DCG UE6 : Investissement, valeur et temps, BFR

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Les projets d'investissement : typologie, paramètres et flux nets de trésorerie

À retenir

Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 6 « Finance d'entreprise », partie 2 « Concevoir la politique d'investissement », sous-partie 2.3 « Analyser les projets d'investissement ».

Pourquoi c'est central à l'examen : l'étude d'un projet d'investissement est le cas le plus classique de l'épreuve. Tout le calcul de la valeur actuelle nette (cours 17) repose sur un tableau de flux correct : une erreur d'impôt, de variation de BFRE ou de valeur résiduelle se propage à tous les critères. L'analyse se fait en univers certain : les flux sont supposés connus.

01Qu'est-ce qu'un investissement ?

Un investissement est un engagement de ressources aujourd'hui, en vue d'obtenir des flux de trésorerie sur plusieurs années. Il se distingue d'une charge courante par sa durée (l'avantage s'étale sur plusieurs exercices) et par son caractère généralement irréversible (revendre un équipement spécifique fait perdre de la valeur).

Du point de vue financier, un projet d'investissement est un échange : un décaissement initial contre une série d'encaissements nets futurs. La question est de savoir si la valeur des encaissements dépasse celle du décaissement, compte tenu du temps et du risque.

02La typologie des investissements

2.1 Selon l'objet

TypeObjectifExemple
RemplacementRenouveler un équipement usé ou obsolèteChanger une machine en fin de vie
Capacité (expansion)Produire et vendre davantageNouvelle ligne de production, ouverture d'un magasin
Productivité (modernisation)Produire moins cherAutomatiser un poste
Diversification (innovation)Entrer sur un nouveau marché ou développer un nouveau produitLancer une gamme nouvelle
ObligatoireSe conformer à une norme ou à une règleMise aux normes de sécurité ou de pollution
ImmatérielDépenses sans support physiqueFormation, recherche et développement, marque, logiciel

2.2 Selon la nature et les relations entre projets

CritèreCatégories
NatureCorporels, incorporels, financiers
Relation entre projetsIndépendants (on peut tous les réaliser), mutuellement exclusifs (choisir l'un exclut l'autre), contingents (l'un dépend de l'autre)
RisqueLes projets de diversification sont en général plus risqués que le remplacement : le taux d'actualisation doit en tenir compte (voir 5)

Cette typologie guide la méthode : un investissement obligatoire ne se discute pas sur sa rentabilité mais sur son coût minimal ; un projet de remplacement se mesure par des flux différentiels (nouveau moins ancien) ; deux projets mutuellement exclusifs se comparent.

03Les paramètres financiers et comptables

ParamètreContenuRemarque
Capital investiPrix d'acquisition hors taxes, frais d'installation et de mise en service, formation liée au projet, variation du besoin en fonds de roulement d'exploitation, moins subventions éventuellesLa TVA est neutre (récupérable) et ne figure pas dans le calcul, sauf si l'énoncé la dit non récupérable
Durée de viePériode pendant laquelle le projet génère des fluxDurée économique, qui peut différer de la durée d'amortissement
Flux nets de trésorerie (FNT)Encaissements moins décaissements de chaque année, après impôtVoir 4
Valeur résiduelleProduit de la cession de l'équipement en fin de projetRetenue nette de l'impôt sur la plus-value (voir 4.4)
Récupération du BFRELe besoin en fonds de roulement engagé est libéré à la fin du projetFlux positif de la dernière année
AmortissementCharge calculable, non décaisséeIl réduit l'impôt : c'est une économie de trésorerie, pas un flux

04Le calcul des flux nets de trésorerie

4.1 La méthode en cinq temps

  1. Capital investi (date 0) : prix d'acquisition, frais, BFRE initial, moins subventions.
  2. Résultat différentiel de chaque année : chiffre d'affaires additionnel moins charges variables, moins charges fixes décaissables supplémentaires = excédent brut d'exploitation (EBE) du projet ; moins dotations aux amortissements = résultat avant impôt.
  3. Impôt sur les sociétés : 25 % du résultat avant impôt, sauf mention contraire de l'énoncé (pas de taux réduit sans le dire). On suppose le résultat positif.
  4. CAF d'exploitation après impôt (flux d'exploitation) :
    • CAF = EBE − IS = résultat net + dotations,
    • ou CAF = EBE × (1 − t) + dotation × t, formule équivalente qui fait apparaître l'économie d'impôt sur l'amortissement.
  5. Variation du BFRE et valeur résiduelle : flux de l'année = CAF − variation du BFRE ; en dernière année, on ajoute la récupération du BFRE et la valeur résiduelle nette d'impôt.

4.2 Les règles de pertinence des flux

À inclureÀ exclure
Flux différentiels (avec le projet moins sans le projet)Les coûts déjà engagés et irrécupérables (étude déjà payée)
Le coût d'opportunité (local déjà possédé qui pourrait être loué)Les frais financiers (intérêts, remboursement) : le coût du financement est dans le taux d'actualisation
L'effet sur les autres produits (cannibalisation)Les dotations aux amortissements en tant que flux (seule leur économie d'impôt compte)
La variation du BFRELes dividendes, les affectations de résultat

À retenir

Intégrer les intérêts dans les flux et actualiser au coût du capital reviendrait à compter deux fois le coût du financement.

4.3 La date des flux

Convention d'examen : l'investissement est décaissé à la date 0 ; les flux d'exploitation sont des flux de fin d'année (dates 1 à n) ; la valeur résiduelle et la récupération du BFRE tombent à la date n. Si le BFRE évolue avec le chiffre d'affaires chaque année, on ne comptabilise que la variation de chaque année ; si l'énoncé ne l'engage qu'au départ, il figure dans le capital investi à la date 0. Suivre la convention du sujet.

4.4 La valeur résiduelle nette d'impôt

La cession en fin de projet peut dégager une plus-value ou une moins-value par rapport à la valeur nette comptable (VNC) :

  • plus-value = prix de cession − VNC, imposée à 25 % ;
  • valeur résiduelle nette = prix de cession − 25 % × (prix de cession − VNC) ;
  • une moins-value (prix inférieur à la VNC) crée une économie d'impôt qui s'ajoute au prix.

Exemple : cession à 50 000 € d'un équipement entièrement amorti (VNC nulle) : impôt de 12 500 €, valeur résiduelle nette de 37 500 €.

05Le choix du taux d'actualisation

Le taux d'actualisation traduit le coût du capital adapté au risque du projet : c'est le rendement minimal que les apporteurs de capitaux (actionnaires et prêteurs) exigent pour financer un projet de ce risque.

5.1 Le coût moyen pondéré du capital

Quand le projet est financé par un mélange de capitaux propres (CP, coût Kc) et de dettes (D, coût avant impôt Kd), on retient le coût moyen pondéré du capital (CMPC), détaillé au cours 22 :

  • CMPC = Kc × CP / (CP + D) + Kd × (1 − t) × D / (CP + D), avec t = 25 %.

La dette coûte moins cher après impôt, car les intérêts sont déductibles.

5.2 Adapter au projet

SituationConséquence sur le taux
Projet semblable à l'activité actuelleCMPC de l'entreprise
Projet plus risqué (diversification, nouveau marché)CMPC majoré d'une prime de risque
Projet moins risqué (remplacement, économie de charges)Taux éventuellement minoré ou CMPC sans prime
Projet bénéficiant d'une subventionL'avantage figure dans les flux (capital investi net), pas dans le taux
Projet bénéficiant d'un prêt à conditions avantageuses (financement vert)Le coût de la dette baisse, donc le CMPC aussi : baisse du taux = part de la dette × baisse du taux d'intérêt × (1 − 25 %), dans la seule mesure où l'avantage est chiffré et durable (cours 18)

Le taux se choisit avant de calculer la VAN et ne doit pas être ajusté pour « faire passer » un projet. Un projet plus risqué est actualisé à un taux plus élevé : la valeur de ses flux lointains est réduite.

5.3 Cohérence

Flux nominaux avec taux nominal ; flux réels (en euros constants) avec taux réel (cours 12).

Exemples corrigés

Cas 1 : un projet de capacité, tableau de flux complet

La société Horizon envisage d'installer une nouvelle ligne pour augmenter sa production. Données (montants hors taxes, TVA ignorée) :

  • investissement de 500 000 €, amorti linéairement sur 5 ans (100 000 € par an), durée de vie 5 ans ;
  • chiffre d'affaires supplémentaire : 720 000 € par an ; charges variables : 60 % du chiffre d'affaires ; charges fixes décaissables supplémentaires : 98 000 € par an ;
  • besoin en fonds de roulement d'exploitation : 20 jours de chiffre d'affaires, engagé dès la date 0 et récupéré à la fin ;
  • cession en fin de période : 50 000 € (équipement entièrement amorti) ;
  • IS : 25 %.

Résultat et CAF annuels (années 1 à 5)

RubriqueCalculMontant
Chiffre d'affaires supplémentairedonné720 000
Charges variables60 % × 720 000− 432 000
Marge sur coût variable
288 000
Charges fixes décaissablesdonné− 98 000
Excédent brut d'exploitation
190 000
Dotations aux amortissements500 000 / 5− 100 000
Résultat avant impôt
90 000
IS à 25 %
− 22 500
Résultat net
67 500
+ Dotations
+ 100 000
CAF d'exploitation
167 500
Contrôle : 190 000 × 0,75 + 100 000 × 0,25
167 500

BFRE : 720 000 × 20 / 360 = 40 000 €. Valeur résiduelle nette : 50 000 − 25 % × (50 000 − 0) = 37 500 €.

Tableau des flux nets de trésorerie

DateInvestissementBFRECAFValeur résiduelle netteFlux net
0− 500 000− 40 000
− 540 000
1
167 500167 500
2
167 500167 500
3
167 500167 500
4
167 500167 500
5
+ 40 000167 500+ 37 500245 000

Somme non actualisée des flux : − 540 000 + 4 × 167 500 + 245 000 = 375 000 €.

À retenir

Écrit au décideur : « Monsieur le Directeur, le projet de nouvelle ligne exige 540 000 € à l'origine (500 000 € de matériel et 40 000 € de besoin de financement d'exploitation). Il génère ensuite 167 500 € de trésorerie nette d'impôt chaque année, et 245 000 € la dernière année avec la récupération du BFRE et la revente du matériel. Sur 5 ans, il rapporte 375 000 € de plus qu'il ne coûte, avant prise en compte du temps. Le résultat dépend du chiffre d'affaires additionnel de 720 000 € : je vous conseille de valider ce volume auprès du service commercial avant de décider, puis de calculer la valeur actuelle nette au taux de 9 % (cours 17). »

Cas 2 : un projet de remplacement, flux différentiels

La société Boréal possède une machine achetée il y a 3 ans : valeur nette comptable de 40 000 €, amortie encore 2 ans à 20 000 € par an, utilisable 5 années de plus sans valeur de revente à terme. Elle peut la céder maintenant 55 000 €. Une machine neuve de 300 000 €, amortie linéairement sur 5 ans (60 000 € par an) et sans valeur de revente à terme, permettrait une économie de charges décaissables de 90 000 € par an. IS à 25 %. Le BFRE est inchangé.

Investissement net à la date 0

ÉlémentCalculMontant
Prix de la machine neuvedonné− 300 000
Prix de cession de l'anciennedonné+ 55 000
Impôt sur la plus-value : 25 % × (55 000 − 40 000)
− 3 750
Capital investi net
− 248 750

Flux différentiels annuels : on compare « garder l'ancienne » et « acheter la neuve ».

RubriqueAnnées 1 et 2Années 3 à 5
Économie de charges décaissables (ΔEBE)90 00090 000
Dotation avec la neuve− 60 000− 60 000
Dotation évitée sur l'ancienne+ 20 0000
Variation des dotations (Δ)− 40 000− 60 000
Variation du résultat avant impôt50 00030 000
Variation de l'IS à 25 %− 12 500− 7 500
Flux différentiel net (ΔEBE − ΔIS)77 50082 500
Contrôle : 90 000 × 0,75 + Δdotation × 0,2567 500 + 10 00067 500 + 15 000

Flux du projet : − 248 750 ; 77 500 ; 77 500 ; 82 500 ; 82 500 ; 82 500. La VAN à 8 % est de 71 732 € (taux de rentabilité interne 18,25 %, cours 17).

À retenir

Écrit au décideur : « Madame la Directrice, remplacer la machine demande 248 750 € nets : 300 000 € d'achat, diminués de 55 000 € de revente et de 3 750 € d'impôt sur la plus-value. Les économies de charges (90 000 € par an) procurent 77 500 € puis 82 500 € de trésorerie nette d'impôt chaque année. Le projet est largement rentable à 8 % (VAN de 71 700 € environ). Je vous recommande de le réaliser, sous réserve de confirmer l'économie de charges de 90 000 €, qui porte à elle seule toute la rentabilité. »

Cas 3 : classer un projet et choisir son taux d'actualisation

La société Horizon (cas 1) est financée à 60 % par des capitaux propres exigeant 10 % et à 40 % par de la dette à 4,8 % avant impôt. IS à 25 %.

CalculRésultat
Coût de la dette après impôt : 4,8 % × (1 − 0,25)3,60 %
CMPC de l'entreprise : 0,60 × 10 % + 0,40 × 3,60 %7,44 %
Prime de risque ajoutée (hypothèse de l'énoncé : nouveau marché)+ 1,5 point
Taux d'actualisation du projet8,94 % (arrondi à 9 %)

La nouvelle ligne est de type capacité avec une dimension de diversification : la production vise une clientèle nouvelle. Le taux de 7,44 % qui convient à l'activité actuelle serait trop faible ; on retient environ 9 %, celui du cas 1.

À retenir

Écrit au décideur : « Monsieur le Directeur, votre coût moyen du capital est de 7,44 %. Comme le projet vise un marché nouveau, je recommande de l'évaluer à 9 % : une rentabilité qui ne dépasserait pas ce seuil ne rémunérerait pas le surcroît de risque. N'abaissez pas ce taux sans justification chiffrée : un financement bancaire avantageux ne le réduit qu'à hauteur de la baisse réelle du coût de la dette (cours 18), car c'est d'abord le risque du projet qui fixe l'exigence. »

Vocabulaire essentiel

TermeDéfinition
Capital investiDécaissement initial : prix, frais, BFRE initial, moins subventions
Flux net de trésorerie (FNT)Encaissement net après impôt d'une année
CAF d'exploitation après impôtEBE − IS, ou résultat net + dotations
Économie d'impôt sur amortissementDotation × taux d'IS : flux réel de trésorerie
Valeur résiduelle nettePrix de cession diminué de l'impôt sur la plus-value
Flux différentielFlux avec le projet moins flux sans le projet
Coût d'opportunitéRevenu auquel on renonce en utilisant une ressource pour le projet
Projets mutuellement exclusifsProjets dont la réalisation de l'un exclut les autres
Taux d'actualisationCoût du capital adapté au risque du projet
CMPCCoût moyen pondéré du capital
Univers certainCadre dans lequel les flux sont supposés connus

Points clés à retenir

  1. Un projet se résume à un capital investi à la date 0 et à des flux nets de trésorerie annuels.
  2. Les flux se calculent après impôt : CAF = EBE × (1 − t) + dotation × t.
  3. L'amortissement n'est pas un flux : seule son économie d'impôt compte.
  4. La variation du BFRE est un décaissement initial récupéré en fin de projet.
  5. La valeur résiduelle est retenue nette d'impôt : prix − 25 % × (prix − VNC).
  6. Les frais financiers sont exclus des flux : le financement est dans le taux.
  7. Un projet de remplacement se traite en flux différentiels.
  8. Le taux d'actualisation est le coût du capital ajusté au risque du projet.

Pièges fréquents

  1. Compter les dotations comme un décaissement (ou les oublier dans le calcul de l'impôt).
  2. Intégrer les intérêts d'emprunt dans les flux tout en actualisant au coût du capital.
  3. Oublier la récupération du BFRE et la valeur résiduelle nette en dernière année.
  4. Imposer la valeur résiduelle au prix complet au lieu de la plus-value (prix − VNC).
  5. Inclure des coûts déjà engagés (étude déjà payée) qui ne dépendent pas de la décision.
  6. Utiliser un taux d'IS erroné (33 1/3 %, 28 %) au lieu des 25 % retenus par défaut.
  7. Actualiser un projet risqué au taux de l'entreprise sans prime de risque.
  8. Raisonner en TTC : les flux sont hors taxes (la TVA est neutre) sauf indication contraire.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Comment calcule-t-on le flux net de trésorerie d'exploitation d'un projet ? R : On calcule l'EBE du projet (chiffre d'affaires additionnel moins charges décaissables), on déduit l'IS à 25 % calculé sur le résultat après amortissement : CAF = EBE − IS, ou encore EBE × (1 − t) + dotation × t. On retranche ensuite la variation du BFRE.

Q : Pourquoi l'amortissement augmente-t-il le flux alors qu'il n'est pas décaissé ? R : Il réduit le résultat imposable, donc l'impôt payé : l'économie d'impôt est égale à la dotation multipliée par le taux d'IS (100 000 × 25 % = 25 000 € dans le cas 1).

Q : Comment traite-t-on la valeur résiduelle d'un équipement revendu 50 000 € alors que sa VNC est nulle ? R : La plus-value est de 50 000 €, imposée à 25 %, soit 12 500 € d'IS. La valeur résiduelle nette est de 37 500 € et figure dans le flux de la dernière année.

Q : Pourquoi exclut-on les frais financiers des flux d'un projet ? R : Le coût du financement est déjà rémunéré par le taux d'actualisation (coût du capital). Compter aussi les intérêts dans les flux reviendrait à le prendre en compte deux fois.

Q : Quel taux d'actualisation retenir pour un projet de diversification ? R : Le coût moyen pondéré du capital de l'entreprise, majoré d'une prime pour le risque supplémentaire du projet. Dans le cas 3, 7,44 % de CMPC et 1,5 point de prime donnent environ 9 %.

Q : Comment traite-t-on la variation du BFRE dans un projet ? R : Le besoin supplémentaire de financement de l'exploitation est un décaissement, inclus dans le capital investi (date 0) ou année par année selon l'énoncé, et il est récupéré à la fin du projet.

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