Le diabète
À retenir
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (processus pathologiques). Correspond à l'ex-UE 2.7 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : le diabète est la première cause de cécité, d'amputation non traumatique et d'insuffisance rénale terminale en France ; l'infirmier(ère) est acteur de la surveillance glycémique, de la prévention et de la détection précoce des complications, et de l'éducation thérapeutique quotidienne.
01Physiopathologie du diabète
1.1 Définition
Le diabète est un groupe de maladies métaboliques caractérisées par une hyperglycémie chronique (excès de glucose dans le sang), résultant d'un défaut de sécrétion d'insuline, d'une anomalie de l'action de l'insuline, ou des deux.
Critères diagnostiques du diabète (OMS) (valeurs universellement standardisées) :
- Glycémie à jeun supérieure ou égale à 1,26 g/L (7 mmol/L) à deux reprises.
- Ou glycémie supérieure ou égale à 2 g/L (11,1 mmol/L) à n'importe quel moment de la journée, avec signes cliniques.
- Ou HbA1c supérieure ou égale à 6,5 % (48 mmol/mol).
1.2 Le rôle de l'insuline
L'insuline est une hormone peptidique sécrétée par les cellules bêta des îlots de Langerhans du pancréas en réponse à l'élévation de la glycémie. Ses actions principales sont :
- Captage du glucose par les cellules (notamment musculaires et adipeux) via les transporteurs GLUT.
- Synthèse du glycogène dans le foie et les muscles (mise en réserve du glucose).
- Inhibition de la lipolyse et de la néoglucogenèse hépatique.
- Anabolisme protéique.
En l'absence d'insuline ou en cas de résistance à son action, le glucose ne peut pas entrer dans les cellules : il s'accumule dans le sang (hyperglycémie) tandis que les cellules manquent d'énergie.
1.3 Le glucagon : hormone antagoniste
Le glucagon, sécrété par les cellules alpha des îlots de Langerhans, a l'effet inverse de l'insuline : il stimule la glycogénolyse et la néoglucogenèse hépatiques, élevant la glycémie. Comprendre son rôle est essentiel pour le traitement des hypoglycémies (injection de glucagon).
02Diabète de type 1 (DT1)
2.1 Mécanisme
Le DT1 est une maladie auto-immune : les lymphocytes T détruisent les cellules bêta du pancréas. Il en résulte une carence absolue en insuline : le pancréas ne produit plus d'insuline du tout.
Il survient classiquement chez l'enfant ou l'adulte jeune, de façon souvent brutale.
2.2 Traitement
Le DT1 nécessite une insulinothérapie à vie, sans alternative :
- Insulines basales (à longue durée d'action) : une ou deux injections par 24 heures.
- Insulines rapides (analogues rapides) : injections avant les repas, adaptées aux glucides ingérés et à la glycémie capillaire (bolus).
- Pompe à insuline (perfusion continue sous-cutanée) chez certains patients.
La surveillance glycémique est pluriquotidienne (glycémie capillaire ou capteur continu de glucose).
À retenir
En pratique : l'infirmier(ère) ne modifie jamais un schéma insulinique sans prescription médicale. Les doses d'insuline rapide sont adaptées selon des protocoles individuels (« grille de correction ») prescrits par le médecin.
03Diabète de type 2 (DT2)
3.1 Mécanisme
Le DT2 est une maladie plurifactorielle associant :
- Insulinorésistance : les cellules (foie, muscles, tissu adipeux) répondent moins à l'insuline (souvent liée à l'obésité, à la sédentarité).
- Défaillance progressive des cellules bêta : le pancréas se fatigue de sécréter de plus en plus d'insuline pour compenser la résistance.
Conséquence : hyperglycémie progressive. Initialement, l'insuline est sécrétée en excès (hyperinsulinisme compensatoire), puis la sécrétion baisse, conduisant à un déficit relatif puis absolu.
3.2 Facteurs de risque
Sédentarité, surpoids ou obésité (surtout abdominale), antécédents familiaux, âge, alimentation déséquilibrée, antécédent de diabète gestationnel.
3.3 Traitements par classe
| Classe thérapeutique | Mécanisme | Principaux effets indésirables | Surveillance IDE |
|---|---|---|---|
| Biguanides (metformine) | Réduction de la production hépatique de glucose, amélioration de la sensibilité à l'insuline | Troubles digestifs (nausées), acidose lactique (rare, contre-indiquée en cas d'IRC sévère) | Fonction rénale ; arrêter avant injection de produit de contraste iodé |
| Sulfamides hypoglycémiants | Stimulation de la sécrétion d'insuline pancréatique | Hypoglycémie, prise de poids | Glycémie, signes d'hypoglycémie |
| Inhibiteurs de la DPP-4 (gliptines) | Augmentent les incrétines, stimulent l'insuline de façon glucose-dépendante | Rhinopharyngite, pancréatite (rare) | Tolérance |
| Agonistes du GLP-1 (injectables) | Stimulent l'insuline de façon glucose-dépendante, réduisent l'appétit, ralentissent la vidange gastrique | Nausées, vomissements, perte de poids (effet recherché) | Tolérance digestive, poids |
| Inhibiteurs SGLT2 (gliflozines) | Augmentent l'élimination rénale du glucose | Infections génitales, hypotension, risque d'acidocétose | Hydratation, infections |
| Insuline | Substitution ou complément insulinique | Hypoglycémie, prise de poids | Glycémie, injection, conservation |
04Complications aiguës du diabète
4.1 Hypoglycémie
Définition : glycémie inférieure à un seuil habituellement fixé à 0,70 g/L (3,9 mmol/L), pouvant évoluer vers le coma si non traitée.
Causes fréquentes : excès d'insuline ou de sulfamide, saut de repas, effort physique non anticipé, consommation d'alcool.
Symptômes par stade :
| Stade | Signes |
|---|---|
| Hypoglycémie légère | Transpiration, tremblements, palpitations, faim impérieuse, anxiété (signes adrénergiques) |
| Hypoglycémie modérée | Céphalées, troubles de la concentration, trouble de la vision, irritabilité, faiblesse |
| Hypoglycémie sévère | Confusion, agitation, convulsions, coma (signes neuroglycopéniques) |
À retenir
Mnémo : TPFA pour les signes adrénergiques précoces : Transpiration, Palpitations, Faim, Anxiété (+ tremblements).
Conduite à tenir (patient conscient) :
- Resucrage immédiat par voie orale : sucres rapides (sucre en morceaux, jus de fruit, boisson sucrée).
- Contrôle glycémique 15 minutes après.
- Resucrage par sucres lents (pain, biscuits) après correction pour éviter la rechute.
Conduite à tenir (patient inconscient ou incapable d'avaler) :
- Ne JAMAIS donner par la bouche (risque d'inhalation).
- Injection de glucagon par voie intramusculaire ou sous-cutanée (selon prescription et protocole).
- Ou perfusion de sérum glucosé par voie veineuse (selon prescription).
- Appel médical ; surveillance jusqu'à reprise de conscience complète.
À retenir
En pratique : ne jamais laisser un patient diabétique traité par insuline ou sulfamide à jeun sans surveillance. Toujours s'assurer qu'un resucrage rapide est accessible (sachet de sucre dans la chambre ou dans le sac du patient).
4.2 Acidocétose diabétique (ACD)
Mécanisme : en l'absence (quasi) totale d'insuline (surtout DT1), les cellules privées de glucose utilisent les acides gras comme source d'énergie. La lipolyse massive génère des corps cétoniques (acéto-acétate, bêta-hydroxybutyrate) qui s'accumulent dans le sang : cétose puis acidose métabolique (pH sanguin abaissé).
Facteurs déclenchants : oubli d'insuline, infection intercurrente, stress, découverte de DT1.
Signes cliniques :
- Polyurie, polydipsie (hyperglycémie).
- Nausées, vomissements, douleurs abdominales.
- Troubles de la conscience (coma si non traité).
- Respiration de Kussmaul : respiration ample, rapide et profonde (compensation respiratoire de l'acidose).
- Haleine cétonique (odeur fruitée ou de pomme reinette).
- Déshydratation (signes cutanéomuqueux).
Urgence médicale : réhydratation intensive, insuline par voie intraveineuse continue, correction de la kaliémie (l'insuline fait entrer le potassium dans les cellules : risque d'hypokaliémie), surveillance biologique horaire (glycémie, ionogramme, gazométrie).
À retenir
Mnémo : ACID : Absence d'insuline, Cétones, Inhalation impossible, Déshydratation.
4.3 Syndrome hyperglycémique hyperosmolaire (SHH)
Mécanisme : hyperglycémie majeure sans cétose, survenant plutôt dans le DT2 (sécrétion insulinique résiduelle empêchant la lipolyse). L'hyperosmolalité plasmatique provoque une déshydratation intracellulaire sévère, en particulier cérébrale.
Signes : hyperglycémie très élevée, déshydratation sévère, troubles neurologiques (obnubilation, coma), sans odeur cétonique ni respiration de Kussmaul.
Urgence médicale : réhydratation progressive (risque d'oedème cérébral si trop rapide), insuline, anticoagulation (risque thrombotique élevé).