Financement et protection sociale
À retenir
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine C, UE C.1 « Santé publique, promotion de la santé et éducation thérapeutique ». Correspond à l'ex-UE 1.2 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : comprendre le financement des soins permet à l'infirmier d'informer les patients sur leurs droits, de repérer les situations de non-recours aux soins par raisons financières, et de comprendre les contraintes économiques qui pèsent sur les établissements où il exerce.
01La Sécurité sociale : principes fondateurs
1.1 Histoire et fondements
La Sécurité sociale française est créée par les ordonnances du 4 octobre 1945, sous l'impulsion du Conseil national de la Résistance. Elle repose sur deux principes fondamentaux :
- Solidarité nationale : chacun contribue selon ses moyens (cotisations proportionnelles aux revenus), chacun bénéficie selon ses besoins (remboursement selon l'état de santé, pas selon la cotisation versée).
- Universalité : couverture de l'ensemble de la population.
La Sécurité sociale est organisée en branches :
| Branche | Risque couvert | Organisme gestionnaire |
|---|---|---|
| Maladie | Maladie, maternité, invalidité, décès | CNAM / CPAM |
| Accidents du travail / maladies professionnelles | AT/MP | CNAM / CARSAT |
| Retraite | Vieillesse | CNAV / CARSAT |
| Famille | Prestations familiales, logement | CNAF / CAF |
1.2 Le financement de la Sécurité sociale
La Sécurité sociale est financée par :
- Les cotisations sociales (patronales et salariales) sur les salaires : source historique principale.
- La CSG (Contribution sociale généralisée) : prélevée sur tous les revenus (salaires, retraites, revenus du capital) ; instaurée en 1991, c'est aujourd'hui la principale recette de la branche maladie.
- La CRDS (Contribution au remboursement de la dette sociale) : destinée à rembourser la dette accumulée par la Sécurité sociale.
- Les taxes (tabac, alcool, médicaments).
02L'Assurance maladie
2.1 Fonctionnement général
L'Assurance maladie (branche maladie de la Sécurité sociale) prend en charge une partie des dépenses de santé des assurés sociaux. Elle fonctionne selon deux mécanismes :
- Ticket modérateur : part des dépenses restant à la charge de l'assuré après remboursement par l'Assurance maladie (en général, l'Assurance maladie rembourse 70 % des consultations en secteur 1, le ticket modérateur est de 30 %).
- Affection de longue durée (ALD) : certaines maladies chroniques (au nombre de 30 : diabète, cancer, insuffisance rénale chronique, etc.) bénéficient d'un remboursement à 100 % des soins en rapport avec l'ALD (pas de ticket modérateur). C'est le régime le plus favorable.
2.2 L'ONDAM (Objectif national des dépenses d'assurance maladie)
L'ONDAM est l'enveloppe annuelle des dépenses de santé remboursées par l'Assurance maladie. Il est voté chaque année par le Parlement dans la Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS).
Depuis 2010, l'ONDAM est respecté chaque année (maîtrise des dépenses). Il comprend plusieurs sous-objectifs : soins de ville, établissements de santé, médico-social (établissements pour personnes âgées et handicapées), etc.
2.3 Les complémentaires santé (mutuelles)
Les complémentaires santé (mutuelles, assurances, institutions de prévoyance) couvrent tout ou partie du ticket modérateur et des dépassements d'honoraires non pris en charge par l'Assurance maladie.
Depuis 2016, tout employeur du secteur privé doit proposer une complémentaire santé collective à ses salariés (loi du 14 juin 2013, entrée en vigueur le 1er janvier 2016).
03Les dispositifs de solidarité et de lutte contre le non-recours
3.1 La Complémentaire santé solidaire (CSS)
Depuis 2019, la CSS fusionne et remplace l'ancienne CMU-C (Couverture maladie universelle complémentaire, créée en 2000) et l'ACS (aide à l'acquisition d'une complémentaire santé) :
- CSS sans participation : pour les ménages sous le plafond de ressources (équivalent de l'ancienne CMU-C). Prise en charge à 100 % des soins sans avance de frais.
- CSS avec participation : pour les ménages entre 100 % et 135 % du plafond de ressources ; participation mensuelle faible selon les ressources.
La CSS couvre le ticket modérateur, les dépassements sur les médecins ayant signé le contrat d'accès aux soins, une partie des dispositifs dentaires, optiques et auditifs.
À retenir
En pratique : un patient qui renonce aux soins pour raisons financières peut bénéficier de la CSS. L'IDE repère cette situation et oriente vers l'assistante sociale ou la CPAM. Le non-recours aux droits est un facteur majeur d'inégalités sociales de santé.
3.2 L'AME (Aide médicale de l'État)
L'AME est destinée aux personnes en situation irrégulière sur le territoire français (sans titre de séjour), résidant en France depuis plus de 3 mois. Elle permet la prise en charge des soins urgents et de certains soins programmés. C'est une aide de l'État, gérée par les CPAM, distincte de l'Assurance maladie.
3.3 La PUMA (Protection universelle maladie)
Depuis 2016, la PUMA garantit à toute personne travaillant ou résidant en France de façon stable et régulière le droit à la prise en charge de ses frais de santé à titre personnel, indépendamment de sa situation professionnelle (fin du lien de rattachement obligatoire à un ayant droit).