Évaluer un investissement durable : critères extra-financiers, ODD, taxonomie, ESG, Donut
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 6 « Finance d'entreprise », partie 2 « Concevoir la politique d'investissement », sous-partie 2.4 « Évaluer la performance des investissements durables ».
Pourquoi c'est central à l'examen : le programme 2025 demande d'analyser une décision d'investissement en univers certain, « au-delà du simple calcul financier », et d'argumenter un choix entre projets en combinant considérations financières et extra-financières. Le sujet fournit les chiffres ; la note porte sur la façon d'intégrer la transition écologique dans les flux et dans le taux d'actualisation, puis de justifier la décision.
01Pourquoi dépasser la VAN
Un calcul de VAN ne voit que les flux de trésorerie prévus. Or un projet peut :
- réduire un risque futur (taxe ou quota sur les émissions, durcissement de normes, hausse du prix de l'énergie, perte d'accès à un marché) ;
- améliorer l'accès au financement (prêteurs et investisseurs sensibles aux critères environnementaux et sociaux) ;
- créer des effets sociaux ou environnementaux qui ne se traduisent pas en euros mais engagent la réputation, la conformité et la durabilité de l'entreprise.
L'analyse financière et l'analyse extra-financière sont donc complémentaires : la première mesure la création de valeur économique, la seconde apprécie la contribution du projet à la durabilité et sa résistance aux changements de contexte.
02Les critères de sélection extra-financiers
2.1 Les objectifs de développement durable (ODD)
Les ODD sont les 17 objectifs de l'Agenda 2030 adopté par l'ONU en 2015. Ils couvrent le climat, l'énergie, l'eau, la santé, l'éducation, l'égalité, le travail décent, l'industrie et l'innovation, les villes durables, etc. Pour un projet, on repère à quels objectifs et à quelles cibles il contribue (par exemple : énergie propre et d'un coût abordable, travail décent et croissance économique, consommation et production responsables, lutte contre le changement climatique) et on vérifie qu'il ne nuit pas aux autres.
2.2 La taxonomie verte européenne : éligibilité et alignement
Le règlement (UE) 2020/852 établit un langage commun pour définir les activités économiques durables sur le plan environnemental. Il retient six objectifs environnementaux : atténuation du changement climatique, adaptation au changement climatique, utilisation durable des ressources en eau et marines, transition vers une économie circulaire, prévention de la pollution, protection de la biodiversité et des écosystèmes (sources : amf-france.org et economie.gouv.fr).
Deux notions à ne pas confondre :
| Notion | Définition | Question posée |
|---|---|---|
| Éligible | L'activité est décrite dans les actes délégués de la taxonomie | « L'activité fait-elle partie de celles que la taxonomie évalue ? » |
| Alignée | Elle remplit trois conditions, appréciées selon les critères d'examen technique des actes délégués : contribution substantielle à au moins un objectif, absence de préjudice important aux autres (critère « DNSH »), respect de garanties sociales minimales (droits humains, par exemple) | « Répond-elle à tous les critères techniques ? » |
Une activité peut être éligible sans être alignée : l'éligibilité est un premier tri, l'alignement une validation complète. Un projet d'investissement peut être qualifié d'aligné pour la part de son capital (dépenses d'investissement) qui finance une activité alignée.
À retenir
Pour une PME, les obligations de reporting de durabilité ne s'appliquent pas directement : la directive Omnibus I fixe pour la directive sur la publication d'informations en matière de durabilité (CSRD) des seuils cumulatifs de plus de 1 000 salariés et plus de 450 M€ de chiffre d'affaires net, pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027. Mais ses clients, ses banques et ses investisseurs peuvent lui demander des données ESG : les critères du programme servent à les comprendre et à y répondre.
2.3 Les critères ESG
L'acronyme ESG regroupe trois familles de critères utilisées pour apprécier la performance extra-financière d'une entreprise ou d'un projet :
| Pilier | Contenu | Exemples d'indicateurs pour un projet |
|---|---|---|
| E : environnement | Climat, énergie, eau, déchets, biodiversité | Émissions évitées, consommation d'énergie, taux de recyclage |
| S : social | Salariés, conditions de travail, parties prenantes locales | Emplois créés ou maintenus, accidents du travail, formation |
| G : gouvernance | Pilotage, éthique, gestion des risques | Transparence, prévention de la corruption, gestion du risque climatique |
Des labels publics (par exemple le label ISR, investissement socialement responsable, ou le label Greenfin pour la finance verte) existent pour certifier des fonds d'investissement ; il suffit de les citer dans le cadre du programme.
2.4 La théorie du Donut de Kate Raworth (2017)
Le programme précise que cette théorie peut être mobilisée. Elle propose de situer l'économie entre deux limites :
| Limite | Contenu |
|---|---|
| Plancher social | Les besoins essentiels de chacun doivent être satisfaits (alimentation, santé, éducation, travail, etc.) |
| Plafond écologique | Ne pas dépasser les neuf limites planétaires (climat, biodiversité, cycles de l'eau, etc.) |
L'espace entre les deux est « sûr et juste ». Le bilan 2025 du Stockholm Resilience Centre (24 septembre 2025) établit que 7 limites planétaires sur 9 sont franchies, l'acidification des océans l'étant pour la première fois ; seules la couche d'ozone et les aérosols restent dans la zone sûre. Pour un projet, on se demande : contribue-t-il à relever le plancher social sans aggraver le dépassement du plafond écologique ?