Pour un oui ou pour un non — Nathalie Sarraute (1982)
Key takeaway
Objet d'étude : Le théâtre du XVIIᵉ au XXIᵉ siècle. Parcours associé : Théâtre et dispute. Probabilité 2026 (analyse Innovaweb) : ⭐⭐⭐ — Modérée.
⚠️ Œuvre sous droit d'auteur : Nathalie Sarraute, décédée en 1999 (DP en France en 2070). Citations courtes uniquement (≤ 100 mots), avec attribution obligatoire (art. L.122-5 CPI, droit de courte citation).
L'œuvre en bref
Pièce courte (un acte, sans découpage en scènes formelles, environ 50 pages). Deux amis d'enfance, désignés simplement H1 et H2, se sont éloignés. H1 vient demander à H2 pourquoi il ne le voit plus. La réponse : H2 a été blessé par un « c'est bien… ça » prononcé par H1 il y a longtemps, sur un ton infinitésimalement condescendant.
Tout le drame consiste à savoir : un mot, prononcé sur un ton, peut-il détruire une amitié ? La pièce est une dispute sur ce qui justifie une dispute.
Œuvre tardive de Sarraute — elle a 82 ans à sa publication. Représentée d'abord à la télévision (1986, ARTE), puis au théâtre. Adaptée au cinéma par Jacques Doillon en 1988, avec André Dussollier et Jean-Louis Trintignant.
Auteure et contexte
- Nathalie Sarraute (1900-1999), figure majeure du Nouveau Roman (Robbe-Grillet, Butor, Simon, Pinget). Œuvre fondatrice : Tropismes (1939, refusé par Gallimard, publié à compte d'auteur).
- Concept central de Sarraute : les « tropismes » — micro-mouvements psychologiques infra-conscients qui précèdent et fondent nos paroles et nos gestes. Le langage est la surface qui les manifeste imparfaitement.
- Pour un oui ou pour un non (1982) est l'une de ses six pièces de théâtre (les autres : Le Silence, Le Mensonge, Isma, C'est beau, Elle est là). Toutes courtes, dialoguées entre voix souvent désignées par des lettres ou des chiffres.
- Période : 1980, post-Mai 68, théâtre du quotidien (Vinaver, Adamov, Beckett encore vivant). L'œuvre s'inscrit dans une réflexion sur le langage quasi philosophique.
- Statut : Sarraute est une auteure intellectuelle au sens fort. Pas grand public, mais très étudiée. Lectures croisées : Wittgenstein (langage ordinaire), Heidegger (être et parole), Lacan (le sujet et le signifiant).
Structure du texte
Pièce d'un seul acte continu, sans scènes numérotées. On peut la diviser fonctionnellement en :
| Phase | Sujet |
|---|---|
| Ouverture | H1 arrive chez H2. Bonjour gêné. H1 demande pourquoi H2 ne donne plus signe de vie. H2 hésite. |
| L'aveu | H2 finit par avouer : c'est à cause d'un « c'est bien… ça » prononcé par H1, accompagné d'un certain ton. H1 ne s'en souvient pas — ou prétend ne pas s'en souvenir. |
| L'analyse | Long examen du « c'est bien… ça ». H2 essaie de faire entendre à H1 ce qu'il y avait de blessant dans l'intonation. H1 conteste, minimise, défend sa parole. |
| Le tribunal | H1 fait appel à un couple (H3 et F) — tiers — pour qu'ils jugent. Le couple est embarrassé : ils ne comprennent pas la dispute. Ils prennent le parti de H1 (le sens commun). |
| Rupture | H2 réalise que personne ne le comprendra. La rupture entre H1 et H2 est consommée — pour de vrai cette fois. |
Personnages clés
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| H1 | Le visiteur. Représente le langage ordinaire, le sens commun. Ne comprend pas (ou refuse de comprendre) la blessure de H2. Prend le rôle du « raisonnable ». |
| H2 | Le retiré. Représente la sensibilité au tropisme, à l'infinitésimal du langage. Il a senti quelque chose dans l'intonation de H1. Sa lutte est de faire admettre ce qu'il a perçu. |
| H3 et F (le couple) | Tiers convoqués comme « juges ». Ils incarnent la norme sociale : pas de scène pour si peu, c'est ridicule, etc. Personnages secondaires mais essentiels comme tribunal. |
Note : pas de noms propres. Les personnages sont des fonctions (H = homme, le numéro = ordre d'apparition). Geste typique du Nouveau Roman / Théâtre : abolir l'identité psychologique au profit de la situation.