La réaction inflammatoire
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (processus pathologiques). Correspond à l'ex-UE 2.5 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : reconnaître les signes d'inflammation permet de surveiller l'évolution d'une plaie, d'une infection ou d'une pathologie chronique, de dépister précocement les complications et d'adapter la surveillance clinique.
01Définition et rôle physiologique
La réaction inflammatoire est une réponse de défense non spécifique de l'organisme face à toute agression tissulaire : infection microbienne, traumatisme, brûlure, corps étranger, nécrose ou réaction auto-immune. Elle est locale, stéréotypée et finalisée : son but est d'éliminer l'agent causal et de préparer la réparation tissulaire.
L'inflammation est physiologiquement bénéfique tant qu'elle est contrôlée et qu'elle se résout. Elle devient pathologique lorsqu'elle persiste, s'emballe ou s'oriente contre les tissus de l'hôte.
Key takeaway
En pratique : l'inflammation n'est pas synonyme d'infection. Une entorse, une brûlure ou une piqûre d'insecte déclenchent une réaction inflammatoire sans aucun agent infectieux.
02Les signes cardinaux
Les quatre signes cardinaux de l'inflammation aiguë ont été décrits dès l'Antiquité (Celse, puis Galien) :
| Signe cardinal | Terme latin | Mécanisme principal |
|---|---|---|
| Rougeur | Rubor | Vasodilatation artériolaire locale |
| Chaleur | Calor | Augmentation du flux sanguin local |
| Gonflement (tuméfaction) | Tumor | Extravasation plasmatique (œdème) |
| Douleur | Dolor | Stimulation des nocicepteurs par médiateurs (prostaglandines, bradykinine) |
Un cinquième signe est parfois ajouté : la perte de fonction (functio laesa), qui résulte de la douleur et de l'œdème.
Key takeaway
Mnémo : RCTD (Rougeur, Chaleur, Tuméfaction, Douleur) ou en latin : Rubor, Calor, Tumor, Dolor.
03Les phases de la réaction inflammatoire aiguë
3.1 Phase vasculaire (vasculo-exsudative)
Vasoconstriction initiale transitoire (quelques secondes), puis vasodilatation des artérioles locales (médiée par l'histamine, les prostaglandines). Le débit sanguin local augmente (rougeur, chaleur).
Simultanément, la perméabilité capillaire augmente : le plasma s'extravase dans les tissus (œdème, gonflement). Cette extravasation apporte des protéines plasmatiques (fibrinogène, immunoglobulines, complément) au site lésionnel.
3.2 Phase cellulaire
Les polynucléaires neutrophiles (PNN) sont les premières cellules recrutées (dans les premières heures). Ils sont attirés par chimiotactisme vers le foyer inflammatoire, traversent la paroi capillaire (diapédèse) et phagocytent les débris et micro-organismes.
En cas d'inflammation persistante, les macrophages (issus des monocytes circulants) prennent le relais. Ils phagocytent, présentent les antigènes et sécrètent des cytokines pro-inflammatoires (IL-1, IL-6, TNF-alpha).
3.3 Phase de résolution ou d'évolution
L'inflammation aiguë peut évoluer vers :
- La résolution complète : retour à l'intégrité tissulaire (si l'agression est limitée et la réparation possible).
- La réparation avec cicatrice fibreuse : formation d'un tissu de granulation puis d'une cicatrice (tissu conjonctif fibreux).
- L'abcédation : collection purulente délimitée (destruction tissulaire locale).
- La chronicisation : passage à l'inflammation chronique si l'agent causal persiste.
04Les principaux médiateurs chimiques
Les médiateurs sont libérés localement et orchestrent la réaction inflammatoire. Il n'est pas demandé de connaître tous leurs détails pharmacologiques, mais il faut comprendre leur logique.
| Médiateur | Cellules sources | Effets principaux |
|---|---|---|
| Histamine | Mastocytes, basophiles | Vasodilatation, augmentation perméabilité (rapide, minutes) |
| Prostaglandines | Nombreuses cellules (via COX) | Vasodilatation, douleur, fièvre |
| Bradykinine | Plasma (cascade kinine) | Vasodilatation, douleur intense |
| Cytokines pro-inflammatoires (IL-1, IL-6, TNF-alpha) | Macrophages, lymphocytes | Fièvre, mobilisation leucocytes, réaction de phase aiguë |
| Complément (C3a, C5a) | Plasma | Chimiotactisme, opsonisation, lyse bactérienne |
| Leucotriènes | Mastocytes, éosinophiles | Bronchoconstriction, chimiotactisme |
Key takeaway
Lien clinique : les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) bloquent la cyclo-oxygénase (COX) et diminuent la synthèse de prostaglandines, réduisant ainsi douleur, fièvre et inflammation. Les corticoïdes ont un spectre plus large (inhibition de phospholipase A2, réduction de nombreux médiateurs). Leur utilisation relève de la prescription médicale et impose une surveillance infirmière rigoureuse.