La prise en charge infirmière en traumatologie
À retenir
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (processus pathologiques). Correspond à l'ex-UE 2.4 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : en traumatologie, l'infirmier est l'acteur de la continuité des soins entre les urgences, le bloc opératoire et la réadaptation ; sa vigilance, ses transmissions et sa capacité à prévenir les complications de l'immobilité conditionnent directement les résultats fonctionnels du patient.
01Le rôle infirmier en traumatologie : cadre réglementaire et pratique
1.1 Rôle propre et rôle sur prescription
En traumatologie, l'infirmier intervient selon deux types de rôle :
Rôle propre (article R. 4311-5 du CSP) : actes de soins relevant de l'initiative infirmière, sans prescription médicale préalable :
- Surveillance des paramètres vitaux et neurologiques.
- Évaluation de la douleur et mise en œuvre de moyens non médicamenteux.
- Soins d'hygiène et de confort.
- Prévention des complications de l'immobilité (positionnement, mobilisation).
- Soins de plaies non complexes.
- Éducation thérapeutique et information du patient.
- Transmissions ciblées et traçabilité.
Rôle sur prescription (article R. 4311-7) : administration de médicaments, sondages, transfusions, etc.
1.2 Compétences spécifiques en traumatologie
L'infirmier en traumatologie maîtrise :
- La surveillance neuro-vasculaire distale (membre immobilisé, opéré).
- L'évaluation standardisée de la douleur aiguë et chronique.
- La prévention et la détection des complications de l'immobilité.
- La mobilisation sécurisée des patients porteurs d'immobilisation.
- La gestion des drains thoraciques, des fixateurs externes, des traction-suspensions.
- La préparation et la surveillance post-opératoire.
- L'éducation du patient et de l'entourage.
02Surveillance infirmière en traumatologie
2.1 Surveillance neuro-vasculaire distale : le bilan NVD
À réaliser systématiquement et régulièrement sur tout membre immobilisé (plâtre, attelle, contention, traction, fixateur externe) ou opéré.
| Paramètre | Méthode d'évaluation | Signes anormaux à signaler |
|---|---|---|
| Douleur | Échelle adaptée (EVN, EVA, ALGOPLUS chez la personne âgée non communicante) | Douleur augmentée, disproportionnée, résistante à l'analgésie |
| Couleur | Inspection de la peau distale | Pâleur, cyanose, érythème |
| Chaleur | Palpation, comparaison côté controlatéral | Peau froide (ischémie) ou chaude (inflammation/infection) |
| Temps de recoloration capillaire (TRC) | Compression du lit de l'ongle, compter le temps jusqu'à la reprise rosée | > 3 secondes = anormal |
| Sensibilité | Toucher les doigts ou les orteils | Fourmillements, paresthésies, engourdissement, anesthésie |
| Motricité | Demander de mobiliser les doigts ou les orteils | Diminution ou abolition de la force |
| Pouls distaux | Pouls radial/cubital (membre supérieur), pouls tibial postérieur/pédieux (membre inférieur) | Affaiblissement ou abolition |
| Œdème | Inspection, comparaison | Gonflement débordant du plâtre ou de l'attelle |
À retenir
En pratique : toute anomalie du bilan NVD (fourmillements, douleur augmentée, refroidissement, TRC allongé) doit être signalée sans délai au médecin. Ne jamais minimiser, ne jamais attendre la prochaine évaluation programmée.
2.2 Surveillance post-opératoire immédiate (SSPI et sortie de bloc)
Lors de la prise en charge en salle de surveillance post-interventionnelle (SSPI) ou lors du retour dans le service :
- Paramètres vitaux (PA, FC, SpO₂, température, fréquence respiratoire).
- Score de sédation et de douleur post-opératoire (EVN, critères de Ramsay ou RASS selon le contexte).
- Bilan NVD de la zone opérée.
- Surveillance du pansement : saignement, aspect, intégrité.
- Surveillance des drains : quantité, aspect des écoulements, perméabilité.
- Niveau de conscience, nausées-vomissements post-opératoires.
- Reprise de transit (selon le type d'intervention).
- Premier lever programmé (kinésithérapie précoce).
2.3 Surveillance spécifique selon le type de lésion
| Lésion | Surveillance spécifique prioritaire |
|---|---|
| Fractures des membres | Bilan NVD, plâtre/attelle, signes de syndrome des loges |
| TCE | GCS, pupilles, signes d'HTIC (voir fiche TCE) |
| Traumatisme rachidien | Bilan neurologique (force, sensibilité, réflexes), respiratoire, vésical |
| Brûlures | Cicatrisation, signes d'infection, diurèse, douleur, état nutritionnel |
| Traumatisme thoracique | SpO₂, auscultation, drains thoraciques |
| Traumatisme abdominal | Abdomen, diurèse, transit, saignements |
| Polytraumatisé | Tous les paramètres ci-dessus ; surveillance continue |
03Évaluation et prise en charge de la douleur en traumatologie
3.1 Particularités de la douleur en traumatologie
- La douleur traumatique est souvent aiguë, intense, multifocale (plusieurs foyers lésionnels).
- Elle peut être sous-évaluée (patient inconscient, intubé, sous sédation, troubles cognitifs, personnes âgées).
- Une douleur disproportionnée ou qui augmente sous analgésie doit faire rechercher une complication (syndrome des loges, infection, ischémie).
- La douleur peut persister à distance et devenir neuropathique (lésion nerveuse).
3.2 Outils d'évaluation de la douleur
| Situation | Outil recommandé |
|---|---|
| Patient conscient et communicant | Échelle visuelle numérique (EVN 0-10) ou EVA |
| Personne âgée avec troubles cognitifs modérés | ALGOPLUS (5 items comportementaux) |
| Patient non communicant (intubé, comateux) | BPS (Behavioral Pain Scale) ou CPOT |
| Enfant | Échelle FLACC (< 4 ans), EVN adaptée (> 5 ans) |
À retenir
En pratique : noter l'évaluation de la douleur avant et après l'administration d'un antalgique pour apprécier l'efficacité. Tracer le score dans le dossier de soins.
3.3 Stratégies non médicamenteuses (rôle propre)
- Positionnement antalgique : suréléver le membre fracturé au-dessus du cœur (réduit l'œdème et la douleur) ; position de confort selon les lésions.
- Application de froid (sur prescription ou protocole validé) : réduit l'œdème et la douleur dans les premières 24 à 48 heures sur les lésions fermées ; contre-indiqué sur les plaies ouvertes.
- Contention souple adaptée.
- Immobilisation efficace : une immobilisation correcte est déjà antalgique.
- Accompagnement et distraction : relation de confiance, explication des soins, présence de l'entourage.
- Techniques de respiration et de relaxation.
3.4 Analgésie médicamenteuse (sur prescription)
L'infirmier administre les antalgiques prescrits selon les paliers de l'OMS :
- Palier 1 : non-opioïdes (paracétamol, AINS).
- Palier 2 : opioïdes faibles (tramadol, codéine).
- Palier 3 : opioïdes forts (morphine, oxycodone).
- Adjuvants : gabapentinoïdes (douleurs neuropathiques), kétamine, antidépresseurs.
À retenir
En pratique : en traumatologie, l'analgésie multimodale (association de plusieurs paliers et mécanismes d'action) est la règle pour optimiser l'effet antalgique et réduire les doses de chaque médicament. L'infirmier surveille l'efficacité, les effets indésirables (sédation excessive, nausées, constipation, dépression respiratoire pour les opioïdes) et adapte la transmission à l'équipe médicale.