Les addictions
À retenir
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (contenus organisés par système). Correspond à l'ex-UE 2.6 « Processus psychopathologiques » (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : les addictions sont des comorbidités fréquentes dans tous les services de soins ; l'IDE doit repérer les signes de dépendance, anticiper les syndromes de sevrage (parfois mortels) et adopter une posture de réduction des risques sans jugement.
01Concepts fondamentaux des addictions
1.1 Définitions
- Usage : consommation sans dommage notable, compatible avec le fonctionnement social et professionnel.
- Usage nocif (abus) : consommation entraînant des dommages physiques, psychologiques ou sociaux, sans dépendance constituée.
- Dépendance (trouble de l'usage) : usage compulsif malgré des conséquences négatives, avec perte de contrôle.
- Addiction comportementale : dépendance à un comportement (jeu, écran, sexe, sport...) sans substance.
1.2 Les composantes de la dépendance
| Composante | Définition |
|---|---|
| Dépendance physique | Adaptation de l'organisme à la substance : tolérance et syndrome de sevrage à l'arrêt |
| Dépendance psychologique | Besoin compulsif de la substance pour ses effets psychiques (euphorie, apaisement) ; craving |
| Tolérance | Nécessité d'augmenter les doses pour obtenir le même effet |
| Craving | Envie intense, irrésistible de consommer |
| Syndrome de sevrage | Ensemble de symptômes physiques et psychiques à l'arrêt ou à la réduction de la substance |
1.3 Mécanisme neurobiologique commun
Toutes les substances addictives activent le circuit de récompense mésocorticolimbique (voie dopaminergique reliant l'aire tegmentale ventrale au noyau accumbens). La libération massive de dopamine produit un effet de récompense (plaisir, euphorie) qui renforce le comportement de consommation. À long terme, ce circuit se dérègle : la substance devient nécessaire pour atteindre un seuil de bien-être minimal, et le plaisir basal diminue.
À retenir
Mnémo : C.A.G.E. est un outil de repérage de l'alcoolodépendance (Cut down, Annoyed, Guilty, Eye-opener) ; ses 4 questions permettent un dépistage rapide.
02L'alcool
2.1 Données épidémiologiques et effets
L'alcool (éthanol) est la substance psychoactive légale la plus consommée en France. Ses effets dépendent de la dose :
- Faible dose : désinhibition, euphorie, anxiolyse.
- Dose croissante : incoordination motrice, somnolence, ataxie.
- Dose élevée : dépression du système nerveux central, risque de coma éthylique.
2.2 Complications de l'alcoolodépendance
| Système | Complications |
|---|---|
| Neurologique | Encéphalopathie de Gayet-Wernicke (carence en thiamine/B1), syndrome de Korsakoff (amnésie antérograde sévère), polyneuropathie |
| Hépatique | Stéatose, hépatite alcoolique, cirrhose |
| Digestif | Gastrite, pancréatite, cancer de l'oesophage |
| Cardiovasculaire | Cardiomyopathie dilatée, troubles du rythme |
| Psychique | Dépression, troubles anxieux, troubles du sommeil |
| Social | Difficultés familiales, professionnelles, juridiques |
2.3 Le syndrome de sevrage alcoolique
Le sevrage alcoolique est une urgence médicale potentiellement mortelle. Il survient en quelques heures après l'arrêt ou la diminution chez un patient dépendant.
Signes précoces (6 à 24 heures après l'arrêt) : tremblements, sueurs, tachycardie, hypertension artérielle, anxiété, insomnie, nausées.
Signes graves (possibles dans les 48 à 72 premières heures) :
- Crises épileptiques de sevrage.
- Delirium tremens : confusion mentale, agitation, hallucinations (visuelles, tactiles), signes neurovégétatifs majeurs (hyperthermie, tachycardie sévère, HTA), troubles hydro-électrolytiques. Urgence vitale.
Surveillance IDE du sevrage alcoolique :
- Constantes fréquentes (pouls, TA, température, SpO2).
- Score CIWA-Ar (Clinical Institute Withdrawal Assessment for Alcohol) pour évaluer la sévérité du sevrage.
- Surveillance neurologique (crises convulsives, conscience, orientation).
- Hydratation adaptée.
- Prévention de l'encéphalopathie de Gayet-Wernicke : administration de thiamine (vitamine B1) selon prescription médicale avant tout apport glucosé.
- Environnement calme et rassurant.
- Prévention des chutes.
À retenir
En pratique : ne jamais perfuser du glucose avant la thiamine chez un patient alcoolodépendant dénutri : le glucose consomme la thiamine résiduelle et peut précipiter une encéphalopathie de Gayet-Wernicke. Exception : une hypoglycémie avérée se corrige sans délai ; la thiamine est alors administrée en même temps, jamais au prix d'un retard du resucrage.