Le traitement chirurgical des cancers
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (processus pathologiques). Correspond à l'ex-UE 2.9 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : la chirurgie reste le traitement de référence de nombreux cancers localisés ; l'IDE assure les soins péri-opératoires, la surveillance post-chirurgicale et l'éducation à la récupération et aux complications.
01Place de la chirurgie en oncologie
La chirurgie est le traitement le plus ancien et, pour de nombreux cancers solides de stade localisé, le plus efficace en termes de guérison. Elle peut intervenir à plusieurs moments de la trajectoire de soin.
| Intention | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Curative | Ablation complète de la tumeur avec marges saines | Cancer du sein T1N0, cancer colorectal stade I-II |
| Palliative | Réduction de la masse tumorale (debulking) ou levée d'une complication | Cancer de l'ovaire avancé, chirurgie de dérivation digestive |
| Reconstructrice/réparatrice | Restauration fonctionnelle ou esthétique après exérèse | Reconstruction mammaire, lambeau après ORL |
| Diagnostique | Biopsie chirurgicale ou exérèse exploratrice | Biopsie ganglionnaire, laparotomie exploratrice |
| Prophylactique | Ablation d'organe à risque chez un sujet prédisposé | Mastectomie prophylactique (BRCA1/2), colectomie (polypose adénomateuse familiale) |
Key takeaway
En pratique : la chirurgie prophylactique bilatérale chez une patiente porteuse d'une mutation BRCA1 est une décision personnelle et éthique lourde, qui doit être accompagnée d'un soutien psychologique avant et après l'intervention. L'IDE écoute, ne juge pas et facilite l'accès aux ressources.
02Les types d'exérèse
2.1 L'exérèse avec marges de sécurité
Le principe fondamental est l'ablation de la tumeur avec des marges saines : le chirurgien enlève la tumeur entourée d'une quantité de tissu sain, vérifiée par l'anatomopathologiste sur la pièce opératoire.
- Marges envahies (R1) : des cellules tumorales restent sur le bord de la pièce opératoire. Risque de récidive locale élevé. Une reprise chirurgicale ou une radiothérapie complémentaire sont souvent indiquées.
- Marges saines (R0) : aucune cellule tumorale sur les bords. Objectif de toute chirurgie curative.
2.2 Types d'exérèses selon l'étendue
| Type d'exérèse | Définition | Exemples |
|---|---|---|
| Exérèse large (excision large) | Ablation de la tumeur avec marges de tissu sain | Sarcome des tissus mous, mélanome |
| Tumorectomie / Lumpectomie | Ablation de la tumeur seule, conservation de l'organe | Cancer du sein (chirurgie conservatrice) |
| Mastectomie | Ablation totale du sein | Cancer du sein (non conservateur) |
| Lobectomie / Pneumonectomie | Ablation d'un lobe ou d'un poumon entier | Cancer du poumon |
| Hémicolectomie / Sigmoidectomie | Ablation d'un segment du côlon | Cancer colorectal |
| Prostatectomie radicale | Ablation de la prostate et des vésicules séminales | Cancer de la prostate localisé |
| Gastrectomie totale ou partielle | Ablation de tout ou partie de l'estomac | Cancer gastrique |
| Curage ganglionnaire | Ablation des ganglions lymphatiques régionaux | Associé à la plupart des chirurgies curatives |
2.3 Chirurgie conservatrice versus chirurgie radicale
La tendance actuelle est à la conservation d'organe autant que possible, associée à la radiothérapie complémentaire, sans sacrifier la radicalité oncologique :
- Cancer du sein : tumorectomie + radiothérapie versus mastectomie (résultats similaires en termes de survie pour les cancers localisés).
- Cancer du larynx : protocoles de préservation laryngée (chimio-radiothérapie) pour éviter la laryngectomie totale.
- Cancer du rectum : chirurgie avec préservation sphinctérienne quand c'est techniquement possible, évitant la colostomie définitive.
Key takeaway
En pratique : la conservation d'organe a un impact majeur sur l'image corporelle et la qualité de vie. L'IDE anticipe les besoins psychologiques et éducatifs en lien avec les modifications corporelles (stomie, amputation, cicatrice visible, lymphœdème).
2.4 Les curage ganglionnaires et la technique du ganglion sentinelle
Le curage ganglionnaire (évidement des ganglions lymphatiques régionaux) permet la stadification précise (pN) et réduit le risque de récidive ganglionnaire. Il expose à des complications : lymphœdème, troubles sensitifs, limitation de mobilité.
La technique du ganglion sentinelle (voir fiche « La classification TNM et la stadification ») permet d'éviter un curage systématique quand le premier ganglion est indemne (cancer du sein, mélanome), réduisant les complications.