
Les 5 moments de l'hygiène des mains (OMS) :
- Avant contact avec le patient.
- Avant un acte aseptique.
- Après un risque d'exposition à un liquide biologique.
- Après contact avec le patient.
- Après contact avec l'environnement du patient.
À retenir
En pratique : les bijoux aux mains et avant-bras, les ongles longs et le vernis sont interdits lors des soins. La peau sèche et abîmée par les lavages répétés doit être protégée par une crème hydratante (hygiène des mains efficace = peau intègre).
2.2 Équipements de protection individuelle (EPI)
| EPI | Indication | Mise en place |
|---|---|---|
| Gants non stériles | Risque de contact avec liquides biologiques, muqueuses, peau lésée | Avant tout contact, changés entre deux patients et entre deux activités |
| Masque chirurgical | Protection du patient (actes aseptiques), protection soignant (gouttelettes) | Couvrant nez et bouche |
| Masque FFP2 | Protection du soignant en cas de transmission aérienne (tuberculose, varicelle, rougeole) | Ajustement et test d'étanchéité à chaque mise en place |
| Lunettes/visière | Risque de projection de liquides biologiques | Lors de soins à risque de projections |
| Surblouse | Risque de souillure des vêtements professionnels | Lors de soins contacts directs prolongés |
2.3 Gestion des accidents d'exposition au sang (AES)
En cas de piqûre ou coupure :
- Ne pas faire saigner ; nettoyage immédiat de la plaie à l'eau et au savon, rinçage, puis antisepsie d'au moins 5 minutes (Dakin, eau de Javel diluée ou Bétadine dermique).
En cas de projection sur une muqueuse (œil, bouche) : rinçage abondant au sérum physiologique ou à l'eau pendant au moins 5 minutes, sans savon ni antiseptique.
Dans tous les cas : 2. Signalement immédiat au cadre de santé, au médecin du travail ou aux urgences (selon l'heure). 3. Bilan sérologique du soignant et de la source (si accord). 4. Évaluation du risque (VIH, VHB, VHC) et mise en route éventuelle d'un traitement prophylactique post-exposition (TPE) contre le VIH dans les 4 heures (au maximum 48 heures). 5. Déclaration d'accident du travail.
2.4 Gestion des déchets et des piquants-tranchants
- Les DASRI (déchets d'activité de soins à risque infectieux) sont triés et éliminés selon les filières réglementées.
- Les piquants-tranchants (aiguilles, scalpels) ne se re-capuchonnent pas à la main ; ils sont éliminés immédiatement dans un collecteur à aiguilles (OPCT) rigide, positionné à hauteur du point de soin.
03Les précautions complémentaires
Les précautions complémentaires s'ajoutent aux précautions standard en cas d'agent infectieux à transmission spécifique ou de BMR.
| Type | Indications | Mesures |
|---|---|---|
| Précautions contact | BMR (SARM, EBLSE), BHRe (EPC, ERG : mesures renforcées), C. difficile, gale, rotavirus | Chambre individuelle ou regroupement, tablier ou surblouse lors des soins en contact avec le patient ou son environnement (gants selon les précautions standard), matériel dédié au patient, nettoyage renforcé |
| Précautions respiratoires simples (SF2H 2024) | Grippe, VRS, Covid-19, méningocoque, coqueluche, scarlatine, oreillons | Chambre individuelle porte fermée, masque à usage médical porté dès l'entrée dans la chambre, masque patient lors des transports |
| Précautions respiratoires renforcées | Tuberculose bacillifère, varicelle, rougeole (ou geste générant des aérosols à risque élevé) | Chambre individuelle porte fermée, FFP2 soignants et visiteurs, FFP2 (à défaut masque à usage médical) pour le patient lors des transports ; pression négative réservée aux précautions maximales |
À retenir
En pratique : les précautions complémentaires doivent être clairement signalées à l'entrée de la chambre et dans le dossier de soins. L'IDE informe le patient et sa famille de leur utilité, sans stigmatisation.